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Aurore de Lignières
Reportage | 30 janvier
6 mn
Conversation matinale.
– Tu fais quoi ce matin ?
– J’ai un comité de pilotage, deux réunions internes et un déj client, et toi ?
– Moi ? Je vais au Salon de la Lingerie.
Air soudain songeur, regard attentif (moi : 1, iPhone : 0), convoitise, yeux brillants, demande de détails. Et les réactions masculines sont les mêmes toute la matinée. Au téléphone avec un ami : « Je te laisse, je vais au Salon de la Lingerie, là.
– Quoi, tu vas OÙ ? Je peux VENIR ??? »
Je mets un statut Facebook et je tweete : « En route pour le Salon de la lingerie. » Erreur fatale. Messages et textos affluent. Gémissements de respectables banquiers d’affaire : « On ne pourrait pas échanger nos jobs pour la journée ? » Supplications de gentils geeks : « Tu postes sur Instagram, hein ? » Sollicitude soudaine chez mes collègues de Pluris : « Tu es sûre que tu n’as pas besoin d’un photographe ? D’un assistant ? » Confidences émues : « J’y suis allé en 2009, c’est vraiment un très bon souvenir. » Requêtes techniques : « Tu me prends le catalogue La Perla stp ? » Bizarrement, quand je suis allée visiter le Salon de la Joaillerie, l’effervescence était moins palpable. Mais pour moi, c’est strictement professionnel, les gars. J’ai pour mission de repérer les petites marques originales de demain pour Pluris.
Imec, Foemina, Horror Vacui, Maison Close, Madame Supertrash, Murmur, Spanx, Pigeon Lingerie, Bordelle - Salon de la lingerie 2015 © Pluris
J’y suis. Oh la la ! De l’ultra-luxe à l’hyper-vulgaire, de la petite culotte en coton au string à plumes, des marques sporty allemandes aux tapageuses italiennes, tout est là. Certaines jolies marques comme Andrès Sarda, Aubade, Chantelle ou Chantal Thomass ont conçu des espaces « exclusifs » très fermés et savamment mis en scène avec une ravissante hôtesse à l’entrée et quelques ouvertures laissant entrevoir l’intérieur (les voyeurs doivent être déçus, on voit surtout de gros messieurs assis sur des sièges en velours trop petits pour eux avec une coupe de champagne).

D’autres ont des stands très (trop ?) ouverts, et ressemblent à des rayons de grands magasins (parfois louches) où la vendeuse serait en sous-vêtements. Les noms laissent parfois songeuse : Imec, Foemina, Horror Vacui, Maison Close, Madame Supertrash, Murmur, Spanx, Pigeon Lingerie, Oups… Mention spéciale du chic à la marque russe « Bordelle », qui affiche un positionnement clair. Des créatures pourvues de nombreux atouts déambulent dans les allées en petite tenue en essayant de prendre l’air naturel. De fait, les passants les regardent distraitement, les yeux rivés sur les modèles qu’elles portent, tentant sans doute de repérer le prochain carton de leur boutique.
Car au Salon de la Lingerie business is business. Les exposants comme les acheteurs ont l’intention de faire du profit, et ça se voit. Malgré la crise, le secteur de la lingerie (attention, c’est le paragraphe intelligent de cet article) tire son épingle du jeu. Et cette année encore le salon a constitué un « climat d’affaires » très satisfaisant : 484 exposants du monde entier et de nombreux visiteurs, acheteurs ou distributeurs.
Salon de la lingerie 2015 © Pluris
Si la fréquentation russe et ukrainienne est nettement en recul, les visiteurs français sont venus en masse. Bien que les chiffres n’aient pas encore été publiés, l’enthousiasme était général pour cette édition. La nouveauté de l’année, l’espace hommes « Super Héros » (oui…) a eu un certain succès.
Pour attirer le badaud, et surtout s’assurer des commandes sonnantes et trébuchantes, les marques ont rivalisé de créativité avec des happenings « scotchants ». Il y a le défilé de collants chez Golden Lady, avec danseuse trémoussante et mannequins aguicheuses (pour compenser le fait qu’elles sont… en collants ?), le happening « R’n’B » chez Ysabel Morra où les mannequins en perruques blanches Louis XV dansent tous seins dehors avec les deux danseurs, encouragées par les hululements de toute l’équipe commerciale de la marque, le « défilé de jambes » avec savant jeu de miroirs. Il y a les bimbos à oreilles de chat, les femmes à fouets, les douces ingénues, les Ken à muscles en boxer, et même un cireur de chaussures à l’espace hommes.
Spécialistes du secteur ou futurs investisseurs, n’hésitez pas à jeter un œil à ces quelques photos, euh, intéressantes. C’est sur Pluris, alors c’est permis !
Imec, Foemina, Horror Vacui, Maison Close, Madame Supertrash, Murmur, Spanx, Pigeon Lingerie, Bordelle - Salon de la lingerie 2015 © Pluris
Crédits photo : Pluris
Article paru dans le numéro #51 STREET ART
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J'y étais... au Salon de la lingerie à un ami.
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