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Élodie Fondacci
Recommandation | 20 sept.
8 mn

Familles, je vous hais
5 familles modèles qui ont inspiré les romanciers de la rentrée littéraire.

Eva, Simon Liberati, Éditions Stock © DR

Eva, Simon Liberati, Éditions Stock

La famille sulfureuse : Eva, de Simon Liberati

Eva Ionesco est une rescapée. D’une enfance toxique dont l’innocence fut volée par sa mère, la photographe Irina Ionesco, qui la fit poser dans des mises en scène érotiques, alors qu’elle n’avait que 5 ou 6 ans. Ces fantasmagories perverses firent son succès en ces années 70 qui entretenaient une certaine désinvolture vis-à-vis de la pédophilie.
Sans surprise, Eva adolescente pète les plombs. Il n’y a pas de dépravations auxquelles elle ne s’adonne. La petite

poupée fardée est devenue une paumée, fracassée par les drogues, qui s’enivre dans les soirées trash de la jet-set parisienne. C’est là qu’un autre oiseau de nuit la rencontre, l’écrivain Simon Liberati, lui-même meurtri, cocaïnomane et dépressif.
Entre ces deux âmes sœurs, une fulgurante histoire d'amour aux vertus rédemptrices, racontée par Liberati dans ce roman qui porte le nom de sa muse et qui s’impose comme le livre le plus sulfureux de la rentrée.

Eva, Simon Liberati, Éditions Stock, 278 p., 19,50 €.
La Cache, Christophe Boltanski, Éditions Stock © DR

La Cache, Christophe Boltanski, Éditions Stock

La famille névrotique : La Cache, de Christophe Boltanski

La cache, c’est ce cagibi, invisible dans le fouillis de pièces de la vaste maison familiale, où se cacha durant l’Occupation, Grand-Papa Boltanski. Lui, le bienveillant docteur, qui croyait si fort à l’intégration, obligé de se retrancher des siens pour fuir la haine des autres.
La cache c’est aussi par extension l’hôtel particulier lui-même, dont la famille Boltanski ne sortira plus jamais, ou presque, même une fois la guerre achevée. Drôle de famille,

soudée, fusionnelle qui vit dans la peur de tout car le pire est « toujours sûr », qui ne se risque à l’extérieur qu’à l’abri d’une voiture où ils s’entassent en bloc compact. Famille extravagante, névrotique et aimante, dont Christian Boltanski conte l’histoire sur un siècle, avec un roman puzzle qui progresse comme une enquête de Cluedo, de pièce en pièce, suivant le plan foutraque de la maison.

La Cache, Christophe Boltanski, Éditions Stock, 344 p., 20 €.
La maladroite, Alexandre Seurat, Éditions du Rouergue (Actes Sud) © DR

La maladroite, Alexandre Seurat, Éditions du Rouergue (Actes Sud)

La famille qui tue : La maladroite, d'Alexandre Seurat

Au moment où commence le livre, l’institutrice est devant le kiosque à journaux et elle devient très pâle en reconnaissant la petite fille sur la photo. Le sourire sans espoir, les yeux gonflés. Elle se dit qu’elle l’a toujours su et que maintenant il est trop tard. Elle voyait pourtant. Les bleus, les bosses, les brûlures suspectes. Mais toujours Diana la regardait bien en face, avec son air innocent. Ce bobo ? Non, je suis tombée à vélo. Le même

discours parfaitement rôdé que celui de ses parents maintes fois convoqués. La petite est très maladroite.
Le dossier était remonté bien sûr. La directrice, l’assistante sociale, la police, tous ils avaient tenté de faire quelque chose, en espérant toujours que d’autres prendraient le relais. Jusqu’à l’issue fatale.
Inspiré par un fait divers tragique, Alexandre Seurat nous offre un premier roman sur la maltraitance, en évitant l’écueil du voyeurisme. À travers une succession de témoignages - comme si les personnes qui avaient côtoyé l’enfant venaient à la barre du tribunal raconter comment ils ont vécu ce drame - il interroge l’impuissance des services sociaux et questionne notre responsabilité. Poignant.

La maladroite, Alexandre Seurat, Éditions du Rouergue (Actes Sud), collection La Brune, 121 p., 13,80 €.
Profession du Père, Sorj Chalandon, Éditions Grasset © DR

Profession du Père, Sorj Chalandon, Éditions Grasset

La famille tyrannique : Profession du Père, de Sorj Chalandon

Son père, il a été espion pour la CIA, footballeur, chanteur à succès, bras droit de Charles de Gaulle à qui il a soufflé ses meilleurs discours, jusqu'à ce que celui-ci trahisse la France en abandonnant l'Algérie. Enfin, c’est ce qu’il dit. Mais pourquoi le petit garçon douterait-il de lui ? A 7 ans, est-ce qu’on peut savoir ce que le mot mythomane veut dire ? Son papa, il l’aime autant qu’il le craint, et il croit dur comme fer à toutes ses histoires fabuleuses, sans trouver étrange qu’un homme de sa trempe végète toute la

journée en charentaises dans un appartement miteux où personne n’a le droit d’entrer au nom d’improbables complots. Peu importe qu’il cogne dur, qu’il l’envoie écrire à la craie « OAS » sur le mur de son école, qu’il lui intime l’ordre de tuer le Général. Comme dit sa mère : « Tu connais ton père. »
Avec sa plume sensible, Sorj Chalandon fait face à ce père tyrannique à la maladie psychiatrique jamais diagnostiquée, et affronte son enfance sans haine. Magistral.

Profession du Père, Sorj Chalandon, Éditions Grasset, 320 p., 19 €.
Les Amygdales, Gérard Lefort, Éditions de l'Olivier © DR

Les Amygdales, Gérard Lefort, Éditions de l'Olivier

La famille Le Quesnoy : Les Amygdales, de Gérard Lefort

Souliers vernis, raie sur le côté, catéchisme et vacances en Bretagne… C’est dans une famille très bourgeoise et un peu dingue que grandit le petit garçon. Dans la grande demeure familiale, il y a la maman, fantasque et dépensière, le papa qui se ronge les ongles et ne trouve pas le sommeil, les jumeaux et la petite sœur qu’il déteste avec son prénom à la noix. Le petit garçon ne les aime pas, mais il s’amuse beaucoup à les observer. Avec une

imagination débordante et déjà pas mal de férocité, il passe tous leurs travers au crible, dans une succession de saynètes façon feuilleton. On rit, et on se régale de retrouver la plume caustique de Gérard Lefort qui après avoir officié 35 ans durant au journal Libération, s’essaie ici au roman.

Les Amygdales, Gérard Lefort, Éditions de l'Olivier, 288 p., 18,40 €.
Crédits photo : DR
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Article paru dans le numéro #79 VENISES
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