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Élodie Fondacci
Recommandation | 3 oct.
10 mn

Aventuriers anonymes
5 romans qui racontent l'épopée des migrants vers l'Eldorado + 1 guide pour trouver le Nord.

Aventuriers anonymes
 © DR
Capitaine Solidaire, de Philippe Martinez et Charles de Saint Sauveur, Edition Arthaud, 2015 © DR

Capitaine Solidaire, de Philippe Martinez et Charles de Saint Sauveur, Edition Arthaud, 2015

Le bateau ivre : Capitaine solidaire, de Philippe Martinez et Charles de Saint Sauveur

Mer étale. Ciel bleu azur. Ce 4 août, Philippe Martinez est aux commandes de son remorqueur de 72 mètres, le Léonard Tide, affecté à une plate forme pétrolière au large de la Lybie. Rien à signaler. Quand soudain l’équipage aperçoit une drôle d’embarcation à la trajectoire incertaine, un vrai « bateau ivre ». « Steer on this boat!», ordonne le capitaine. Quelques minutes après, ils atteignent l’esquif à la dérive. Un rafiot de fortune, sur lequel s’entassent 200 migrants serrés comme des

sardines. Des femmes, des enfants, pas d’eau, pas de vivre. Leur passeur les a abandonnés. Moins d’une heure plus tard, tous sont sur le remorqueur. L’équipage sauvera 1841 migrants à l’été 2014.
Témoignage d’un homme qui se défend d’être un héros (« Je suis un marin. Quand on reçoit un appel de détresse, on doit y répondre, point barre »), Capitaine solidaire est un plaidoyer contre l’indifférence.

Capitaine Solidaire, de Philippe Martinez et Charles de Saint Sauveur, Edition Arthaud, 2015, 224 pages, 17 euros.
La Mesure de la dérive, d’Alexander Maksik, traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Sarah Tardy, Ed. Belfond © DR

La Mesure de la dérive, d’Alexander Maksik, traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Sarah Tardy, Ed. Belfond

La tragédie grecque : La Mesure de la dérive, d’Alexander Maksik

Sur la plage, une longue silhouette noire : une jeune femme mince. Elle se tient très droite, s’efforce de desserrer les points, de faire comme si elle était une simple touriste occupée à admirer le paysage de Santorin. Comme si elle n’avait pas le ventre vide depuis des jours. Comme si elle avait le droit d'être là. Survivre. Coûte que coûte. Attendre que le jour soit tombé pour ramasser un biscuit oublié dans le sable par un vacancier insouciant. Rester digne puisqu'elle n'a rien d'autre que sa dignité. Jacqueline a fui

le Libéria en guerre où son père était ministre de Charles Taylor, aveugle aux exactions commises par le despote. Habituée autrefois au luxe, la voilà affaiblie par la faim et la soif, en proie à des visions d'épouvante, ne parlant à personne qu'à sa mère disparue qui la hante comme un cauchemar.
Errance obstinée d’une jeune fille dont le drame se dévoile au fil des pages, La mesure de la dérive a la violence implacable des tragédies grecques. Lumineux et terrible.

La Mesure de la dérive, d’Alexander Maksik, traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Sarah Tardy, Ed. Belfond, 2013, 280 p., 20 €. En poche 10-18, 2015.
Tous nos noms, de Dinaw Mengestu, traduit par Michèle Albaret-Maatsch, Albin Michel © DR

Tous nos noms, de Dinaw Mengestu, traduit par Michèle Albaret-Maatsch, Albin Michel

Amours contrariés : Tous nos noms, de Dinaw Mengestu

Jeune Africain qui a fui la dictature ougandaise, Isaac a trouvé refuge à Laurel une bourgade du Midwest. Son vrai nom, on ne le connaît pas. Il l’a laissé derrière lui, avec son ami le plus cher, un « étudiant » idéaliste avec qui il a partagé des rêves de monde meilleur et de Révolution. Et même Helen, l’assistante sociale blanche qui est chargée de l’aider à son arrivée aux Etats-Unis aura du mal à percer les secrets de l’exilé, malgré l’histoire

d’amour qui se tisse entre eux. Une histoire discrète, bien sûr, dans cette Amérique des 70s pas tout à fait débarrassée de la ségrégation, où on ne peut pas être noir et blanc et s’aimer librement.
Fils d'immigrés éthiopiens installés aux États-Unis pour échapper à la guerre, Dinaw Mengestu connaît le déracinement et c’est avec une mélancolie et une humanité extraordinaire qu’il narre ces histoires croisées. Cruellement d’actualité.

Tous nos noms, de Dinaw Mengestu, traduit par Michèle Albaret-Maatsch, Albin Michel, 318 p., 21,50 €.
Venus d’ailleurs, de Paola Pigani, Liana Levi, août 2015 © DR

Venus d’ailleurs, de Paola Pigani, Liana Levi, août 2015

Les fantômes du passé : Venus d’ailleurs, de Paola Pigani

Mirko et sa sœur Simona arrivent à Lyon à la fin des années 90. Au prix d’un douloureux périple, ils ont fui la guerre civile qui fait rage au Kosovo. Chacun à sa façon va tenter de s’inventer un avenir. Mirko trouve du travail sur un chantier, au milieu des grues et des engins aux mâchoires d’acier. Simona, dans une boutique de prêt-à-porter. Alors qu’elle se bat courageusement pour s’intégrer au plus vite, son frère, plus mélancolique, a du mal à se défaire de la vie qu’il a dû

laisser derrière lui. Apprendre une langue étrangère, une nouvelle monnaie, de nouvelles odeurs, alors qu’on a le chagrin chevillé au corps, et derrière les paupières les images de son passé parti en fumée... Avec une écriture magnifique, une profonde empathie envers les migrants, Paola Pigani décrit l’adaptation de ses poignants personnages, entre espoir et désillusion.

Venus d’ailleurs, de Paola Pigani, Liana Levi, août 2015, 176 p., 17 €.
Dans la mer il y a des crocodiles, de Fabio Geda, Liana Levi, 2011 © DR

Dans la mer il y a des crocodiles, de Fabio Geda, Liana Levi, 2011

Le saut d’obstacle : Dans la mer il y a des crocodiles, de Fabio Geda

Ce soir-là, sa mère l’a serré dans ses bras un peu plus fort que de coutume en lui disant à voix basse : « Il faut toujours avoir un rêve devant soi, Enaiat, parce que c’est en essayant de poursuivre son rêve qu’on trouve la force de se relever. » Le petit garçon s’est endormi sans deviner qu’elle lui disait adieu. Le lendemain, elle n’était plus là. Elle l’avait mené aussi loin que possible à la frontière du l’Afghanistan, et elle était rentrée dans leur village persécuté par les Talibans.

Commence alors pour ce gamin pas plus haut qu’une chèvre un périple de cinq ans qui le mènera du Pakistan à l’Iran, de la Turquie jusqu’à la Grèce. Il sera marchand ambulant, ouvrier, tailleur de pierres. Il avancera à pieds, sous les essieux d’un camion ou sur un canot de fortune pour trouver, enfin, un endroit où grandir. L’histoire vraie d’Enaiatollah Abkari a été écrite par le journaliste italien Fabio Geda qui a rencontré à Turin cet adolescent de 21 ans, qui parfois parle comme un vieillard tant il a de sagesse. Un récit digne, sans amertume ni apitoiement. Juste chargé d’une foi en l’homme qui le rend solaire.

Dans la mer il y a des crocodiles, de Fabio Geda, Liana Levi, 2011, 176 p., 15 €.

Manuel de survie : Hello, Guide du routard pour les réfugiés

En couverture de ce Routard pas comme les autres, l’habituel globe-trotteur, une mappemonde en guise de sac à dos. Mais ce manuel-là, conçu par le Guide du routard et par la Fédération nationale des associations d’accueil et réinsertion sociale (Fnars), s’adresse à ceux qui voyagent malgré eux. Dans Hello, pas de textes. Des images comme dans un livre d’enfant. Biberon. Pain. Bus. Supermarché. Des pictogrammes universels que les migrants n’auront qu’à montrer du doigt pour essayer de se faire comprendre. De quoi pallier le manque d’interprètes auquel doivent faire face les travailleurs sociaux. Imprimé à 4000 exemplaires, ce manuel de la solidarité sera distribué aux réfugiés qui arrivent en France par l’intermédiaire des associations d’accueil.

Hello, Guide du routard pour les réfugiés, Hachette, 85 p., 0 €.
Crédits photo : DR
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Article paru dans le numéro #81 TROUS
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