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Olivier de Cointet
5 mn
Agnès Touraine, présidente de l’Institut français des administrateurs. © DR
Au printemps dernier, Agnès Touraine a remplacé Daniel Lebègue à la présidence de l’Institut français des administrateurs (IFA), après une longue carrière qui l’a conduite chez McKinsey, Hachette Livres en tant que directrice générale, avant de devenir Présidente directeur général de Vivendi Universal Publishing. Pluris a saisi l’occasion pour l’interviewer sur l’évolution de la gouvernance des entreprises.

Pluris – Quel regard portez-vous sur le modèle actuel de gouvernance à la française ?

Agnès Touraine – Depuis une dizaine d’années, nous assistons à une vraie révolution de la gouvernance. Je la perçois d’autant mieux que je suis également administratrice en Angleterre. Cette révolution est concrétisée par le nouveau code AFEP/Medef. Elle n'est pas achevée, mais on peut déjà dire qu’il y a davantage de règles et d’autorégulation. Des comités existent dans tous les conseils d’administration, pour l’audit, les nominations et les rémunérations. Le code précise le nombre et la durée des mandats. Les administrateurs sont davantage responsabilisés. La diversité s’améliore rapidement et apporte un vrai renouveau. Ainsi le code français devient l'un des plus meilleurs au monde.

Qu’est-ce qui distingue la gouvernance à la française de l’anglaise ?

L'objectif même de la gouvernance en France et en Grande-Bretagne n'est pas le même. En Grande-Bretagne, où le code a plus de 100 ans, c'est l'optimisation de la valeur actionnariale qui prime : les managers ont pour obligation de satisfaire leurs actionnaires, qui exigent que leur patrimoine soit valorisé. En France, la raison sociale de l'entreprise prime avec la prise en compte des stake holders. Les administrateurs doivent prêter attention à tous les partenaires ; collaborateurs, fournisseurs, collectivités etc... D’où des règles de gouvernance très particulières, comme les administrateurs salariés. La différence est réelle.

Comment décririez-vous le rôle de l’IFA ?

L’IFA est a pour mission d’être la « maison des administrateurs « en France. Le rôle de l’IFA est également de contribuer à l’amélioration des bonnes pratiques. La gouvernance n’est pas seulement affaire de codes et de lois ; elle doit surtout être guidée par un objectif de compétitivité et de croissance. Avec quelques principes immuables de gouvernance : la transparence, la compétence, la confiance. Pour bien le comprendre, il faut inscrire la gouvernance dans la vie économique et sociale. Le grand défi des dix prochaines années sera de trouver le bon curseur entre le contrôle et l’objectif de création de valeur : il est important de contrôler, il l’est également de contribuer à la compétitivité.

C'est lié à la notion de compétence.

Tout à fait. Nous souhaitons promouvoir l’idée selon laquelle une bonne gouvernance est un facteur de compétitivité pour l’organisation. Mais il faut qu’elle soit adaptée aux spécificités du secteur dans lequel opère l’organisation. Six grands types d’organisation ont été identifiées: les entreprises cotées, les ETI et PME, les entreprises innovantes, les mutuelles et coopératives, les associations et fondations, et le secteur public et parapublic. Une société cotée à 40 milliards d’euros de capitalisation boursière ne pose pas les mêmes questions qu'une entreprise innovante, comme celles de l’économie du partage, Airbnb, Blablacar, etc. pour lesquelles une gouvernance de « compagnonnage » peut être proposée. C’est le « capitalisme 2.0, et il faut faire en sorte que les Comités de nomination nomment des gens qui apportent de la valeur au-delà du contrôle.

Quels sont les défis de la gouvernance des entreprises dans les dix prochaines années ?

Les dix prochaines années sont le défi de la « gouvernance de valeur ajoutée », avec les questions de la responsabilité sociale et du capital humain. Les questions d’éthique et de confiance vont être déterminantes. Se pose aussi la question des liens entre la loi et l'autorégulation : lorsque les entreprises s'autorégulent, et qu’elles respectent cette autorégulation afin de favoriser la transparence elle contribue à la confiance. De même quand elles anticipent leurs responsabilités sociales et environnementales, comme Danone ou encore L’Oréal sur le même congé de maternité, elles montrent que la gouvernance est un facteur de compétitivité.
Agnès Touraine, présidente de l’Institut français des administrateurs. © DR
Crédits photo : DR
Article paru dans le numéro #51 STREET ART
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