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Philippine Robert
Reportage | 8 nov.
8 mn

Le bio, un business comme les autres ?
En quelques années, le bio a dépassé le cercle des happy few pour toucher un public plus large. Mais jusqu'où peut-il se développer ?

Le bio, un business comme les autres © DR
C'est au cœur du très bobo 11e arrondissement de Paris, le long de l'avenue Parmentier, que Pierre-Loup Pouey-Mounou a lancé, en 2013, Altervojo, une épicerie bio indépendante et familiale 100 % végétarienne. À l'époque, il était le seul sur cette artère. « Depuis, il y a sans cesse de nouvelles installations. Même la grande distribution s'y met. C'est devenu un vrai 'quartier bio' », raconte-t-il. Le 11e arrondissement n'est pas une exception. En quelques années, cette alternative aux produits issus de l'agriculture conventionnelle s'est développée dans tout l'Hexagone, des petits magasins de producteurs aux boutiques spécialisées, en passant par les rayons de la grande distribution ou les sites de vente en ligne.
Vivre bio n'est en effet plus la seule affaire des « baba cool ». « Quand nous nous sommes lancés en 2009, en disant que nous voulions dépoussiérer le bio, nous nous sommes fait traiter de fous », raconte Alexis Vaillant, fondateur d'AlterFood, une société de distributions de marques alimentaires naturelles, qui commercialise notamment des tisanes glacées, des jus de fruits ou de l'eau de coco bio. Quelques années plus tard, l'entreprise est pourtant présente dans la liste, dressée par Challenges, des 100 startups françaises où il faut investir. Avec les scandales alimentaires qui se multiplient et des préoccupations environnementales de plus en plus importantes, « les consommateurs ont besoin d'être rassurés sur la qualité et l'origine des produits », poursuit-il.
AlterVojo © DR
Le bio est ainsi devenu une manne économique. Après une progression de 10 % en 2014, le marché devrait encore grimper de 500 millions d'euros d'ici la fin de l'année, pour atteindre les 5,5 milliards, selon les chiffres de l'Agence BIO. Il y a dix ans à peine, il dépassait à peine les 1,5 milliard. Encore mieux, tous les circuits de distribution de ces produits profitent de cette vitalité. Dans les magasins spécialisés, les ventes ont progressé de 15 % depuis le début de l'année. En grandes surfaces alimentaires, la croissance était de 7,4 % au premier semestre 2015 par rapport aux six premiers mois de 2014. La vente directe de producteurs à consommateurs continue également de se développer, même si elle reste minoritaire.
Benoit Soury, Associé et directeur général de la Vie Claire © Philippe Coudol

Benoit Soury, Associé et directeur général de la Vie Claire

Bien sûr, le bio ne représente encore qu'une part infime de la consommation totale – seulement 2,6 % à la fin de l'année 2014, mais tout de même plus de 10 % pour le lait et environ 20 % pour les œufs – mais, aujourd'hui, elle touche quasiment tous les Français. Selon un sondage du magazine LSA, près de 9 sur 10 en consomment occasionnellement, et 6 sur 10 régulièrement.

« Une fois qu'ils viennent au bio, ils ne font pas machine arrière », ajoute Benoît Soury. Mais c'est surtout son dynamisme dans un contexte de morosité économique qui ouvre l'appétit : en 2014, les dépenses globales des ménages reculaient, quand celles pour le bio continuaient de grimper. Bref, il y a de quoi susciter l'intérêt des entrepreneurs.
Ce que regrettent certains : « Si je me suis lancé dans le bio, c'est par conviction, à cause de mon histoire personnelle. Dans ma famille, nous sommes paysans depuis plusieurs générations. Mais c'est de plus en plus rare, le bio est devenu un business comme les autres », se désole Pierre-Loup Pouey-Mounou. Il est vrai que cette façon de produire s'est quelque peu éloignée de ses origines. Issu du monde militant, porté par des entreprises et des associations de producteurs en quête d'une agricole naturelle, le bio est désormais pleinement intégré au monde économique. Ce qui débouche parfois sur des aberrations, comme l'importation de produits qui viennent de l'autre bout du monde, pour des raisons de coût, et qui n'ont de bio que l'appellation...
Le bio, un business comme les autres © DR
« Si je me suis lancé dans le bio, c'est par conviction, à cause de mon histoire personnelle. Dans ma famille, nous sommes paysans depuis plusieurs générations. Mais c'est de plus en plus rare, le bio est devenu un business comme les autres » Pierre-Loup Pouey-Mounou.
« Les deux points de vue se mélangent dans le secteur », nuance Charles-Antoine Schwerer, économiste au cabinet de conseil Asterès. Avant d'ajouter que « c'est parfois source de blocage car quand les marges diminuent, on a besoin d'investissement pour se développer, en s'ouvrant à des capitaux extérieurs ou en se concentrant, ce qui va à l'encontre de la philosophie initiale ». Il n'est toutefois pas impossible de concilier esprit bio et développement économique. « À La Vie Claire, nous travaillons pour fournir aux acheteurs des produits bio de proximité, avec des critères exigeants », détaille Benoît Soury. Après un chiffre d'affaires de 150 millions d'euros en 2014, la chaîne espère atteindre les 175 millions en 2015 et, d'ici la fin de l'année, environ 40 nouveaux magasins devraient ouvrir leurs portes. La Vie Claire a également été la première enseigne spécialisée dans le bio à diffuser des spots télévisés, en 2014.
Si la demande s'envole et que la distribution progresse, la production bloque parfois, car les surfaces agricoles françaises peinent à suivre cette croissance. Elles devraient connaître un gros coup d'accélérateur (+10 %) cette année par rapport à 2014, mais elles ne représentent que 4,6 % des surfaces cultivées et sont loin d'être suffisantes, sans oublier qu'elles sont plus soumises aux aléas de la nature et des maladies. Malgré tout, le bio en France est bien parti pour durer.

Bio Potiron Citrouille © DR

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Crédits photo : Philippe Coudol, DR
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Article paru dans le numéro #86 GRAINE
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