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Julien Tissot
Entretien | 13 juin
Avec sa coupe à la Jeanne d'Arc et ses lunettes noires épaisses, la créatrice Matali Crasset est une touche-à-tout iconoclaste et insaisissable. Depuis les années 90, son travail explore des domaines très variés, de l'hôtellerie à la musique électronique, de l'artisanat à la réflexion sur la ville. À la fois designer, architecte et scénographe, elle vient d’achever la restructuration de la bibliothèque de Genève et a présenté ses dernières créations au salon du Design de Milan. Pluris a recueilli ses confidences.

Pluris – Au Salon du Design de Milan, en avril dernier, vous avez présenté un canapé complètement atypique. Comment avez-vous procédé ?

Matali Crasset – J’ai imaginé un mobilier modulable pour l’éditeur italien Campeggi. Il s’agit de poufs regroupés pour faire un fauteuil ou un canapé. Les modules sont à la fois assez rigides pour être empilés, et arrondis pour apporter l’idée de confort. L’idée, c’est surtout de gagner de l’espace, et l’ensemble se démonte facilement. C’est plus pratique qu’un canapé, ce mastodonte qui prend énormément de place et symbolise l’ordre bourgeois par excellence, dont on a tous hérité en se demandant pourquoi.
Self Made Seat 2015 - Campeggi & Matali Crasset © DR
Self Made Seat 2015 - Campeggi & Matali Crasset © DR
Self Made Seat 2015 - Campeggi & Matali Crasset

Quel regard portez-vous sur le design contemporain ?

Je ne travaille pas sur une approche esthétique. Je me demande en permanence comment arriver à donner du relief à la vie. Je pense que les designers doivent avoir un rôle social plus marqué. Ils sont capables de fédérer les gens autour d’un projet. Les designers peuvent apporter une réponse pragmatique avec une grande flexibilité de pensée. Dans cette logique globale, la démarche éco-responsable est fondamentale pour moi. Le projet dans son ensemble doit porter des valeurs.

La restructuration de la bibliothèque de Genève, une de vos dernières réalisations, recoupe des problématiques qui vous sont chères.

En effet, ce projet met en avant la transmission du savoir, une des thématiques autour desquelles j’aime travailler. Les bibliothèques sont identifiées comme des lieux trop studieux, mais à mon sens, elles doivent devenir des espaces qui font envie, et soient ouverts sur l’extérieur. Elles doivent permettre de mieux appréhender la société et réinjecter du vivre ensemble. Quant aux documentalistes, elles devront faire de la médiation, un rôle primordial pour trouver l’information pertinente dans la masse de données accessibles aujourd’hui.

Quelles sont vos sources d’inspiration ?

C’est la vie ! Je voyage beaucoup pour donner des conférences. Au Costa Rica, d’où je reviens, par exemple, il règne une grande sérénité. L’éducation et la santé sont des priorités du gouvernement, et le budget de la défense est très réduit. 40 % de la superficie du pays est constitué d’espaces naturels protégés. La société costaricaine fait preuve d’une grande maturité, et les décisions peuvent être prises à l’échelle du pays. C’est très encourageant.

En quoi le design peut-il changer la société, selon vous ?

Être actif à l’intérieur de chez soi, en changeant son intérieur par exemple, c’est l’être avec son voisin, son quartier et sa ville. Dans les années 1980, la maison était considérée comme un cocon, avec une volonté d’hyper-protection qui traduisait un repli sur soi. Les individus doivent avoir une emprise sur leur environnement avec l’envie de faire des choix et devenir conscients. Le design impulse une démarche citoyenne. Le changement dans nos sociétés ne viendra pas des organisations mais des individus, au niveau local.

Comment imaginez-vous le monde du design dans 10 ans ?

La méthodologie du design, qui consiste à faire une proposition et à analyser un contexte, peut se faire sans matière. Nous devons donc être capable de travailler sur l’immatériel, et le numérique est une grande chance pour réinjecter des valeurs et donner de nouvelles orientations. À nous de ne pas rater l’occasion !
Matali Crasset © DR
Crédits photo : DR
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Article paru dans le numéro #70 SIMPLE LIFE
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