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Pascal de Rauglaudre
9 mn
Face à l'épuisement programmé des ressources naturelles, de l'eau et de l'énergie, les entreprises n'ont d'autres choix que de recycler sans fin les matières premières existantes. C'est le principe fondateur de l'économie circulaire, qui est particulièrement adaptée aux pays développés, dont les poubelles constituent la plus grande mine de matières premières du 21e siècle. Leader mondial de la gestion des déchets et de leur valorisation, Veolia Environnement se doit d'être à la pointe de cette nouvelle économie, analyse Antoine Frérot, son pdg.

Pluris – Pourquoi l’économie circulaire est-elle vertueuse ?

Antoine Frérot – La rareté des matières premières, de l’eau et de l’énergie nous oblige à refonder notre modèle économique. Nous devons abandonner la logique linéaire extraire-fabriquer-jeter qui prévaut actuellement, et passer à une logique plus sobre, dans laquelle les déchets des uns deviennent les ressources des autres. Cet autre modèle organise le recyclage sans fin des mêmes ressources, d’où son nom : l’économie circulaire. En bouclant les cycles de la matière, de l’eau ou de l’énergie, il permet à l’économie de croître, tout en préservant les ressources naturelles, et lutte même contre les dérèglements climatiques. Fabriquer une bouteille de plastique à partir de bouteilles usagées, par exemple, émet 70 % de CO2 de moins qu’à partir de produits pétroliers.
Veolia — Recyclage des déchets © DR
Veolia — Recyclage des déchets

Quelle est la légitimité de Veolia à faire de l’économie circulaire ?

Veolia est leader mondial de la gestion des déchets et de leur valorisation, du recyclage des eaux usées, il est aussi précurseur des économies d’énergie et de l’efficacité énergétique, et spécialiste de la biomasse forestière. Le groupe est donc un acteur central de cette nouvelle économie, qui est un de nos secteurs prioritaires de développement et représente 10 % de notre activité, soit 2,4 milliards €. Notre objectif : 3,8 milliards € de chiffres d’affaires dans ce domaine à l’horizon 2020.

Comment créer de la valeur en utilisant des produits en circuit fermé ?

C’est un potentiel gigantesque. Avec l’économie circulaire, le monde pourrait économiser chaque année 1 000 milliards de dollars de ressources naturelles, selon la Fondation Ellen McArthur. À l’échelle planétaire, 2 % seulement des eaux usées sont recyclées et 25 % des déchets produits sont valorisés : la marge de progression est donc élevée. L’économie circulaire est particulièrement adaptée aux pays développés, puisque leurs poubelles constituent la plus grande mine de matières premières du 21e siècle. Les entreprises se prémunissent contre la rupture de leur chaîne d’approvisionnement et la volatilité du prix des matières premières. De plus, en recyclant les déchets, elles peuvent diminuer leurs dépenses ou créer des recettes additionnelles, ce qui augmente leur compétitivité. Par exemple, la chaleur des Data Centers devient chauffage urbain, les eaux usées deviennent bioplastiques, les déchets organiques deviennent engrais, les huiles alimentaires usagées deviennent biocarburants…
Nous devons abandonner la logique linéaire extraire-fabriquer-jeter qui prévaut actuellement, et passer à une logique plus sobre, dans laquelle les déchets des uns deviennent les ressources des autres.

Et les objets électroniques, se recyclent-ils plus facilement ?

Ils sont effectivement complexes à traiter en raison de l’hétérogénéité de leurs composants : plastique, métaux ferreux, métaux non ferreux, verre, terres rares… Recycler ces D3E (Déchets d’équipement électriques et électroniques) est un enjeu majeur, parce que c’est la catégorie qui croît le plus vite et qu’ils contiennent beaucoup de métaux précieux. Dans notre centre de traitement de Sylvain d’Anjou, près d’Angers, nous démantelons et recyclons plus de 80 % des D3E. À partir des plastiques usagés, nous fabriquons des polymères de haute qualité, avec un taux de pureté de 99 % et à un prix inférieur à la matière vierge. Grâce à nos technologies de pointe nous pouvons ainsi donner une seconde vie aux déchets les plus variés.

Pourquoi l’économie circulaire n’est-elle pas encore plus développée aujourd’hui ?

L’un des principaux facteurs limitants est le tri des déchets. Dans les pays développés, il reste souvent manuel et donc coûteux. Chez Veolia, nous ouvrons chaque année des centres de tri plus automatisés et plus efficaces. A Amiens, nous avons optimisé le tri des emballages ménagers grâce à une rupture technologique : le tri télé-opéré à distance. Ce système d’amélioration du tri sur écran tactile, sans contact avec les déchets permet de valoriser 6 % d’emballages ménagers en plus par rapport aux procédés classiques. Autre obstacle : la matière transformée est souvent plus chère que la matière première brute. Et dans de nombreux pays, le faible coût de la mise en décharge pousse à ce mode de traitement, au détriment du recyclage.
Veolia — Recyclage des déchets © DR

Pouvez-vous donner des exemples d’économie circulaire qui fonctionnent dans le monde ?

Elle est déjà une réalité pour de nombreux matériaux : papier, ferrailles, aluminium... Et elle s’étend à d’autres secteurs. À Milwaukee aux Etats-Unis, Veolia traite les eaux usées de 1,1 million d’habitants. À partir des boues d’épuration, nous produisons chaque année 50 000 tonnes de Milorganite (Milwaukee Organic Nitrogen), un compost utilisé comme engrais dans les espaces verts de la région. Et pour limiter son impact énergétique, notre groupe utilise une source d’énergie renouvelable locale : le biogaz du centre d’enfouissement d’Emerald Park, capté et acheminé jusqu’à la station d’épuration, grâce à un gazoduc construit à cette fin. Ce biogaz diminue l’empreinte carbone des installations de 50 000 tonnes de CO2 chaque année.

Quelles pistes de recherche l’économie circulaire ouvre-t-elle ?

L’économie circulaire, c’est aussi une économie de l’innovation. Nos programmes de R&D visent à améliorer le rendement du tri, ou à mettre au point des procédés de transformation en matières premières secondaires. Notre centre de tri des emballages ménagers d’Amiens utilise deux technologies brevetées Veolia : le TSA2, un système de tri optique, et le tri télé-opéré à distance. C’est une première mondiale. En Angleterre, après des années d’expérimentation, nous avons ouvert une usine pour récupérer dans la poussière des voiries, les particules de métaux précieux tels que le platine, le palladium ou le rhodium, rejetées par les pots d’échappement des voitures. Les quantités recueillies sont minimes, mais elles se trouvent dans la même proportion que dans les minerais qui contiennent ces métaux. Et leur prix élevé assure la viabilité économique de l’opération. Lorsqu’on pense déchets, on doit donc systématiquement penser ressources. Le futur s’écrit avec l’économie circulaire.
Crédits photo : Sylvain Fuchs, DR
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Article paru dans le numéro #85 VIANDE
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