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Pascal de Rauglaudre
Entretien | 1er mars
7 mn

Des puces sous le bitume
Demain, la route sera intelligente, promet Hervé Le Bouc, pdg du groupe Colas.

100 000 : c’est le nombre, colossal, de chantiers remportés dans le monde entier chaque année par le groupe Colas, spécialisé dans les travaux publics. L’un des leaders mondiaux de la construction et de l’entretien des infrastructures de transport, Colas est implanté dans une cinquantaine de pays sur les cinq continents. Une success story discrète mais spectaculaire. Hervé Le Bouc, son Pdg, raconte à quoi ressemblera la route de l’avenir.
Hervé Le Bouc, président de Colas © Sylvain Fuchs
Hervé Le Bouc, président de Colas

Pluris – Pour un groupe comme Colas, que reste-t-il comme opportunités dans des pays déjà très équipés en infrastructures ?

Hervé Le Bouc – Notre métier ne consiste pas tant à construire qu’à entretenir. 80 % de nos activités dans les pays développés, en particulier l’Europe du Nord ou l’Amérique du Nord, concernent l’entretien des réseaux existants. En effet, la structure routière se déforme fortement sous l’effet des aléas climatiques et des charges des véhicules, surtout les poids lourds. Ça ne changera pas à l’avenir, il faudra constamment entretenir les routes. Les études montrent qu’investir régulièrement en entretien coûte moins cher sur le long terme.

Mais l’entretien offre-t-il des perspectives de développement suffisantes ?

Dans les pays industrialisés comme la France, l’entretien est stable. Il faut donc trouver de la croissance ailleurs. En France nous avons 35 % de part de marché. Ailleurs dans le monde, nous sommes souvent leaders mais avec 4 à 10 % de part de marché. Il reste donc beaucoup de possibilités de développement, en termes de couverture géographique.

Dans cette expansion internationale, comment conservez-vous un avantage compétitif ?

Nous développons au sein des directions centrales, ici en France, des processus transverses dans tous les secteurs, les ressources humaines, la comptabilité, les finances, etc. Nous irriguons ensuite nos filiales et nos établissements à travers le monde avec tout ce know how. Quant à l’avantage technique, c’est la raison d’être de Colas, qui est né d’un procédé appelé Cold Asphalt. Notre campus scientifique et technique en région parisienne est le plus grand centre de recherche privé dans le monde sur les matériaux routiers. Nos filiales peuvent donc proposer à leurs clients des produits toujours plus performants.

À propos d’innovation, de quelle façon est-elle stimulée dans une entreprise comme Colas ?

Nous développons les produits routiers sur notre campus du plateau de Saclay, en collaboration avec nos laboratoires du monde entier. Nous en avons au moins un dans chaque pays où nous sommes présents. À l’intérieur de ce réseau dense que nous avons mis sur pied pour stimuler et dynamiser l’innovation tous azimuts, les chercheurs travaillent ensemble. Et pas seulement sur les aspects technologiques et les produits chimiques. Ainsi nous avons mis en place un conseil de l’innovation ici au siège, avec une quinzaine de collaborateurs issus de différentes directions, exploitants, chercheurs, systèmes d’information, commerciaux, marketing, etc. de façon à piloter les processus d’innovation dans le groupe. Nous challengeons aussi tous nos collaborateurs pour les inciter à exprimer leurs idées, nous avons vidé les greniers de nos différentes filiales de leurs innovations pour mieux les développer. Colas a toujours été une entreprise pionnière, et l’innovation est vraiment dans son ADN.

Quelles sont les nouvelles frontières dans le secteur de la construction routière ?

En construisant et en entretenant les infrastructures de transport, nous répondons aux besoins de mobilité et d’urbanisation. Mais l’un de nos plus grands défis, c’est de réduire l’impact de nos activités sur l’environnement. Notre engagement est d’exercer nos métiers de façon responsable. Notre recherche, notamment, est axée sur ces enjeux visant, par exemple, à économiser les ressources, à réduire les consommations d’énergie, et à diminuer l’impact carbone. Autre défi : la route intelligente, dite de 5e génération, instrumentée et communicante. Elle implique de répondre à quelques questions : la route peut-elle être un média ? Peut-on y glisser de l’information à envoyer sur un panneau ou au conducteur dans sa voiture ? Peut-elle produire de l’énergie ? Autant de pistes de recherche que nous explorons.

Et le bitume de l’avenir, à quoi ressemblera-t-il ?

Il sera moins chaud ! Il y a encore 4-5 ans, quand on mélangeait du sable, du bitume et des graviers pour faire un béton bitumineux, il fallait le chauffer à 180°C. Nous avons réussi à réduire ces températures et à produire des enrobés à 120-130°C, sans fumées et avec les mêmes caractéristiques techniques que les bitumes plus chauds. Nous avons même réussi à concevoir un prototype qui s’étale à 50°C, on peut presque le manipuler. C’est ça, le produit de l’avenir.
Crédits photo : Sylvain Fuchs
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Article paru dans le numéro #55 BITUME
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