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Énée du Giraud
Reportage | 11 juillet
8 mn
Malaga. Un hôtel du bord de mer. Il affiche certainement complet pendant la saison estivale, mais il est désert en cette fin février. Ce n’est donc pas le bruit des voisins qui m’a réveillé. Ni la proximité de l’aéroport : il est à peine 5 heures du matin, les avions ne sont pas encore arrivés.
Pourquoi ces quelques heures de sommeil fébrile ont-elles donc pris si rapidement fin, sans alarme de téléphone, ni appel de la réception, alors que je suis exténué ? Sans doute parce que je n’ai pas véritablement dormi. Plutôt rêvé les yeux mi-clos, songeant au trajet qui m’attendait aujourd’hui, au volant de la Ferrari dont j’ai pris possession il y a quelques heures.
C’était hier soir. Hier, une drôle de journée. Un déjeuner professionnel programmé de longue date à Paris. Une moto-taxi pour filer à Orly. Un premier vol pour Barcelone. Un arrêt aux stands de 25 minutes avant un deuxième vol pour l’Andalousie. La sensation d’être le seul passager de l’avion à ne feuilleter ni le fascicule de prévention du NHS How to avoid getting sunburnt on Marbella beaches, ni les extraits du blog Binge drinking in Puerto Banus – the do’s and don’ts, mais le guide d’utilisation de la Ferrari 456 MGT, produite par l’usine de Maranello entre 1998 et 2004 à environ 600 exemplaires en boîte mécanique.

Tintement démoniaque

Un modèle que j’ai choisi pour sa ligne intemporelle, son moteur V12 de 442 chevaux… et ses deux places arrière qui permettent de partager le plaisir en famille. Une voiture rare et de plus en plus recherchée, notamment pour sa fameuse grille de vitesses métallique qui évoque l’âge d’or de l’automobile et transforme chaque passage de rapport en tintement démoniaque. Un exemplaire immaculé, à l’historique irréprochable, dans une robe noire discrète doublée d’un intérieur intégralement tendu de cuir Connolly Camel, à la fois lumineux et sobre.
Ferrari 456 MGT © Pluris / Enée du Giraud
Il n’en faut pas plus pour que je déroge à tous les principes qui régissent mon comportement en affaires et qui ont guidé ma quête patiente du véhicule parfait : prudence, vérification, contre-expertise par un tiers objectif… J’achète cette Ferrari à distance, sans l’avoir essayée. Je la découvre donc pour la première fois, à la nuit tombée, tapie dans une caverne d’Ali Baba de Puerto Banus où se côtoient Lamborghini, Porsche et Jaguar.
Après quelques formalités et signatures, je peux enfin amorcer les douze cylindres, qui s’ébrouent dans un feulement prometteur. J’enclenche l’embrayage et comprends que la musculature de ma cheville gauche, héritage d’un passé sportif glorieux (au moins aussi passé que glorieux), sera pleinement mise à contribution à chaque utilisation.
Je m’élance religieusement pour de premiers tours de roues empreints, en toute franchise, d’autant d’appréhension que de plaisir. Il faut apprivoiser la bête. Commençons donc par la rassasier : la jauge d’essence m’appelle rapidement à un arrêt à la première station-service – un terrain de jeu dont je comprends qu’il lui sera familier, la centaine de litres du réservoir étant prestement engloutie.
Ferrari 456 MGT © Pluris / Enée du Giraud

Propulsion surpuissante

Après cette prise en mains nocturne, cette étape à Malaga et ce réveil précoce, cap au nord. Lever de soleil dans la Sierra Nevada, décor grandiose mais un peu déroutant car schématique, comme tout droit sorti d’un vulgaire jeu d’arcade : du bitume en bas, de la roche à gauche et à droite, une bande d’azur en haut. Voilà pour l’image. Pour la bande son, avec les douze cylindres, c’est la Walkyrie. Une référence à Verdi aurait sans doute fait davantage honneur à la patrie du cheval cabré, mais après tout, quand un Français va, dans un avion rempli d’Anglais, chercher un pur-sang italien en Espagne, on peut bien convoquer un compositeur allemand.
La traversée de l’Espagne loin de ses côtes est assez linéaire. L’irruption soudaine de barres d’immeubles après des centaines de kilomètres de steppes annonce la proximité de Madrid. La disparition du soleil et l’arrivée de la pluie signalent l’approche de la Galice et du Pays basque. C’est le moment d’actionner les essuie-glaces. Un geste banal pour tout automobiliste. Mais sans doute un baptême pour ma monture qui a passé toute sa vie sous le climat clément du sud de l’Espagne. L’occasion donc de s’apercevoir qu’à l’issue d’une révision complète, si la mécanique est une pièce d’orfèvrerie comme en atteste le trajet parcouru, les essuie-glaces ne fonctionnent pas, faute d’avoir été contrôlés.
Me voilà donc au volant d’une propulsion surpuissante sans système électronique d’antidérapage, sur un parcours devenant sinueux dans les contreforts des Pyrénées, sous une pluie battante transformant la chaussée en patinoire… Une seule conclusion : ce châssis est bien né et remarquablement sain. La Ferrari s’acquitte sans encombres du passage de la frontière entre Irun et Hendaye (là où des engins moins impétueux ont fini dans le fossé, sans dommages autres que matériels), de la remontée de Biriatou entre les projections d’eau des poids lourds, de la traversée diluvienne des Landes et des embouteillages de Bordeaux provoqués par un carambolage précisément dû à ces intempéries.
Après tant d’eau, me voici enfin arrivé à Pauillac, dans le cadre voluptueux et enchanteur du Château Cordeillan Bages, où mes hôtes exquis ont l’infinie délicatesse de m’abreuver d'une verticale de Lynch Bages. Comme leurs bolides, les pilotes ont besoin de carburant, mais pour eux, les distances précèdent l’essence.

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Crédits photo : Pluris / Enée du Giraud
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Bonnes adresses
Route des Châteaux
33250 Pauillac - France
+33 5 56 59 24 24

Article paru dans le numéro #74 GRAN TURISMO
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De Malaga à Pauillac en Ferrari à un ami.
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