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Pascal de Rauglaudre
8 mn

« Les assureurs sont en première ligne du changement climatique »
Parmi les parrains de la COP21 : le groupe Generali. Stéphane Dedeyan, son directeur général délégué, explique pourquoi il soutient ce grand rendez-vous.

Stéphane Dedeyan, directeur général délégué de Generali, Assurance, France © Rémy Deluze
Stéphane Dedeyan, directeur général délégué de Generali
Inondations, sécheresses, tempêtes... Les pertes économiques liées aux catastrophes naturelles ont atteint environ 160 milliards d’euros par an tout au long de la dernière décennie, dont 70 % non assurées. Pour les assureurs, les catastrophes naturelles sont donc à la fois un risque et un levier d’activité. C'est dans cette perspective que l'assureur Generali fait partie du comité de parrainage de la COP21. Stéphane Dedeyan, directeur général délégué du groupe, explique les tenants et les aboutissants de ce soutien.

Pluris – Generali fait partie du comité des entreprises mécènes de la COP21. Quelle forme prend ce soutien ?

Stéphane Dedeyan – Notre soutien est financier, mais pas seulement. En marge de la COP21, nous organisons un certain nombre de manifestations destinées à sensibiliser le public et nos parties prenantes aux enjeux du changement climatique. Nous y abordons différents thèmes liés à notre métier d’assureur, la santé, la pollution, les catastrophes naturelles, comme celle qui a saccagé les Alpes-Maritimes cet automne. Les scientifiques prévoient une augmentation de la fréquence et de l’intensité de ces événements dévastateurs : quelles seront les conséquences sur les logements, les biens des personnes, les outils de travail ? Comment les gérer ? Quelles mesures les particuliers et les entreprises doivent-ils prendre pour minimiser les risques ? Ces réflexions constituent une forme de soutien en termes de compétences et d’expertise.

Les entreprises ont-elles les moyens d’influencer les négociations climatiques vers un résultat positif ?

Nous ne pouvons pas prétendre peser sur le résultat final, parce que nous ne sommes pas à la table des négociations. Mais c’est un événement emblématique : le monde entier aura les yeux rivés dessus pendant deux semaines. Nous voulons faire passer le message qu’en tant qu’assureurs, nous sommes directement concernés par le changement climatique puisque nous en indemnisons les conséquences. Nous voulons aussi montrer que nous mettons en place des démarches pour lutter contre ce phénomène. Enfin, nous incitons nos clients à infléchir leur comportement pour réduire les effets négatifs du réchauffement sur eux- mêmes et la société en général. C’est particulièrement vrai avec nos clients entrepreneurs dont certains ont une activité industrielle impactante sur le climat. Nous les accompagnons dans une politique d’atténuation de leur impact environnemental.
Les pertes économiques liées aux catastrophes naturelles ont atteint environ 160 milliards d’euros par an tout au long de la dernière décennie, dont 70 % non assurées.  © DR

Le changement climatique impacte-t-il déjà le secteur de l’assurance ?

Clairement, oui. Nous constatons des événements plus intenses et plus fréquents : d’un côté des sécheresses beaucoup plus fortes, qui se traduisent par des assèchements affectant les professions agricoles ; de l’autre, des pluies diluviennes, des tempêtes. Dans tous les cas, les dommages matériels sont importants, et les impacts sanitaires ne le sont pas moins : la mortalité augmente, la répartition de certaines maladies évolue, etc. À travers notre démarche Generali Performance Globale, nous conseillons les entreprises sur leur politique de maîtrise des risques, avec des solutions qui encouragent les comportements vertueux en matière de prévention, comme la surélévation des stocks, par exemple, en cas d’inondation. Plus l’entreprise est vertueuse, plus nous sommes capables de lui proposer un tarif attractif. Mais nous pourrions jouer un rôle plus important avec les collectivités locales en étant consultés sur les politiques d’aménagement du territoire, en sensibilisant les pouvoirs publics et les promoteurs à l’exposition aux risques.

Les entreprises se plaignent de l’excès de règlementations, notamment environnementales, et vous leur demandez de fournir des informations sur leur «comportement vertueux». Est-ce que ça n’accroît pas leur charge de travail bureaucratique ?

Certes, cela nécessite un investissement. Mais ce qui est très intéressant, c’est la corrélation extrêmement forte entre l’investissement réalisé par l’entreprise dans le domaine de l’inventaire de ses risques, ses performances économiques et l’optimisation de sa couverture par l’assureur. Beaucoup de nos clients entreprises adhèrent à la démarche Generali Performance Globale, et à aucun moment, ils ne nous ont dit qu’ils vivaient ça comme une contrainte. Ils le vivent plutôt comme une valeur ajoutée apportée par l’assureur pour mieux maîtriser leurs risques, optimiser leur performance économique et leur budget d’assurance. C’est bien du travail en plus, mais à la fin, le bénéfice sonnant et trébuchant est bien réel et surtout l’entreprise se sent plus consciente de l’ensemble de ses risques et responsabilités.

Ressentez-vous une forme d’inquiétude de la part de vos entreprises clientes en matière de climat ?

Une inquiétude, non. Une sensibilisation grandissante, oui, clairement. Et c’est là que nous avons un rôle à jouer. Nous avons créé une équipe pluridisciplinaire avec un géographe, un climatologue, des actuaires, chargés de modéliser les risques auxquels sont soumis nos clients. Nous avons mis en place un pilote sur la zone méditerranéenne, où nous avons constaté une concentration d’alternance de pluies diluviennes et de sécheresses. Sur la base de démonstrations cartographiques des événements météorologiques des dix dernières années, nous sommes capables de repérer de façon très précise les adresses plus sensibles, et de montrer in situ à l’entreprise la réalité de son exposition aux risques. Par ailleurs, dans notre politique de gestion d’actifs, nous incluons des critères de type environnementaux, sociaux et de gouvernance, qui favorisent nos investissements dans des entreprises qui mettent en œuvre des stratégies responsables. C’est un autre moyen d’agir, indirect, certes, mais puissant.
Crédits photo : Rémy Deluze, DR
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Article paru dans le numéro #89 CLIMAX
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