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Yolaine de Chanaud
News | 20 mars
6 mn

Pourquoi les taux d’intérêt négatifs sont inquiétants
Dans la zone euro, les États s'endettent et gagnent de l'argent. Objectif : booster l'économie – mais rien ne dit que ça marche.

Pourquoi les taux d’intérêt négatifs sont inquiétants © Gunter Von Kloster Kampen
Le taux d’intérêt, c'est le prix à payer pour emprunter de l'argent. Le taux d’intérêt négatif, c’est l’inverse : le prix à payer pour prêter de l’argent. Et c'est du jamais vu. Attention : cela ne concerne pas les particuliers, car les prêts à taux inférieurs à zéro étant interdits par le Code Civil, mais uniquement les investisseurs institutionnels et les banques.
Depuis fin août 2014, l’État français emprunte à des taux négatifs (pour les emprunts d’une durée inférieure ou égale à quatre ans). Cela signifie que les investisseurs perdent de l’argent en prêtant à la France, pour qui, au contraire, emprunter sur ces échéances devient rémunérateur. Et la France n’est pas la seule dans ce cas. Bloomberg a calculé fin février que plus d’un quart du montant total des emprunts d’Etat affiche désormais un rendement négatif, soit l’équivalent d’environ 6 000 milliards d’euros.
De son côté, la BCE installe la zone euro dans l’ère des taux d’intérêt négatifs. À la surprise générale, le 10 mars dernier, la BCE a encore baissé de 10 points de base le taux de dépôts des liquidités placées auprès d’elle par les banques. En clair, les banques sont taxées quand elles laissent dormir leur argent chez le banquier central.

Certains y trouvent leur compte…

C’est une bonne nouvelle pour les emprunteurs jugés sûrs, en premier chef la France qui, bien qu’endettée, paraît fiable. Les grandes entreprises gagnent elles aussi de l’argent en empruntant à taux nul ou négatif des capitaux qu’elles placent plus cher ailleurs. Cela rapporte 10 millions d’euros par an à Veolia. Idem pour Nestlé dont les emprunts se revendent depuis un an à des taux négatifs.
Dans une moindre mesure, les particuliers et les PME récoltent quelques fruits de cette politique monétaire non conventionnelle. Ils profitent du fait que les banques se montrent plus enclines à injecter de l’argent dans l’économie réelle plutôt que de payer la BCE pour lui prêter son argent. C’est donc le moment de renégocier son crédit immobilier et de bénéficier un taux d’emprunt plus avantageux.

…d’autres grincent des dents

Premières victimes de cette politique monétaire non conventionnelle : les banques de détail qui assistent à une chute de leurs marges. Elles n’ont d’autres choix que de réduire leurs coûts, de fermer des agences, de passer au digital – ce n’est pas un hasard si les tarifs bancaires vont fortement augmenter cette année. Toutes les grandes banques ont décidé de facturer la tenue du compte courant, entre augmentation de la cotisation des cartes bancaires et taxation des retraits aux distributeurs automatiques d’autres enseignes.
Autres grands perdants : les détenteurs d’un patrimoine passif (monétaire, obligataire ou fonds euros des contrats d’assurance vie et même immobilier locatif). Leur patrimoine baissera au rythme du taux d’intérêt négatif.
Objectif affiché de la BCE : booster l’économie de la zone euro. Mais le pari reste dangereux, car si déposer de l’argent coûte, il n’est plus rentable du tout d’épargner. En taxant les réserves excessives déposées par les banques, la BCE veut forcer ces dernières à faire circuler la monnaie dans l'économie. Il s’agit donc d’inciter les banques à accorder des crédits qui relanceront la consommation et l’investissement.
Un cercle vertueux qui devrait permettre de relancer l’inflation et donc de casser la spirale déflationniste et de croissance molle qui guette les européens. Pour la grande majorité des économistes, ces taux d’intérêt négatifs sont une bizarrerie, certainement pas une botte secrète qui remettra en ordre l’économie européenne. L’histoire l’a d’ailleurs prouvé. Le Japon vit dans le monde des taux abyssaux depuis les années 90 sans être parvenu à redresser son économie et à réduire sa dette.
Certains se montrent encore plus alarmistes. André Cartapanis, professeur d'économie et de finance à Sciences Po Aix et membre du Cercle des économistes, s’inquiète des effets pervers de cette politique qui pourrait favoriser plus encore l’acquisition d’actifs financiers, créer des bulles et donc une nouvelle crise.
Crédits photo : Gunter Von Kloster Kampen
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Article paru dans le numéro #103 STRATÈGES
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