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Tiphaine Illouz
Entretien | 15 mars
7 mn

Le cheveu, cet incompris
Un bon shampoing doit-il mousser ? Le point de vue garanti sans parabènes de Caroline Greyl.

 © DR
Caroline Greyl, présidente de Leonor Greyl © DR
Ses parents ont fondé Leonor Greyl, marque de soin naturel des cheveux, en 1968. Aujourd’hui, cette marque est présente dans 450 salons de coiffure de plus de 40 pays, dont le Viêt Nam, et le salon traditionnel de la rue Tronchet propose toujours d'étonnants cataplasmes aux plantes lyophilisées à base d'ortie ou d'algues, et une instructive évaluation du cuir chevelu. Caroline Greyl, fille de Leonor et présidente de la marque, explicite la notion de soins naturels.

Pluris – Depuis 1968, Leonor Greyl crée des soins naturels pour cheveux, mais qu’entendez-vous exactement par « soins naturels » ?

Leonor Greyl – Quand mes parents ont fondé la marque, le contexte était à la chimie, et il n’y avait pas de solution douce et efficace pour traiter les cheveux. Le premier produit qu’ils ont utilisé était l’huile de germe de blé pour équilibrer les cuirs chevelus gras, ce qui était avant-gardiste, car on pensait qu’appliquer une huile sur les cheveux les rendait gras. Nos produits sont formulés sans agents moussants agressifs, sans test préalable sur les animaux, sans silicone, et à partir d’actifs végétaux. Nous utilisons aussi une eau pure débarrassée de son calcaire pour ne pas agresser et assécher, et nous n’utilisons ni coaltar, ni paraben, ni sodium. Cela demande au préalable de déconstruire un certain nombre d’idées reçues.

Ces idées reçues, quelles sont-elles ?

Nombre de femmes sont convaincues qu’un bon shampoing doit mousser. Or plus un shampoing mousse, plus celui-ci est agressif pour le cuir chevelu. Il est inutile de laver l’ensemble de la chevelure avec un shampoing, mais seulement le cuir chevelu, qui est la partie vivante. Car la mousse formée en racines glissera naturellement sur l’ensemble de la chevelure lors du rinçage pour la purifier. Il ne faut jamais frictionner le cuir chevelu, car ce geste agressif excite les glandes sébacées, mais le masser doucement, comme l’on masserait une épaule. Enfin, on doit toujours choisir un shampoing en fonction de son cuir chevelu, et un masque capillaire selon l’état des longueurs et pointes. Finalement, le cheveu est un grand incompris.

Sur quels types d’actifs végétaux travaillez-vous ?

Mon père était ingénieur et féru de botanique, et il formulait en observant beaucoup la nature. Chaque voyage était l’occasion d’observer la végétation et de s’inspirer. Le propolis, par exemple, était une substance utilisée par les égyptiens dans les onguents pour embaumer les corps, et mon père a eu l’idée de l’utiliser comme un anti-pelliculaire. Les algues ont un effet protecteur et hydratant, l’huile de jojoba est très nourrissante, et le quinoa, sans gluten, renforce le cheveu. En institut, nous utilisons aussi les protéines, l'ortie en cas de chute, ou encore la carotte pour la vitalité. Quelque soit l'actif, nous sommes attentifs à la provenance, au procédé d’extraction et à la concentration.

Les huiles végétales sont également très utilisées pour la peau. Le cheveu a-t-il des points communs avec l'épiderme ?

Oui, plusieurs. J'explique souvent que l’on devrait soigner ses cheveux de manière cosmétique. Avec l’épiderme, les cheveux sont la partie la plus exposée du corps humain, et comme elle, le cuir chevelu est une partie vivante constituée du bulbe et de la racine. Comme elle, les cheveux doivent aussi être protégés, nourris, nettoyés méticuleusement et cela prend un peu de temps. Le geste de se laver les cheveux est le même que celui de se démaquiller le soir, et un shampoing devrait durer au minimum trois minutes.

Quels rituels de beauté des cheveux vous inspirent le plus ?

Chaque culture a ses gestes et une vision relative de la beauté ; dans certaines cultures, un beau cheveu est forcément long. Je suis particulièrement inspiré par le rituel oriental qui utilise notamment l’huile d’argan, et le rituel tahitien avec l’huile de monoï. Les huiles ont des usages multiples, comme équilibrer le cuir chevelu, désincruster le sébum ou les résidus de produits, stimuler la repousse et nourrir longueurs et pointes. Souvent ce sont les femmes qui font des colorations régulières qui y viennent car leurs cheveux sont très sensibilisés.
L'Huile de Leonor Greyl © DR
L'Huile de Leonor Greyl

Quel est votre plus gros défi en reprenant une entreprise familiale ?

En assurer la pérennité sans céder à l’appel des grands groupes. Nous avons la philosophie d’un groupe familial, indépendant, donc notre priorité n’est pas de développer à tout crin et de jauger des opportunités en terme de marché, mais plutôt de rencontrer la bonne personne et de faire des belles choses. Nous n’irons pas sur le marché chinois par exemple, car il y aurait une obligation de tester les produits sur les animaux pour qu’ils soient enregistrés.

Quel est le produit dont vous ne vous séparez jamais quelque soit la saison ?

L'huile de magnolia : elle démaquille, hydrate la peau, désensibilise en cas de coup de soleil, prolonge le bronzage. On peut en mettre sur les cheveux, mais aussi l'utiliser en huile de massage, c’est une huile passe-partout très adaptée à mes nombreux voyages.
Crédits photo : DR
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15 rue Tronchet
75008 Paris - France

+33 1 42 65 32 26
Article paru dans le numéro #57 POÉSIE MÉCANIQUE
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