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Pascal de Rauglaudre
Reportage | 19 juillet
9 mn
Trente-cinq expositions, c'est le programme « resserré » qu'a souhaité le nouveau directeur des Rencontres d'Arles, Sam Stourdzé. Et on y trouve tout ce qui fait le bonheur des aficionados : quelques grands noms, des rétrospectives, de la photo amateur, des expérimentations, et, nouveauté de cette 46e édition, une ouverture des Rencontres à d'autres « champs artistiques », en l'occurrence l'architecture et la musique, particulièrement gâtées cette année. Toutes les expositions valent le détour, mais pour les plus pressés, voici une sélection des cinq plus vibrantes.
 

La plus caustique : MMM

Dans l'église des Frères-Prêcheurs, les photographies de Martin Parr vibrent aux expérimentations sonores de Matthieu Chedid. MMM, ainsi s'appelle l'exposition, fait partie de la nouvelle programmation des Rencontres, qui associe la photo à un autre champ artistique, en l'occurrence la musique. Martin Parr a régulièrement photographié les concerts de M, qui tenait à lui rendre la politesse en composant pour un événement photographique. Sur les murs nus des chapelles latérales, des projecteurs affichent les photos de Martin Parr, rassemblées par thématique, tandis que des hauts-parleurs diffusent les musiques de Matthieu Chedid. Dans le décor gothique de l'église arlésienne, ce dispositif planant, selon les mots du musicien, laisse toute leur place aux émotions devant le regard à la fois ironique et tendre du photographe anglais.
Bal de fin d’année du Clare College, Cambridge, Angleterre, série Luxury, 2005 © Martin Parr /Magnum Photos – Kamel Mennour
Bal de fin d’année du Clare College, Cambridge, Angleterre, série Luxury, 2005 - Martin Parr /Magnum Photos – Kamel Mennour
 

La plus ténébreuse : le Congo d'Alex Majoli et Paolo Pellegrin

C'est l'« Autre Congo » que les photographes de Magnum Alex Majoli et Paolo Pellegrin ont exploré en immersion, le Congo Brazzaville, de l'autre côté du fleuve par rapport au Congo Kinshasa abondamment couvert. Ce Congo, qu'ils ont visité sur commande pour documenter un pays méconnu, ils le rendent comme une odyssée qu'ils construisent à partir de clichés, en noir et blanc essentiellement, sans aucune légende, ni aucune distinction. Leur objectif : se départir des réflexes, des rythmes et des objectifs du photoreportage. Alternant les paysages et les visages, les panoramiques et les intérieurs, leurs photos captent l'attention par la précision de leurs détails et l'excellence des reproductions.
Congo © Alex Majoli et Paolo Pellegrin
Congo - Alex Majoli et Paolo Pellegrin
 

La plus autodidacte : Stephen Shore

Avant l'âge de 10 ans, Stephen Shore était déjà équipé comme un photographe professionnel. A 23 ans, le MoMA à New York lui consacrait une première exposition. Dans son travail, ce surdoué de la photo, aujourd'hui âgé de 68 ans, ne se contentait pas seulement de documenter l'Amérique, il voulait aussi comprendre la photographie et les phénomènes de la perception, dans une démarche orientée vers le vernaculaire. Admirateur de Walker Evans, il s'impose un cadre de travail contraignant, par exemple lorsqu'il photographie toutes les intersections de la 6e Avenue à New York. Ses expérimentations du début des années 70 désacralisent la photographie artistique et documentent l'Amérique dans ce qu'elle a de plus ordinaire : publicités, néons, réfrigérateurs, stations-service... Plus récents, ses panoramiques sur New York sont autant de défis : saisir des scènes de rue et des passants avec un matériel lourd pour tenter de combiner la lenteur et la rapidité. Une rétrospective fascinante de bout en bout.
Neuvième Avenue Ouest, Amarillo, Texas, 2 octobre 1974, série Uncommon Places (Lieux hors du commun). © Stephen Shore
Neuvième Avenue Ouest, Amarillo, Texas, 2 octobre 1974, série Uncommon Places (Lieux hors du commun) - Stephen Shore
 

La plus hypnotique : Toon Michiels

Captivé par les enseignes au néon des motels et des restaurants qui jalonnent les highways du Nevada, Toon Michiels, photographe néerlandais, les a photographiées au cours de ses traversées des États-Unis dans les années 70. Mais il a procédé suivant une méthode systématique : quelle que soit leur taille, il photographiait ces véritables sculptures de jour, puis de nuit, en les cadrant frontalement. Le résultat, hypnotique, alterne les couleurs écrasées par le soleil avec les illuminations qui se détachent dans la nuit profonde. Les inscriptions des enseignes, tellement banales et en même temps si révélatrices de l'imaginaire américain, apparaissent avec encore plus de force. Un exercice de rigueur qui a marqué l'histoire de la photographie du 20e siècle.
Toon Michiels - Motel Desert Isle, Las Vegas, Nevada, 1979 © Toon Michiels / Luïscius
Toon Michiels - Motel Desert Isle, Las Vegas, Nevada, 1979
 

La plus vinyle : Total Records

La braguette de l'album Sticky Fingers des Rolling Stones, Diana Ross stylisée pour illustrer Silk Electric, le Sgt. Pepper's Lonely Hearts Club Band des Beatles parodié par Frank Zappa ou encore le portrait taillé à la serpe de Grace Jones dans Nightclubbing. Les pochettes de vinyles ont beaucoup contribué à construire le mythe des grandes stars du 20e siècle. L'exposition Total Records, la grande aventure des pochettes de disques photographiques, en a rassemblé plus de 600 pour montrer le travail des grands photographes qui s'y sont essayé : Richard Avedon (Cher, Joan Baez), Irving Penn (Miles Davis), Andy Wharol (Diana Ross, John Lennon), David Bailey (Rolling Stones), William Klein (Serge Gainsbourg), parmi tant d'autres. Le plus prolixe ? Jean-Baptiste Mondino, qui en a réalisé plus de 350, dont celles de Prince, Björk et Madonna. Un hommage électrique à cet art en voie de disparition.
Boz Scaggs, Middle Man, Columbia FC 36106, États-Unis, 1980. Photographie de Guy Bourdin. © Guy Bourdin Estate
Boz Scaggs, Middle Man, Columbia FC 36106, États-Unis, 1980. Photographie de Guy Bourdin.

La sélection Pluris

Visite des ruines du tremblement de terre du Wenchuan dans la province du Sichuan (Chine) © Ambroise Tézenas
Visite des ruines du tremblement de terre du Wenchuan dans la province du Sichuan (Chine) - Ambroise Tézenas
Paire de skis, série Affaires privées. 40 €, Paris © Thierry Bouët, Affaires Privées
Paire de skis, série Affaires privées. 40 €, Paris - Thierry Bouët, Affaires Privées
Anouck Aimée © Paul Ronald, Archivio Storico del Cinema
Anouck Aimée - Paul Ronald, Archivio Storico del Cinema
Peter A. Hutchinson, My Favorite Things, 1992. FNAC 99058 © Peter A. Hutchinson CNAP
Peter A. Hutchinson, My Favorite Things, 1992. FNAC 99058
Le Strip, 1966. © Las Vegas Studio - Venturi & Scott Brown
Le Strip, 1966. - Las Vegas Studio - Venturi & Scott Brown
Oradour-sur-Glane, village martyr (France), rue principale © Ambroise Tézenas
Oradour-sur-Glane, village martyr (France), rue principale - Ambroise Tézenas
Le tonnerre © Natasha Caruana
Le tonnerre - Natasha Caruana
Et je l’ai vue © Natasha Caruana
Et je l’ai vue - Natasha Caruana
La recherche de l'Art © Célia Honoré, 2015
La recherche de l'Art - Célia Honoré
Denis Darzacq, Recomposition I n° 2. © Denis Darzacq
Denis Darzacq, Recomposition I n° 2.
Reims, Cathédrale Notre-Dame, 2013-2014 © Markus Brunetti et Hartmann Projects
Reims, Cathédrale Notre-Dame, 2013-2014 - Markus Brunetti et Hartmann Projects
Crédits photo : Toon Michiels / Luïscius, Thierry Bouët, Affaires Privées, Stephen Shore, Peter A. Hutchinson CNAP, Paul Ronald, Archivio Storico del Cinema, Paolo Woods et Gabriele Galimberti, Natasha Caruana, Martin Parr /Magnum Photos – Kamel Mennour, Markus Brunetti et Hartmann Projects, Las Vegas Studio - Venturi & Scott Brown, Guy Bourdin Estate, Denis Darzacq, Célia Honoré, 2015, Ambroise Tézenas, Alex Majoli et Paolo Pellegrin
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Article paru dans le numéro #75 BOUCLÉ
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