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Paul Dupin de Saint Cyr
Recommandation | 11 oct.
6 mn

Plus fort qu'un météore
Qui détruit la vie plus vite qu'une comète tombée du ciel ? L'homme. Démonstration implacable par Elizabeth Kolbert, la meilleure spécialiste du sujet.

La Sixième Extinction, d'Elizabeth Kolbert, Vuibert, 2015 © DR
Les unes déprimantes sur l’avenir des espèces se suivent et se ressemblent. Au Mexique les papillons monarques sont en danger, tout comme les étoiles de mer en Amérique, les vautours en Asie du Sud-Est et les barrières de corail partout ailleurs.
Un tableau très sombre, mais qui offre un aperçu bien réel de l’avenir. Sans compter qu’avec le changement climatique, une catastrophe se profile. Et pourtant, La Sixième Extinction, le nouveau livre d’Elizabeth Kolbert, se lit comme le récit d’une aventure à travers les grandes extinctions. De tels événements se sont déjà produits à cinq reprises au cours des 450 millions d’années qui nous ont précédé, et ont éliminé la vie animale et végétale dans de grandes proportions. La sixième est en cours.
Elizabeth Kolbert, journaliste au New Yorker, se base sur de nombreuses études de cas pour nourrir son enquête. Partie à Panama à la recherche d’une espèce de batracien en voie de disparition, elle découvre que les amphibiens constituent la catégorie animale la plus menacée du monde. Plus près de chez elle, en Nouvelle Angleterre, un champignon qui se répand à toute allure dans des grottes provoque la destruction des chauves-souris. Sur une petite île au large de la côte australienne, elle déplore la dégradation de la Grande barrière de corail à cause de l’acidification des océans, parfois appelée le alter ego diabolique du changement climatique.
D’après l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), deux cinquièmes de tous les amphibiens, un quart des mammifères et un huitième des oiseaux sont menacés. Un excellent chapitre du livre est consacré aux grands pingouins d’Amérique du Nord, autrefois très abondants, et dont le dernier a été aperçu dans la première moitié du 19e siècle. Les hommes, comme l’observe un scientifique, ont « excessivement réussi aux dépens des autres espèces ». Ils sont à l’origine d’une nouvelle époque géologique, que certains scientifiques appellent l’Anthropocène, et d’autres le Catastrophozoïque.

« Fallait-il vraiment que ça se passe comme ça ? »

Mais l’Anthropocène remonte probablement bien avant les derniers siècles, explique l’auteure. Dans le débat sur les causes de l’extinction de créatures légendaires comme les mastodontes et les rhinocéros laineux, elle rejette la faute sur les hommes plutôt que sur la fin du dernier âge glaciaire. Les homo sapiens s’étaient aussi débarrassés des hommes de Néandertal – après s’être d’abord mélangés avec eux. « Fallait-il vraiment que ça se passe comme ça ? », se demande-t-elle, après avoir visité un « zoo congelé », un centre qui conserve les cellules des espèces menacées dans des éprouvettes.
Ce livre n’apprendra rien aux amateurs de sciences. Elizabeth Kolbert ne fait que survoler les grands défis contemporains, le changement climatique, les incursions dans les derniers territoires sauvages, les espèces invasives. Elle cherche plutôt à provoquer l’intérêt du lecteur sur la crise écologique de notre époque. Une extinction de masse, écrit-elle, est « un événement rarissime dans l’histoire de la vie ». De fait, le concept d’extinction est loin d’avoir fait l’unanimité. Les naturalistes du 18e siècle avaient du mal à concevoir la disparition d’espèces entières, même quand ils découvraient des ossements étranges. Et les théories sur les extinctions de masse ont été longuement débattues. L’idée qu’un astéroïde a éliminé les dinosaures et quantité d’autres espèces il y a plus de 60 millions d’années a d’abord été tournée en ridicule.
La cause profonde des extinctions actuelles, elle, est sans ambiguïté. Les hommes ont déjà imprimé leur marque, et leur ingéniosité n’inversera pas le cours des choses. Prudemment, l’auteure s’est abstenue de conclure sur une note positive. « La vie, écrit-elle, est extrêmement résiliente, mais pas à l’infini. »
La Sixième Extinction, d'Elizabeth Kolbert, Vuibert, 2015, 352 p., 21,90 €.
Crédits photo : DR
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Article paru dans le numéro #82 MÉTÉORES
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