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Olivier de Cointet
7 mn

À quoi reconnaît-on une Glashütte Original ?
Personne ne le sait mieux que Yann Gamard, président de Glashütte Original, une marque du Swatch Group.

Le Made in Germany n’est pas réservé à l’automobile de luxe, c’est aussi l’apanage d’une petite ville de Saxe, où se perpétue depuis 1845 un savoir-faire horloger qui rivalise avec les vallées suisses. Glashütte Original en est l’un des fleurons, et près de 500 personnes travaillent sur les trois sites de ses manufactures. Avec une production qui a doublé en trois ans, estimée à près de 15 000 pièces, il affiche ses ambitions de croissance depuis son rachat par Swatch Group en 2000. Yann Gamard, son président, également responsable de Swatch Group Allemagne et Pays nordiques et membre de la direction générale élargie du Groupe depuis 1998, décrypte les ressorts de cette mécanique bien huilée.

Pluris – Comment reconnaît-on une Glashütte Original ?

Yann Gamard – Tout d’abord, la montre sera un peu plus épaisse que des modèles comparables en Suisse, car la robustesse du mouvement est un critère essentiel pour nous. Nous avons tendance à greffer sur celui-ci des complications plutôt que de réaliser des mouvements intégrés. D’ailleurs il est difficile d’imaginer des modèles extra plats chez Glashütte Original à moins d’en faire un défi particulier. Le visage d’une montre allemande sera aussi souvent assez sobre, mais sobriété ne veut pas dire simplicité, car nous avons entre autres plus de neuf modules de date différents. Même dans une montre à complication nous privilégierons l’élégance et la mise en valeur du mouvement. Tout est une histoire d’équilibre.

Qu’est-ce qui, chez Glashütte Original, a intéressé Swatch Group en 2000 ?

Monsieur Hayek appréciait la manufacture et les savoir-faire. Glashütte Original a par exemple inventé, avec Alfred Helwig, le tourbillon volant. Et depuis 1845 l’ensemble – ou presque - des compétences horlogères existent dans cette toute petite ville de Saxe. Aujourd’hui encore les deux-tiers des employés de notre manufacture sont des mécaniciens de précision qui réalisent des outils jusqu’aux moindres pièces des mouvements que nous produisons. Autre exemple de ce savoir-faire : nous développons notre propre mouvement à quartz en collaboration avec ETA, mais avec nos matériaux et nos exigences. Les « vestes blanches», c’est-à-dire les horlogers, ne sont qu’une partie de tous nos savoir-faire.

Vous avez relancé l’école d’horlogerie pour les perpétuer ?

En effet, la ville de Glashütte héberge depuis 1878 une école horlogère qui avait dû fermer ses portes en 1992. Nous l’avons relancée en 2002 et aujourd’hui près de 85 élèves y étudient chaque année. Lorsque Glashütte Original a été racheté par un investisseur privé en 1994, il n’y avait plus que 72 employés, alors qu’elle en comptait plus de 2500 avant la chute du Mur de Berlin. Nous en avons aujourd’hui environ 500, ce qui vous donne une idée du potentiel et de l’intérêt pour le métier d’horloger dans cette région.

Comment avez-vous accompagné le doublement de la production horlogère ?

Nous avons rationalisé la collection en quatre piliers, avec un ou deux best-sellers dans chaque, et c’est de cette façon que nous avons établi la reconnaissance de la marque, par exemple « Ladies » pour les femmes, ou la collection « Vintage ». Nous avons présenté dans les années 60, 70 et 80 des avancées techniques et artistiques qui trouvent écho encore aujourd’hui. Nous avons aussi travaillé la distribution car pour être crédible, il faut être positionné correctement. De 458 nous sommes passés à 275 points de vente. Soit nous sommes appréciés pour nos qualités intrinsèques, soit il ne sert à rien d’être présent.
À découvrir : plus de 600 sons enregistrés au sein de la manufacture ont été réunis en une composition sonore et vidéo étonnante, comme une réunion de la haute précision mécanique et de la musique allemande.

Et les prix ?

Nous avons un positionnement de prix très compétitif. L’augmentation constante du RMB, la monnaie chinoise, nous oblige à procéder ponctuellement à des ajustements de prix. Au niveau de la pyramide de prix du Swatch Group, nous sommes placés en entrée du secteur Prestige, sous Blancpain, au-dessus de Omega.

Quels sont vos axes prioritaires de développement pour les prochaines années ?

Le plus gros challenge pour nous consiste à augmenter la production avec un rythme supérieur à 10 % par an, en raison du temps nécessaire à la formation des nouvelles compétences. Nous sommes présents sur tous les marchés symboliques sur lesquels nous voulons être, à Paris nous travaillons encore à une amélioration. Le problème, comme toujours, c’est qu’il faut pouvoir livrer derrière.

Qu’est ce qui vous empêche de dormir la nuit ?

Rien ! Si je devais commencer à stresser … Nous avons obtenu 35 millions d’euros d’investissements du groupe il y a trois ans pour accompagner notre développement, tant au niveau de la manufacture que de la distribution. Quand je vois l’enthousiasme des équipes qui portent en eux 170 ans d’histoire, deux guerres, une crise économique mondiale, 40 ans de communisme, et qui font leur métier avec toujours autant de passion, je ne peux m’empêcher de dire « chapeau bas ». Avec un peu de recul, c’est peut-être le best secret of the industry.
Crédits photo :
Article paru dans le numéro #55 BITUME
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