Fermer
Emmanuel Brousse
News | 23 janvier
5 mn

Faut-il se réjouir d'un pétrole bon marché ?
Les risques d'une baisse durable du prix du pétrole, vus par la presse internationale.

Faut-il se réjouir d'un pétrole bon marché ? © DR
Les automobilistes peuvent sourire : jamais depuis 2008 le plein n'a été aussi bon marché. Avec un baril de brut (brent) à 28 dollars, contre 100 l’année dernière, le prix du pétrole atteint ces jours-ci un plancher.
Une excellente nouvelle pour le pouvoir d'achat des particuliers et pour les entreprises très consommatrices d'hydrocarbures. Les compagnies aériennes, par exemple, se félicitent de leurs très bons résultats en 2015 et espèrent bien poursuivre sur cette lancée en 2016. L'Inde profite aussi grandement de la situation : dans le Hindustan Times, on apprend que le raffineur indien Reliance a réalisé des marges record en surfant sur la vague du pétrole à prix cassé.
Mais pour l'économie mondiale dans son ensemble, un pétrole aussi bon marché est inquiétant. The Economist montre que si la baisse du coût des hydrocarbures permet en temps normal de doper la croissance en réduisant les dépenses en énergie des entreprises, il faut craindre les nombreux effets pervers d’une chute aussi brutale du cours du brent.

Vers une nouvelle crise des subprimes ?

Certes, les premiers à en souffrir sont les pays exportateurs, mais les importateurs comme le Japon ou ceux de l’Union européenne sont aussi pénalisés. Les places boursières s'inquiètent et attendent impatiemment un retour à la normale, car en deçà de 60 dollars le baril, l'avenir des sociétés de forage s'assombrit. Plusieurs dizaines d'entreprises américaines ont déjà mis la clé sous la porte. Or, ces sociétés, qui créent beaucoup d’emplois, sont surtout très endettées. Le Figaro détaille dans un long article la dangereuse réaction en chaîne si la situation devait s'éterniser. Le quotidien japonais Mainichi s'inquiète sur les répercussions des prix du pétrole sur la croissance globale.
Faut-il se réjouir d'un pétrole bon marché ? © DR
Cette chute du prix de l’or noir a des effets secondaires inattendus. Elle multiplie par trois le prix des choux-fleurs dans les supermarchés canadiens, rapporte le New York Times.

Stratégie suicidaire

Combien de temps cette tendance risque-t-elle de durer ? Elle dépend de deux phénomènes : le premier est la mauvaise santé de l'économie chinoise qui engendre une moindre consommation de pétrole ; le second est l'arrivée sur le marché du pétrole iranien après la levée des sanctions internationales.
Pour l'heure, les pays producteurs au sein de l'OPEP, Arabie Saoudite en tête, choisissent de compenser cette baisse du prix du brent par une augmentation de la production pour ne pas perdre de parts de marché. L'Arabie Saoudite, le plus gros producteur mondial, espère voir chuter prochainement ses rivaux russes et iraniens avec qui elle est en conflit sur plusieurs fronts : guerre d’influence régionale, conflits syrien et yéménite, clivage sunnite chiite. Mais les pays producteurs plus petits comme l'Algérie, le Nigéria ou le Venezuela sont au bord de l'asphyxie.
Face à cette stratégie suicidaire à long terme, pour voir qui craquera le premier et fera remonter le cours du brut, la presse s'interroge sur le risque d’explosion de l'OPEP si ce jeu dangereux venait à se poursuivre.
Faut-il se réjouir d'un pétrole bon marché ? © DR
Crédits photo : DR
Partager :
Article paru dans le numéro #95 TEMPÊTES
Recevoir le magazine Inscrivez-vous pour recevoir chaque semaine l'essentiel de la culture, du business et de l'art de vivre.
Fermer
Faut-il se réjouir d'un pétrole bon marché ? à un ami.
(*) Obligatoire
Fermer
Modifiez votre mot de passe
Fermer
Veuillez saisir votre identifiant
Fermer
Bienvenue sur Pluris
, complétez le formulaire pour terminer votre inscription.