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Victorine de Oliveira
Portrait | 4 juillet

L'anar de l'orchestre
L'autogestion appliquée à la symphonie, selon David Grimal, violoniste fondateur du collectif les Dissonances.

Les Dissonances  © DR
Les Dissonances  © DR
Les Dissonances  © DR
Assister à un concert des Dissonances, c’est constater d’abord une absence : là où s’agite habituellement la baguette d’un chef monté sur l’estrade ne brille que le vide. Mais tout autour, point de chaos. La concentration est intense, les regards circulent, les énergies et les sourires communiquent. « Certes, le collectif travaille sous ma gouverne. Mais contrairement aux orchestres traditionnels où les musiciens ne s’occupent que de ce qu’ils ont à jouer, chacun se penche sur l’ensemble de la partition, sur la carte générale des opérations : le moindre des fantassins connaît le plan de bataille général ! », explique David Grimal. Résultat ? « L’hyper responsabilisation des musiciens qui n’obéissent pas à la baguette mais à leurs oreilles. »
À la question « qui commande », celui qui assume aussi le rôle de premier violon répond : « la partition ».
De la musique à l’entreprise ou à la politique il n’y a qu’un pas… que franchit volontiers David Grimal : « Le compositeur crée une société idéale où les individus ont chacun leur rôle, dans le cadre d’un projet commun, une symphonie par exemple. Il n’est donc pas question d’ego. Chacun a un rôle indispensable, une importance égale, nous sommes interdépendants. Si un seul manque à son devoir ou n’est pas absolument exact dans l’intention musicale, la société idéale s’effondre ! » À la question « qui commande », celui qui assume aussi le rôle de premier violon répond : « la partition ».

Dynamique des fluides

Un management vécu « organiquement, comme le résultat d’une organisation horizontale » n’exclut pas toutefois les tensions inhérentes à toute collectivité humaine. Quand au recrutement des nouveaux membres, là encore, les Dissonances se démarquent. Pas d’audition préalable mais un mécanisme de cooptation. En « chef cuisinier qui ferait son marché », Grimal rassemble des musiciens unis par le même état d’esprit. « On vient aux Dissonances d’une façon très ouverte, tout en sachant que personne n’y a de place acquise. Le fluide passe ou ne passe pas, on se sépare aussi facilement que l’on s’est rencontré sans même que cela remonte jusqu’à moi », précise-t-il.
Le groupe n’est pas exempt de verticalités assumées par des chefs de pupitre ou « chefs d’escadrille qui gèrent leurs troupes ». Un équilibre des dynamiques complexe d’où émerge la musique : « Notre son se rapproche d’une musique de chambre jouée à très grande échelle, analyse Grimal. Au moment du concert, tout investir d’une jubilation, d’une excitation extraordinaire : voilà l’objectif des Dissonances. » Un événement qui demeure toutefois imprévisible : « Comme un phénomène météorologique, impossible de le déclencher, de le préméditer. Autant exiger d’un vigneron une récolte exceptionnelle ! Tout au plus peut-il faire en sorte que la vigne s’épanouisse dans les meilleures conditions. »
Le dernier (excellent) cru des Dissonances ? L’intégrale des Concertos pour violon de Mozart, enregistrée sous leur propre label, Dissonances Records. À écouter sans modération.

Pour en savoir plus

La saison 2015-2016 des Dissonances.

• La programmation de « L’Autre Saison », série de concerts au profit des sans-abris à l’église Saint-Leu-Saint-Gilles à Paris.
David Grimal, fondateur  des Dissonances  © DR
David Grimal, fondateur des Dissonances
 
Les Dissonances  © DR
Crédits photo : DR
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Article paru dans le numéro #73 AQUATIQUE
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