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Sophie Colin
Portrait | 1er mars
5 mn

Seul dans son coin
La peinture de Sépànd Danesh, lauréat de la Fondation Colas, est faite de temps, de langage, de présence et d’absence.

Sépànd Danesh — Huile, acrylique et aérographe sur toile © Jean-François Fanet - Acquisition Fondation Colas
Sépànd Danesh — Huile, acrylique et aérographe sur toile © Maurine Tric
Sépànd Danesh — Huile, acrylique et aérographe sur toile © Maurine Tric
Sépànd Danesh — Portrait © Sépànd Danesh
Sépànd Danesh — Portrait © Sépànd Danesh
En persan, Danesh signifie « savoir ». Un nom prédestiné pour ce jeune artiste qui brûle de trouver des réponses à ses questions. Pour prendre du recul sur son passé et s’ancrer dans le présent, il se nourrit d’ouvrages occidentaux et de poésie orientale. Et il peint.
Sépànd Danesh, né à Téhéran en 1984, rejette toute biographie construite sur une chronologie linéaire. À Chronos, il préfère Kairos, point de basculement de sa vie, marquée par la Révolution islamique de 1979 et la guerre Iran-Irak. Quand il a 11 ans, sa famille fuit l'Iran pour s’installer en France. Il y aura désormais un avant et un après.
L’existence de ce jeune Iranien s’articule autour du temps et du langage, l’un et l’autre faits de ruptures et reliés par la mémoire. En Iran, il parlait le persan dans un pays où l’arabe s'impose depuis 30 ans. En arrivant en France, il doit apprendre une nouvelle langue mais perd la parole. La peinture l’amène à s’exprimer avec boulimie, et il se lance dans l’exercice de petits dessins thérapeutiques consistant en une succession de carrés vides qu’il remplit instinctivement.
Sépànd Danesh — Encyclopédie de l'imagination © Sépànd Danesh
Sépànd Danesh — Encyclopédie de l'imagination
À Téhéran, sa mère l’obligeait à recopier des livres en français pour apprendre cette langue qu’il parle couramment. Il en a gardé l’habitude et recopie des passages d’À la recherche du temps perdu. Ce choix de l’œuvre de Proust n’est pas anodin et le titre est percutant dans l’univers de Sépànd, qui a choisi Ombre de mémoire pour nommer ce travail de réécriture.
La mémoire se transporte dans les objets qui composent ses toiles : des cartons et des photos. « Les cartons, c’est la migration. Ce sont des objets cheap dans lesquels on met des choses importantes », explique Sépànd, dont la série actuelle reprend les cadres photos confrontés à un nouvel espace : le coin. « Un coin vertical, c’est un livre ouvert. C’est l’élévation. Je veux envoyer dans le coin celui qui regarde. Non par châtiment. C’est pour lui donner du temps pour l’obliger à réfléchir puisqu’il ne peut pas bouger. » Coincé, sans échappatoire.
Sépànd se passionne pour tout échange qui pourra titiller sa perception du monde qui l’entoure : « La peinture serait-elle un moyen de se confronter au choix de se détourner ? » De se détourner du passé et de ce que le spectateur voit dans ces cadres souvent vides représentant « les rejetés de la société, les enfants qui ont vécu la guerre, ceux qui n’ont rien demandé ». C’est un leitmotiv de la vie de Sépànd : il lui manque toujours quelque chose. « C’est la présence par l’absence. C’est pour ça que dans mes toiles je fais en sorte qu’il manque toujours quelque chose. » Et de citer le poète persan Saadi (1184-1283) : « Je me disais qu’en te voyant, je te parlerais de mes malheurs / Que dire puisque les malheurs disparaissent lorsque tu arrives ? »
Entre ses silences, ce garçon loquace lance : « J’espère qu’il y aura une continuité dans ma vie, et que je pourrai continuer encore trente ou quarante ans ! » Après Chronos et Kairos, vient Aïon : l’éternité, la destinée. Quelle sera celle de Sépànd Danesh, ce jeune artiste ivre de vie venu d’Iran ?
Exposition Apostrophe Muette à la La Vitrine am jusqu’au 20 mars.
Crédits photo : Sépànd Danesh, MoHo, Maurine Tric, Jean-François Fanet - Acquisition Fondation Colas
Bonnes adresses
24 rue de Richelieu
75001 Paris - France

+33 1 55 35 25 25
Article paru dans le numéro #55 BITUME
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