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Élodie Fondacci
Recommandation | 6 avril
4 mn

Trois frères
Plongée dans le Swinging London avec le dernier roman de Peter Ackroyd, vedette des lettres anglaises.

Trois frères, Peter Ackroyd © Editions Philippe Rey
Trois frères, Peter Ackroyd, traduit de l'anglais par Bernard Turle, Editions Philippe Rey, 288p., 19€.
Le dernier livre de Peter Ackroyd, l’écrivain britannique aux 50 ouvrages, fierté nationale en son Royaume, commence comme un conte.
Dans la commune de Camden qui, en ces années d’après guerre, n’est encore qu’un sordide quartier ouvrier du Nord de Londres, vivent trois frères. Trois frères nés à un an d’intervalle et – par une troublante coïncidence – le même jour du même mois, à la même heure. Leur père est un modeste veilleur de nuit qui s’est rêvé écrivain avant de devoir se résoudre à renoncer à ses aspirations. Leur mère les a tout bonnement abandonnés, en disparaissant sans laisser la moindre explication.
Les trois frères s’élèvent seuls. Ils ont à vrai dire peu de points communs, à part la volonté de s’extirper au plus vite de leur banlieue misérable, et leurs chemins se séparent dès leur entrée dans l’âge adulte. Harry, l’aîné, un garçon dévoré d’ambition, ne tarde pas à se faire une place dans le trépidant milieu de la presse, passant du statut de simple chroniqueur à celui plus enviable de rédacteur en chef d’un des journaux les plus en vue de la ville, grâce à un opportun mariage avec la fille du propriétaire. Daniel le second, intellectuel et prétentieux, devient quant à lui professeur à Cambridge et critique littéraire redouté pour sa plume venimeuse. Sam le dernier, le plus marginal et plus candide des trois, vagabonde dans les rues de la ville avant de se retrouver homme à tout faire d’un promoteur véreux.
Mais ces trois frères qui pourtant ne se voient plus et gravitent chacun dans des mondes différents continuent à être reliés par un inexplicable lien, dû sans doute à l’étrangeté de leur naissance, comme si un fil ténu tissait leurs destins en un complexe écheveau, et c’est ensemble sans le savoir qu’ils vont se retrouver plongés dans un scandale politico-financier, une sombre histoire de marchand de sommeil, de corruption et de meurtre.
La réussite du roman d’Ackroyd tient d’abord à la qualité de la satire sociale. Il y a du David Lodge et du Balzac dans la façon dont il épingle les ridicules du monde universitaire et les turpitudes du monde des médias, du Dickens dans sa tendresse à décrire la misère des classes indigentes.
Mais le plus fascinant est sans doute la façon dont l’écrivain décrit Londres. Le parcours des trois frères permet d’en découvrir de multiples visages, - diverses couches qui vont des bas-fonds jusqu’aux gothas les plus superficiels -, et Ackroyd s’amuse à révéler la porosité des sphères sociales, par l’entremise de personnages interlopes qui sont à la croisée des mondes. La ville, organique, vivante, est un personnage à part entière qui agit sur ses habitants, quitte à les dévorer.
Trois frères, Peter Ackroyd, traduit de l'anglais par Bernard Turle, Editions Philippe Rey, 288p., 19€.

Peter Ackroyd © Charles Hopkinson

Peter Ackroyd, l’écrivain britannique aux 50 ouvrages

Crédits photo : Editions Philippe Rey, Charles Hopkinson
Article paru dans le numéro #60 À PLUMES ET À POILS
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