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Pascal de Rauglaudre
7 mn
En bientôt 20 ans, Neuflize Vie a bâti une collection de photographie contemporaine qui constitue aujourd’hui un patrimoine de plus de 800 œuvres ciblées sur la mémoire et le portrait. C’est en 1997 que la banque Neuflize OBC, qui possède une longue tradition de mécénat tourné vers les arts visuels, le cinéma et le patrimoine, a inauguré cette collection pour sa filiale. Claire-Odile Bodin, qui en a la responsabilité, nous explique sa dynamique et ses enjeux.

Pluris – Pourquoi la photographie contemporaine ?

Claire-Odile Bodin – À la fin des années 90, la photographie était un médium jeune, dans le sens où elle venait d’acquérir un nouveau statut, une nouvelle reconnaissance sur la scène artistique. C’était un pari sur l’avenir : un marché se créait, les musées en exposaient depuis peu, il s’agissait donc de soutenir un art en pleine expansion. Il y a ensuite aussi un lien avec l’histoire de l’entreprise puisque plusieurs membres des familles fondatrices de la banque avaient des liens avec la photographie, notamment Rémy Schlumberger, un grand ami de Jacques-Henri Lartigue. Robert Demachy, lui aussi membre de l’une des familles historiques, était lui-même photographe, et chef de file de l’école pictorialiste en France au 19e siècle.

Ce champ s’est-il élargi depuis ?

La vidéo est venue dans le prolongement de la photographie. Beaucoup d’artistes travaillent ces deux médiums. Le passage est très naturel entre l’image fixe et l’image animée. Nous nous intéressons également aux artistes qui questionnent le médium photographique et élargissent ses frontières. Certains artistes ont travaillé la photographie un peu à la marge en utilisant la peinture ou le dessin sur des tirages. D’autres documentent des performances qu’ils réalisent. Le lien entre la photographie et d’autres pratiques artistiques est un sujet qui nous intéresse.
Photographie banque Neuflize Vie © Pluris
Denis Dailleux, Le Gilles de Takoradi, Ghana, 2010. Tirage chromogène, 2011, 80 x 80 cm.

Comment se font les acquisitions ?

Notre comité de sélection, composé de personnalités extérieures spécialistes de la photographie, se réunit quatre fois par an. Certaines commissions sont dédiées à la photographie, l’une spécifiquement à un achat vidéo, et chaque année, c’est une tradition, la dernière commission a lieu directement à Paris Photo où nous effectuons des achats.

Les critères d’acquisition sont-ils fixes ?

La collection a cette particularité d’avoir été pensée et développée autour de deux thèmes : le portrait et la mémoire. Ils structurent fortement à la fois la collection mais aussi notre politique d’acquisition. Chaque année, nous définissons les axes qui seront privilégiés, comme la scène émergente de Chine ou d’Afrique, et nous complétons des manques. Cela reste des orientations car nous gardons une certaine souplesse pour garder le bon équilibre au niveau des acquisitions entre des artistes jeunes ou confirmés, français et étrangers, hommes et femmes.

Vous parlez de l’Afrique : comment évolue la scène artistique sur ce continent ?

Des scènes émergentes s’y développent depuis un certain nombre d’années, et cela fait longtemps que notre collection possède des œuvres de photographes africains, et nous continuons de les compléter. D’une manière générale, les propositions se sont beaucoup internationalisées. Paris Photo, par exemple, ne se concentre pas seulement sur des galeries de photographie, mais il s’ouvre à des galeries plus généralistes qui auront une autre proposition, des œuvres qui vont être aussi plus en lien, en écho avec l’art contemporain en général.

Avez-vous des limites en tant qu’institution financière ?

Certaines œuvres questionnent, bousculent un peu parfois, et c’est une bonne chose. Nous n’achetons pas d’œuvres provocantes, ni de sujets totalement transgressifs. Il ne s’agit pas de censure, mais nous sommes dans le cadre d’une entreprise et les œuvres ont vocation à être montrées dans nos murs, nous n’allons donc pas vers des sujets trop choquants.

Quelles satisfactions vous procure cette collection ?

Le fait d’avoir fait rentrer des jeunes artistes dans la collection, par exemple, ce qui leur a permis de trouver une galerie ou d’obtenir une véritable reconnaissance. La satisfaction vient aussi du partage de cette collection, soit auprès des salariés, puisque nous faisons beaucoup d’actions de médiation, soit à l’extérieur lorsque nous recevons des visiteurs qui peuvent être nos clients ou des amateurs collectionneurs d’art, avec lesquels nous pouvons partager notre passion de la photographie.
Photographie banque Neuflize Vie © Pluris
Liu Bolin, New culture needs more, Hide in the city, 2005.
Crédits photo : Pluris
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