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Timothée de Rauglaudre
Recommandation | 27 janvier
6 mn

Une vie d'étoile filante
Les bios de James Dean ne plaisaient pas à Philippe Besson. Alors il a écrit la sienne, passionnante.

James Dean  © DR
James Dean  © DR
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Dans la galaxie des biographies de James Dean, il manquait une étoile. C'était du moins l’avis de Philippe Besson, qui regrettait ces portraits incomplets, frustré que James Dean soit réduit au « type sur la photo » et à sa mort prématurée. Alors il a repris à zéro le portrait de l’acteur, et à travers les témoignages romancés d’une trentaine de personnages, il s'est lancé le défi de le cerner dans toute sa complexité et son ambiguïté.
Pour faire tenir son château de cartes, Philippe Besson a trouvé un fil conducteur : la mort de la mère de l'acteur, emportée par la maladie alors qu’il n’avait que neuf ans. Jimmy devient inconsolable, puis, jeune adulte difficile, il est hanté par le désir brûlant de Vivre vite, qui a donné son titre au livre : « Regardez-moi bien. Qui sait si je serai encore là demain ? » se plaît à répéter le jeune ambitieux. Sa mère cultive les différences de son fils contre l’avis du père : « Je l’avoue, cela me plaisait que mon fils soit différent des autres. Je n’aurais pas voulu qu’il soit comme tout le monde. (…) Il sera ce qu’il voudra. Pourvu qu’il y ait de la lumière dans son visage. » Son souhait est exaucé puisque quinze ans plus tard, Jimmy finit sous le feu des projecteurs, entre Hollywood et New York. Mildred Dean est celle qui la première l’a mis sur cette voie en soutenant sa sensibilité qui le poussait à pratiquer l’art dramatique, les claquettes et le violon. Son talent se révèle d’abord lorsqu’il prend la parole à l’église, puis dans ses cours de théâtre.
La route qui doit l’amener vers le succès comporte bien des obstacles. Contrairement à ce que laisse croire la légende, ni sa beauté ni son talent ne sont évidents au premier regard. Sa myopie et ses insomnies lui donnent une mine de zombie, son allure voûtée le fait passer pour un enfant sauvage, son accent de l’Indiana lui vaut des moqueries. Son attitude rebelle ne fait pas consensus. Le New York Times l’accuse de plagier Marlon Brando, et Rock Hudson, avec qui il joue dans son dernier film Géant, lui voue une haine viscérale : « Je l’ai détesté presque tout de suite. »
Jimmy n’est pas un Rebel Without A Cause, qui chercherait juste à se donner un genre. Il est un rebelle contre rien, car personne n’est responsable de la mort de sa mère. Mais son talent naturel ne suffit pas. Il doit lutter pour réaliser ses rêves. Avant de briller dans les trois films qui l’inscriront au panthéon du cinéma pour l’éternité, il enchaîne les petits boulots, les petits rôles dans des téléfilms, des pubs ou des pièces de théâtre.
 © DR
Comme le rappelle Philippe Besson sur les plateaux de télévision, il n’hésite pas à « coucher utile ». Et l’auteur s’attache aussi à explorer la sexualité ambigüe de James Dean. Jimmy ne s’est jamais limité aux femmes, et ne le cache pas. Philippe Besson se plaît à imaginer que les femmes qu’il croise sont déçues par sa performance en chambre, contrairement à ses amants.
Jimmy ne se contente pas de dégager une « énergie sexuelle », comme le souligne Tennessee Williams. Il conquiert également les cœurs. L’actrice Pier Angeli s’éprend de lui mais en est séparé par leurs entourages respectifs. Après sa mort, elle a la certitude d’être passée à côté de l’amour de sa vie. Sal Mineo, alors âgé de seize ans, tombe amoureux de lui sur le tournage de La Fureur de vivre. Philippe Besson imagine que Jimmy attendait d’être plus âgé pour qu’il se passe quelque chose.
La passion de James Dean pour la vitesse aura raison de lui. En septembre 1955, âgé de seulement 24 ans, il meurt dans un accident de voiture en se rendant à une course automobile. Et même si on connaissait la fin, la mort de Jimmy telle que la raconte Philippe Besson reste bouleversante.
Vivre vite, de Philippe Besson, Julliard, 2015, 238 p.
Crédits photo : DR
Article paru dans le numéro #51 STREET ART
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