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François Delaroière
Reportage | 10 oct.
6 mn
Pour le moment, dans l’ensemble des vignobles, tout va bien. Le degré centigrade gagné au cours des cinquante dernières années offre au raisin l’occasion d’arriver plus facilement et plus régulièrement à maturité. Du même coup, dans les grandes régions viticoles, l’alternance entre bonnes et mauvaises années est moins marquée. En Champagne, les années non millésimables, deviennent moins fréquentes.
Quant à la limite septentrionale de la vigne, elle ne cesse de remonter comme l’illustre le développement de la viticulture en Angleterre, précisément dans le domaine des vins effervescents. Seules les régions situées les plus au sud suscitent des inquiétudes, non tant sur la qualité que sur la quantité. En effet le manque d’eau ne permet pas toujours aux grains de parvenir à leur taille idéale. Mais à l’avenir, que va-t-il se passer ? À quoi ressembleront nos vins ?

Saint-Émilion à la loupe

Heureusement pour nous, l’évolution de la vigne, si l’on en croit Hervé Quénol, directeur de recherche au CNRS et expert auprès de la commission internationale « Environnement viticole et évolution climatique », est l’objet de toutes les attentions des chercheurs : « On utilise beaucoup la vigne comme marqueur du changement climatique, car elle présente des étapes bien délimitées allant du débourrement au printemps jusqu’à la vendange, en passant par la floraison, la formation des grappes, la véraison et la maturation. »
vue du vignoble à Saint Emilion France © DR
Ainsi, 120 capteurs ont été placés sur le terroir de Saint-Émilion pour relever des écarts de température significatifs entre les points les plus chauds et les plus froids, et les relier aux décalages, parfois de deux à trois semaines, de certaines étapes comme la véraison ou la maturité. La projection de ces données est très précieuse pour prévoir l’avenir d’un vignoble.

Une fenêtre à ne pas rater

« On sait que pour faire un vin de qualité, la fenêtre optimale de maturité se trouve entre le 10 septembre et le 10 octobre, avertit Kees van Leeuwen, de l’Université Bordeaux Sciences Agro qui pilote le projet. Après le 10 octobre la saison devient fraîche, avec le risque que plus rien ne mûrisse. Et si le raisin mûrit avant le 10 septembre, le vin est déséquilibré avec trop de sucre, trop d’alcool, manquant de fraîcheur et de finesse aromatique. » Or le principal cépage de Saint-Émilion, le merlot, est le plus précoce, donc le plus exposé. Le cabernet franc mûrit une semaine plus tard et le cabernet-sauvignon encore dix jours après.
Pour ne pas sortir de la fenêtre optimale, un des principaux moyens consiste à faire évoluer progressivement l’encépagement avec un accroissement du rôle du cabernet franc, puis, plus tard du cabernet-sauvignon. « Cela peut changer l’avenir aromatique des vins, reconnaît Kees van Leeuwen. Mais il vaut mieux une modification de la typicité qu’une perte de qualité. Car si l’on arrive en 2050 avec du merlot qui mûrit en août, le vin ne sera plus aussi bon. »

2003, année prophétique

La canicule d’août 2003 a préfiguré ce que l’on peut attendre d’une année normale vers le milieu du siècle. Dans certaines régions, elle a été catastrophique, l’alcool et le sucre ayant dominé le fruit. À Saint-Émilion, globalement, l’expression du merlot récolté entre fin août et tout début septembre, s’en est trouvée altérée, avec une structure légère, des tanins souvent trop mûrs et un fruit limité avec des nuances moins nobles qu’à l’accoutumée comme le raisin sec ou la figue.
Carte des variations de températures de juillet par rapport à 2001 lors de la canicule de 2003 en Europe. © Reto Stockli and Robert Simmon, based upon data provided by the MODIS Land Science Team.
Carte des variations de températures de juillet par rapport à 2001 lors de la canicule de 2003 en Europe.
Le cabernet franc s’en est mieux tiré, mais la chaleur accablante a creusé l’écart entre l’ensemble de l’appellation et les premiers grands crus classés A, Cheval Blanc, Ausone, Pavie et Angelus, qui ont tous offert un très beau millésime. Il est vrai que chez presque tous, le cabernet franc est majoritaire et qu’ils bénéficient de terroirs exceptionnels. D’ailleurs, dans l’appellation voisine de Pomerol, encore plus affectée par la canicule, Petrus, pourtant au moins 95 % merlot, mais bénéficiant d’un sol argileux favorable, a livré un millésime 2003 promis à une longue garde.
Si la qualité traditionnelle des terroirs jouera donc un grand rôle face au réchauffement, certaines cartes seront redistribuées : « Les endroits frais qui pouvaient constituer un handicap il y a quelques années vont devenir un avantage. Cela remettra en cause certains classements si les viticulteurs ne s’adaptent pas, conclut Kees van Leeuwen. Mais je suis convaincu qu’ils vont s’adapter. »
Crédits photo : Reto Stockli and Robert Simmon, based upon data provided by the MODIS Land Science Team., DR
Article paru dans le numéro #88 POUSSES
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