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Sophie Colin
Reportage | 30 janvier
10 mn

Street Art : de la création hors les murs à la spéculation intra-muros
Le 4 février, Artcurial a organisé une vente exceptionnelle de Street Art. Tout ce qu'il faut savoir, grâce à Pluris.

Street art © DR
Rero - Street art © Rero
Dran - Street art © Dran
JonOne - Street art © Jonone
À New York, South Bronx, 1970, une silhouette furtive balafre de peinture les wagons d’un train. Elle signe de son blaze (pseudonyme) ce top-to-bottom (de haut en bas) sur fond de hip-hop.
À Paris, le 4 février 2015, Artcurial a mis en vente plus de 200 œuvres Street Art sous le marteau d’Arnaud Oliveux, directeur du département Urban Art.
Du graffiti américain aux nouvelles créations urbaines, de la rue aux galeries, de la contestation à la reconnaissance, les artistes de Street Art occupent le terrain. Le rythme et l’insolence de leurs actions dégagent une énergie qui stimule la monotonie de l’environnement et le conformisme de la pensée. Ils font partie de notre paysage quotidien et nous les avons intégrés dans notre lecture de la ville sans nous en rendre compte. À tel point que nous serions sans doute surpris de ne plus les y voir. De là à considérer leurs interventions comme des œuvres d’art ? Vilipendés par certains, exposés et collectionnés par d’autres, ils se heurtent encore à la réserve des institutions.
Arnaud Baumann - Street art © Arnaud Baumann
Arnaud Baumann
Il y a les artistes confirmés qui dominent le marché : Banksy, Shepard Fairey, JonOne, David et Nick Walker, Ryca, Taki 183, Rammellzee, Seen, Cope 2, Futura, Keith Haring, Basquiat, Space Invader… Banksy a vendu l’an dernier un petit pochoir à 116 000 €. JonOne est la star du tag avec une vente à 40 000 €. Même record à Hong Kong pour Space Invader. Et Shepard Fairey a créé l’illustre poster Hope d’Obama pour la campagne présidentielle de 2008. Il y a les artistes émergents : C215, Speedy Graphito, Dran, JR, Conor Harrington… Et d’autres, comme Ernest Ernest-Pignon et Jérôme Mesnager, ou encore Villeglé et les affichistes. Enfin, quelques femmes : Miss Van, Miss Tic et Kashink, que les conditions physiques difficiles de cet art n’ont pas découragées.
'Seth' Malland - Street art © 'Seth' Malland
"Seth" Malland
La rue est leur support
Tous ont fait de la rue leur support : les murs, les poteaux (sur lesquels CyKlop peint des yeux), les panneaux de signalisation (Clet Abraham insère aux signes un petit personnage noir), etc. Un environnement devenu un outil efficace de marketing puisque, ainsi identifiés, les artistes se font un nom et peuvent êtres repérés par des galeries. Ce fut le cas du Diamantaire, reconnaissable au diamant qu’il a dessiné et semé ici et là.
Pour provoquer, dénoncer, s’engager, s’amuser et interroger, ils ont recours à différentes techniques. Ce sont les affiches de Villeglé, de Rotella, de Hains et de JR. Les pochoirs de C215 et de Miss Tic. Les graffitis et le lettrage de Seen et de Nasty. Les tags de Taki 183, de Tank, de JonOne, de Madame Moustache et de Fred le Chevalier. Les peintures murales de Kashink. Les stickers d’Above sur les poubelles municipales. Mais attention : tout est codifié par une hiérarchie. Un tag peut être couvert par un graffiti, mais l’inverse est impensable. En revanche, un graffiti peut être recouvert par un autre graffiti.
Kaws 'control' - Street art © Kaws 'control'
Street credibility
La vente d’Artcurial reflète cette diversité. Une œuvre majeure de Dondi White, Dark Continent of Kings (1983), est estimée à 25-35 000 €. Les connaisseurs reconnaîtront la couverture du catalogue de la première exposition d’art urbain en France, en 1991. Sur la scène émergente : Julien « Seth » Malland, Brusk, Dran, Vhils et Levalet. Les estimations vont de 1 000 à 150 000 € (Control (2013) de Kaws, provenant de la Galerie Perrotin de New York). De la rue à la toile. Arnaud Oliveux confirme que « les artistes s’adaptent aux supports. Mais ils continuent à créer dans la rue. Ils aiment l’espace, la rapidité, le risque, le défi. »
Dondi White - Street art © Dondi White
À voir cet art instinctif et parfois brutal accroché dans les salons élégants et confortables de l’hôtel Marcel Dassault, on se demande comment ces artistes parviennent à combiner une expression artistique clandestine et illégale avec l’accès aux voies classiques de la reconnaissance. Samuel Raharison, spécialiste en Street Art, explique : « Les puristes estiment qu’ils doivent rester dans la rue. C’est oublier qu’un artiste qui se consacre totalement à son art a besoin de vivre. Il y a un passage obligé de la rue à la galerie. Les Américains parlent de Street credibility. »
Quels lieux officiels les soutiennent ? Samuel Raharison a une liste toute prête : « Opera Gallery, Magda Danycz, le Feuvre, les maisons de vente Artcurial et Cornette de Saint Cyr, Nicolas Chenus, curateur et agent d’artistes à la tête de Graffiti Art Magazine. À Londres : Bonhams, Stolenspace et Lazarides. »
Banksy - Street art © Banksy
L’aventure des guerriers Bantus de Kouka est un bel exemple de collaboration. L’artiste franco-africain a peint des soldats sur les 77 fenêtres d’un squat destiné à être transformé en hôtel de luxe. La galeriste de Kouka, Nadège Buffe, Pierre Cornette de Saint Cyr et le promoteur immobilier se sont unis pour préserver l’œuvre des travaux de démolition. Une vente aux enchères aura lieu le 5 février au profit de deux organisations humanitaires en faveur de l’Afrique : la Fondation Chirac et l’AMREF Flying Doctors.
Entre collectionneurs et institutions
Parmi les collectionneurs, Alain-Dominique Gallizia est une figure tutélaire du Street Art. Sa collection comprend plus de 500 œuvres sur toile et il fut à l’origine de l’exposition « Tag au Grand Palais » en 2009. Nicolas Laugero Lasserre, directeur de l’Espace Pierre Cardin et créateur d’Artistik Rezo, expose régulièrement sa prestigieuse collection d’art urbain. « Au début, il n’y avait que les connaisseurs de ce milieu qui achetaient. Aujourd’hui avec la médiatisation, il y a ceux qui viennent de l’art contemporain. Des trentenaires et des quadras issus de la finance et des nouvelles technologies », précise Arnaud Oliveux. « Et les spéculateurs, des collectionneurs privés qui ont acheté pour un million d’euros », complète Samuel Raharison. L’industrie s’approprie aussi le Street Art parce qu’il est à la mode. Adidas et Petit Bateau ont lancé des opérations commerciales en l’utilisant.
Invader - Street art © Invader
Space Invaders
Les institutionnels, eux, se montrent plus frileux. « Ils ne suivent pas le Street Art. On a un train de retard en France », regrette Arnaud Oliveux. « Ses détracteurs ne trouvent pas dans le Street Art la densité qu’offre l’art conceptuel. Ils n’y voient que l’esthétique et non le sens. Et quand on sait que la reconnaissance d’un artiste dépend de ses pairs, du marché et des institutions... », ajoute Samuel Raharison.
En attendant que le chemin se fasse, un dernier conseil. « Ouvrir l’œil, être alerte, lire, et se méfier des coups de cœur », pour Arnaud Oliveux. « Pour investir, c’est maintenant ou jamais ! » conclut Samuel Raharison. Rendez-vous le 4 février à Artcurial.
Le catalogue d’Artcurial peut être consulté en ligne.
Artcurial
7 rond-point des Champs-Elysées
75008 Paris
Tagliatella Galleries
Nadège Buffe
13 rue de Picardie
75003 Paris
nadegebuffe@djtfa-paris.com
Vhils - Street art © Vhils
Crédits photo : Vhils, Rero, Kaws 'control', Jonone, Invader, Dran, Dondi White, DR, Banksy, Arnaud Baumann, 'Seth' Malland
Article paru dans le numéro #51 STREET ART
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