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Emmanuel Brousse
Focus | 5 mars
6 mn

Pourquoi la Chine s'en prend aux libraires de Hong Kong
Plusieurs libraires et éditeurs hongkongais ont mystérieusement disparu. Les soupçons se portent sur le régime chinois.

Plusieurs libraires et éditeurs hongkongais ont mystérieusement disparu. Les soupçons se portent sur le régime chinois. © Caroline Bittner
Le 10 janvier, devant une librairie de Hong Kong, la foule hurle sa colère. La grille est abaissée et un écriteau en anglais et en mandarin porte l'inscription « Fermé ». En plein centre de la ville, la librairie Causeway Bay Books ne devrait pas rouvrir de sitôt. Et pour cause : elle appartient à la maison d'édition Mighty Current dont la plupart des dirigeants sont portés disparus depuis plusieurs mois. Et même si rien ne vient le confirmer, les manifestants ont la certitude que la gouvernement chinois y est pour quelque chose.
Quinze jours plus tard, leurs craintes se trouvaient vérifiées. Tous les disparus sont entre les mains de la police chinoise. Celle-ci a justifié la détention des cinq hommes par différentes raisons. Trois d'entre eux avaient été arrêtés lors d'un déplacement en Chine au motif d'avoir monté un trafic de livres interdits sur le continent. Lee Bo, le dernier à s'être volatilisé, est apparu à la télévision d'Etat chinoise, déclarant s'être rendu lui-même en Chine illégalement afin d’aider discrètement les enquêteurs en témoignant contre ses collègues.
Quant au dernier, Gui Minhai, il a également expliqué à la télévision officielle, les larmes aux yeux, qu'il s'était délibérément rendu aux autorités chinoises alors qu'il était poursuivi depuis 2003 pour un accident de la route. Il a expliqué être prêt à « assumer sa punition » afin de pouvoir rendre visite à sa mère mourante.
Ces explications ne convainquent pas vraiment à Hong Kong, où on n'y voit guère que des aveux factices extorqués sous la menace. Dans les deux séances télévisées, les éditeurs déclarent renoncer à l'aide de la Suède et de la Grande-Bretagne dont ils possèdent l’un et l’autre les nationalités. Ce type de « confessions » publiques normalement réservées aux criminels vise à discréditer les militants des droits de l'homme ou les dissidents politiques.
Spécialisée dans les ouvrages à sensation très critiques sur les élites de Pékin, la librairie Causeway Books commercialisait notamment des livres sur la vie sexuelle des hommes politiques que de nombreux Chinois « du continent » de passage à Hong Kong rapportaient chez eux. En Chine continentale, où toute critique contre la classe politique est proscrite, ces ouvrages ont fini par excéder les autorités qui ont décidé de séquestrer les libraires, avec le risque d’inquiéter une population hongkongaise très attachée à sa liberté d'expression.
Lorsque la ville a été rétrocédée à la Chine par le Royaume-Uni, il a été convenu que celle-ci bénéficierait pendant 50 ans d'un régime spécial avec une liberté d'expression plus importante qu'en Chine et d'une police distincte de celle du reste du pays. Jusqu'ici, le statut particulier de Hong Kong, souvent résumé par le slogan « un pays – deux modèles » avait été respecté tant bien que mal par Pékin.
Les probables enlèvements des cinq éditeurs sont un symptôme révélateur du durcissement de la politique chinoise vis-à-vis de Hong Kong. Ce durcissement est d'autant plus fort que l'un des « libraires », Lee Bo, avait disparu alors même qu'il se trouvait à Hong Kong. Une ligne rouge qui n'avait pas été franchie jusque là par Pékin et qui inquiète les militants pro-démocratie de « la perle de l'Orient ». Car si Hong Kong ne constitue plus un havre de sécurité, il ne restera plus guère d'espace pour les opposants politiques chinois.
Depuis l'arrivée au pouvoir de Xi Jinping, Pékin mène une politique de « fermeté globale », qui touche aussi bien les élites corrompues que les dissidents politiques. La Chine a remis au goût du jour des méthodes comme les confessions mises en scène à la télévision et a intensifié son contrôle d'internet.
Plus inquiétant encore, la rhétorique officielle évoque désormais ouvertement la lutte contre « les idées et valeurs occidentales » telles que l'indépendance de la justice ou la liberté de la presse. Il ne s'agit plus de camoufler un régime autoritaire derrière une démocratie de façade mais bien de faire valoir un modèle « fort » qui se refuse à garantir à tout prix les libertés individuelles.
Crédits photo : Caroline Bittner
Article paru dans le numéro #101 INTUITIFS
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