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Théo Siffrein-Blanc
News | 6 déc. , mis à jour le 20 déc.

« C'est le cheval qui fait l'entraîneur »
Les bons entraîneurs se distinguent par leur faculté de jugement, explique Philippe Van de Poële, entraîneur de chevaux de courses.

Deauville, 6h du matin. Philippe Van de Poële commence l'entraînement quotidien du premier de ses quatre lots de six chevaux de course. Les animaux font leurs gammes avec élégance : pas, trot, pas à nouveau, puis galop de chasse sur 1500 m, et canter (galop d'entraînement) avant de rentrer à l’écurie. L’entraîneur scrute leur allure, guette une éventuelle raideur, écoute leur souffle et sonde leur humeur.

Bien évaluer le cheval

« Ce qui fait la qualité d’un entraîneur, c’est sa capacité à évaluer le cheval », confie ce passionné, issu d’une famille de cavaliers. Cette faculté de jugement s’exerce tout au long de sa relation avec les propriétaires. En amont, l'entraineur peut être mandaté par ceux-ci pour dénicher le futur champion à acquérir. Il doit ensuite, en collaboration avec les propriétaires, choisir les courses auxquelles participer, les chevaux à présenter ainsi que les jockeys pour les diriger. En aval, l’entraîneur est tenu d’émettre un avis sur la qualité de l'investissement réalisé : lorsque le cheval a deux ans et demi, il doit être en mesure d’indiquer à son propriétaire si ce dernier tient entre les mains une pépite ou s’il aurait intérêt à le vendre.
Philippe Van de Poële, entraineur de chevaux de courses à Deauville. © Pluris
Philippe Van de Poële, entraineur de chevaux de courses à Deauville.
« Ce qui fait la qualité d’un entraîneur, c’est sa capacité à évaluer le cheval »
Philippe Van de Poële
Les chevaux qu'il entraîne sont achetés de 15 000 à 40 000 euros et ils impliquent des frais de pensions de 1800 euros mensuels. Les erreurs de casting peuvent donc vite s'avérer ruineuses. Cette double compétence de manager et de conseiller forge la réputation des meilleurs entraîneurs dans le milieu. Rémunérés uniquement par les gains de courses, les entraîneurs ont leurs intérêts parfaitement alignés avec ceux des propriétaires, ce qui favorise une relation de confiance. Les propriétaires empochent ainsi 79 % des gains et les entraîneurs 10 %, le reste se répartissant entre les jockeys (7 %), l’écurie (3 %) et la caisse sociale d'aide aux jockeys (1 %).

Les hasards du succès

Chaque après-midi, Philippe Van de Poële troque ses bottes contre un costume pour se rendre aux hippodromes. Trop grand et lourd pour devenir jockey, il vit désormais par procuration l’adrénaline des champs de courses en espérant voir un de ses chevaux s'imposer. « Le fun des courses hippiques, contrairement à la Formule 1, c'est qu'il y a une part de hasard importante », explique-t-il. L'entraîneur sait de quoi il parle. En 2007, il a réussi l'exploit de glaner une troisième place à la célèbre Honk Kong Cup avec Musical Way, achetée pour seulement 16 000 euros, face à des chevaux d'une valeur supérieure au million d'euros.
Entrainement de chevaux de courses à Deauville. © Pluris
Entrainement de chevaux de courses à Deauville. © Pluris
Entrainement de chevaux de courses à Deauville. © Pluris
Entrainement de chevaux de courses à Deauville. © Pluris
S'ensuit alors un cercle vertueux : la valorisation de la jument bondit et l'écurie est invitée, aux frais des organisateurs, dans des grands rendez-vous internationaux comme la Singapore Cup. Une fois l'épreuve de l'avion passée, durant laquelle l'animal est mis sous perfusion pour éviter de se déshydrater, le cheval peut s'illustrer aux yeux du monde. À l'inverse, lorsque le succès n’est pas à l’arrivée, les chevaux sont reclassés via un système de handicap, comme en golf ou dans le tennis, dans des catégories inférieures où ils peuvent renouer avec les gains. Quant aux propriétaires non satisfaits par le rendement de leur cheval, ils ont la possibilité de s'en séparer dans des courses dites « à réclamer » qui fonctionnent selon un système d'enchères préalables à la course, réalisées à bulletin secret.
Sur un ton à la fois humble et réaliste, Philippe Van de Poële reconnaît que « c'est le cheval qui fait l'entraîneur », et pas l'inverse.
Crédits photo : Pluris
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Article paru dans le numéro #90 ABYSSE
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