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Sophie Colin
Reportage | 5 février
9 mn

Magie des sertis
Les sertisseurs aux mains expertes subliment les pierres pour en faire des pièces de haute joaillerie.

Sertissage joaillerie Mellerio dits Meller © DR
De Grisogono - Montre Grappoli © Benjamin Henon
Sertissage joaillerie Mellerio dits Meller © DR
Dessin sertissage joaillerie Mellerio dits Meller © Pluris
De Grisogono - Montre Grappoli © Benjamin Henon
Un clip en forme d’oiseau en saphirs et émeraudes juché sur une branche, une bague papillon en saphirs et diamants prête à s’envoler, un collier de fleurs en diamants et rubis aux pétales biscornus. Les bijoux s’animent, jouent avec les formes et les couleurs, libres et volubiles, grâce à une mécanique savamment maîtrisée par les mains expertes du sertisseur, qui va fixer les pierres sur la monture du bijou et leur donner la forme souhaitée. Son travail relève de l’art et s’inscrit dans une étroite collaboration avec le joaillier et le polisseur.
Une fois sélectionnées par le joaillier, les pierres arrivent à l’atelier pour être serties. A partir d’un dessin du futur bijou, le sertisseur va enchâsser très minutieusement les pierres les unes après les autres selon leur couleur, leur taille et leur éclat dans une cavité creusée spécialement sur le support métallique puis va rabattre le métal qui entoure chacune d’elles pour les maintenir en place. Cette technique remonte à 1750. Auparavant, les pierres étaient juste posées sur un fonds métallique sans que celui-ci soit creusé. Le procédé actuel permet de fixer la pierre sur le bijou de manière solide et durable, le simple collage, utilisé pour les bijoux de fantaisie, ou la soudure, dont la chaleur endommagerait la pierre, ne pouvant être envisagée en haute joaillerie.
Tout au long de cette délicate manipulation, le sertisseur a recours à un certain nombre de procédés, voire d’astuces. C’est ainsi qu’il pose chaque pierre dans de la cire chaude et molle qui, une fois durcie, protège la pierre et permet de la travailler plus facilement. De la même façon, le sertisseur utilise du talc pour atténuer la brillance des pierres car, lorsqu’il les sertit, il a besoin d’en voir les contrastes pour les travailler en relief. Enfin, en plus des différents outils qu’il manie comme le marteleur, le burin, le marteau, la meule, les limes, les fraises, les pinces brucelles, les grattoirs, les échoppes, le pointeau ou poinçon, le brunissoir… le recours au microscope lui permet de s’exécuter avec plus de précision et d’épargner sa vue, particulièrement sollicitée.
Travail de sertissage Piaget © DR
Une grande variété de sertis
Il existe plusieurs sortes de sertis, parmi lesquels : le serti à griffes (le plus utilisé en joaillerie. Les griffes sont des tiges de métal qui viennent se replier sur la pierre), le serti à grains (pavage de pierres rondes sur une bande de métal sur laquelle les pierres sont fixées avec un filet de métal entre chacune d’elles), le serti clos (la pierre est complètement entourée de métal), le serti descendu (pavage de pierres serties sur une bande de métal de même largeur à l’aide de minuscules griffes), le serti rail (une ou deux rangées de pierres sont enchâssées entre deux rails métalliques) ; enfin, le serti invisible, exploit technologique par lequel la monture métallique est totalement cachée à l’intérieur des pierres disposées côte à côte et seules visibles. On taille des saignées horizontales sous chaque pierre que l’on enfile ensuite sur les rails métalliques dissimulés sous les pierres. Si le serti invisible est aussi bien utilisé pour les diamants que pour les pierres précieuses de couleur (rubis, saphir et émeraude), c’est la taille baguette qui est la plus souvent choisie car la forme droite et allongée s’adapte parfaitement à ce système. Une première technique fut brevetée en 1933 par Cartier. La même année, Van Cleef & Arpels déposait un brevet pour ce qui allait devenir la marque « Serti Mystérieux ™ » en 1936. Le procédé est si complexe qu’il exige 300 heures de travail pour un simple clip et que seuls les maîtres joailliers qualifiés de « Mains d’or » ont le niveau d’expertise nécessaire à sa réalisation.
Le serti met en valeur l’éclat de la pièce et la « mise à jour » du joaillier, consistant à dégager du métal sous la pierre, laisse filtrer la lumière à travers la pierre sertie.
Piaget Promenade dans un Jardin © Piaget
Promenade dans un Jardin - Piaget
Tout est possible techniquement.
Il n’y a pas de serti spécifique à telle ou telle pierre précieuse ou telle ou telle taille de pierre. Une taille en poire ou une taille émeraude s’adapte à tous les sertis. Et l’on peut avoir autant de styles de sertis différents sur un même bijou. Techniquement, tout est possible, ce sont les codes esthétiques et la mode qui dictent les choix artistiques. De Grisogono, dont on connaît la liberté à l’égard des us et coutumes du métier, exprime son originalité, à cette étape du sertissage, dans le choix du pavage des pierres. Pour qu’un bijou ait une âme, qu’il dégage une émotion, on choisit volontiers des pierres qui, dans une même couleur, ont des nuances entre elles. Quand d’autres cherchent la perfection de l’uniformité, ici des saphirs foncés et des saphirs clairs s’alternent pour apporter vie et force au bijou. Et surprendre celle qui le portera.
Collier Pivoine Mystérieuse. Or blanc, diamants ronds et baguette, or rouge, Serti Mystérieux rubis. © Van Cleef & Arpels
Collier Pivoine Mystérieuse. Or blanc, diamants ronds et baguette, or rouge, Serti Mystérieux rubis.
Tout, par ailleurs, peut se faire en pièce unique ou en série. L’enjeu vient plutôt de la fragilité de certaines pierres ou de la forme du bijou. Les sertis complexes à réaliser sont les gros centres (une seule pierre est au centre de la bague par exemple), les sertis baguette aux pierres géométriques et très anguleuses, et les sertis de pierres vulnérables comme l’émeraude ou le spinelle (pierre fine rouge proche du rubis)… L’émeraude est particulièrement sensible aux chocs, aux produits chimiques et aux effets thermiques. Elle tient sa fragilité à des inclusions appelées poétiquement « givres » ou « jardin d’émeraude » lorsqu’il y en a plusieurs, bulles de gaz parfois liquides qui, en quantité modérée, ne font nullement perdre de valeur à la pierre, mais la rendent moins résistante lors du sertissage. Plusieurs diamants au contact des uns des autres seront également fragiles, alors qu’un seul diamant est très solide.
De Grisogono Haute Joaillerie © DR
À quoi ressemble un beau serti ? « C’est une pierre bien centrée, des griffes bien homogènes, des boules régulières pour le serti à grains… », répond Mathieu Porrachia, sertisseur chez Mellerio dits Meller. Il évoque la patience que requiert son métier, la minutie, l’expérience, l’exigence de soi. « Il ne faut pas brûler les étapes, ni avoir l’orgueil de tout savoir. Il faut aimer apprendre. »
On peut aussi parler du plaisir à sertir des pierres de haute joaillerie auquel succombe Piaget dont les ateliers sertissent plus de 2 millions de gemmes chaque année. Une fois terminé le méticuleux travail du sertisseur, les pierres y sont contrôlées les unes après les autres. La finition parfaite des pièces révèle toute la délicatesse de ces admirables ouvrages, la fluidité de leur dessin et l’éblouissement de leur éclat, dans cet esprit très glamour si cher à Piaget.
Collier Mellerio dits Meller © Mellerio dits Meller
Collier Mellerio dits Meller
Crédits photo : Van Cleef & Arpels, Pluris, Piaget, Mellerio dits Meller, DR, Benjamin Henon
Article paru dans le numéro #52 GENÈSE
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