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Emmanuel Brousse
Recommandation | 17 janvier

La guerre des livreurs
Se faire livrer son dîner n'a jamais été aussi facile. C'est aussi un juteux marché qui transforme les villes en champs de bataille. Petite géostratégie de la livraison.

La guerre des livreurs © DR
Il y a moins de deux ans, trois entreprises se partageaient le marché des commandes de repas à domicile – en plus des multiples livreurs de pizzas et de sushis. AlloResto, leader du marché fondé en 1998, regroupait les offres de plusieurs milliers de restaurants, à charge pour eux de livrer aux clients. Ses concurrents se nommaient Chronoresto, sur le même modèle, et Resto-in, où des livreurs professionnels récupéraient des plats commandés dans les restaurants partenaires.
Mais aujourd’hui, tout ça, c'est du passé ! En quelques mois, une vague de startups a déferlé sur la France avec des services de livraison innovants inspirés de concepts qui ont fait leurs preuves à New York, en Angleterre et en Belgique. Les deux acteurs les plus emblématiques de cette nouvelle génération sont TakeEatEasy et Deliveroo, bien décidés à détrôner les « vieux » d’AlloResto. Lancé à Bruxelles en 2013, TakeEatEasy a débarqué à Paris en octobre 2014, avec un service de livraison calqué sur la méthode Uber : des coursiers en free-lance, dont les déplacements à vélo sont gérés par l'entreprise, et non par les restaurants.
La guerre des livreurs © DR
Concept identique chez Deliveroo, arrivé sur le marché français en avril 2015. Cette startup anglaise à la croissance vertigineuse veut en découdre avec TakeEatEasy. Qui tirera son épingle du jeu ? Difficile à dire, car tarifs et services se ressemblent : la livraison coûte 2,50 € et les restaurants partenaires sont plutôt des adresses branchées (burgers haut de gamme, restaurants végétariens, bars à salade, etc.). Le temps moyen pour recevoir son repas est d'une demi-heure et les livreurs sont géolocalisés. Deliveroo livre depuis les restaurants dans un rayon de 4 km, contre 3 km maximum pour son rival, mais TakeEatEasy travaille avec davantage de restaurants partenaires. L’Allemand Foodora, dernier arrivé, tente de se faire une place, avec une solution de précommande pour être livré plus vite.

Livreurs de niche

Derrière ces trois grands, une multitude d'entreprises se lancent dans l'aventure, en tâchant d'occuper une niche dont ils espèrent faire une chasse gardée. Les Petites Casseroles proposent des services de livraison prévus à l'avance pour ceux qui sont capables d’anticiper leurs menus. De son côté, MiamTag se spécialise dans la livraison d'apéros, de petits déjeuners et même de produits à l'unité (bières, olives, baguettes, etc.). Chez Cookin'the World, ce sont des « plats en kit », c’est-à-dire des paniers qui contiennent tous les ingrédients nécessaires pour cuisiner des plats délicieux.
La guerre des livreurs © DR
Autre concept : le restaurant dématérialisé. Très en vogue, ce modèle consiste à faire livrer des repas préparés par des chefs qui officient directement pour l'entreprise, et pas dans des restaurants indépendants. C’est le modèle de Frichti, Le Zeste, Foodchéri ou encore PopChef, qui ont débauché des chefs rien que pour eux. Les livreurs attendent les commandes au plus près des cuisines plutôt que de les chercher dans le restaurant sélectionné par le client. Avantage : la vitesse de livraison, en 15 minutes à peine.

Un marché qui explose

Si le marché de la livraison de repas attire autant d’acteurs, c'est que les perspectives de croissance sont très prometteuses. Le marché français est estimé à 1 milliard d'euros d'ici trois ans, et selon le groupe Rocket Internet, qui a investi massivement dans de plusieurs startups de livraison de repas, le secteur pèsera 90 milliards d'euros en Europe d'ici une dizaine d'années.
Les expériences à l'étranger prouvent que le système est au point et l'amour des Français pour la cuisine laisse espérer un succès dans les prochaines années. Et comme le montrent les exemples de Blablacar, AirBnB ou Uber, il suffit d'un effet de mode pour que les Français se convertissent à l'application « magique ».
La guerre des livreurs © DR
Les perspectives sont telles qu’Amazon et Uber lorgnent ce marché. Uber a lancé cet automne UberEATS, qui livre des repas en moins de dix minutes, à condition de les commander à l'avance dans un restaurant partenaire, qui les embarque dans le coffre de plusieurs chauffeurs dans la matinée. Les livreurs disposent donc d’un repas tout prêt dans son coffre avant même que la commande ne soit passée. Revers de la médaille : le choix se limite à quatre ou cinq plats. Mais question délais de livraison, UberEATS espère bien être imbattable.
AirBnB a inspiré d’autres initiatives. Plusieurs applis proposent de déguster des repas « mitonnés par les voisins », comme PlatMaison.fr, ou MenuNextDoor, qui s'apprête à arriver en France après un gros succès en Belgique. Vizeat pousse le concept encore plus loin : chaque chef amateur peut proposer des places à sa table en choisissant ses tarifs.
AirBnB proposait de transformer son appartement en hôtel d'un soir : au tour de la salle à manger de se transformer en restaurant.
Crédits photo : DR
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Article paru dans le numéro #94 ODDITIES
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