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Domenico Biscardi
News | 31 janvier
8 mn

3 films à voir absolument cette semaine
Carol, mélodrame luxueux, Tout en haut du monde, merveilleux film d'aventure, et Le garçon et la bête, poème initiatique japonais.

Carol film britannico-américain réalisé par Todd Haynes avec Cate Blanchett et
Rooney Mara. © DR
Tout en haut du monde est un film d'animation franco-danois réalisé par Rémi Chayé et sorti en 2016. © DR
Le Garçon et la Bête, film d'animation japonais réalisé par Mamoru Hosoda. © DR
Le Garçon et la Bête, film d'animation japonais réalisé par Mamoru Hosoda. © DR
Le Garçon et la Bête, film d'animation japonais réalisé par Mamoru Hosoda. © DR
Le Garçon et la Bête, film d'animation japonais réalisé par Mamoru Hosoda. © DR
Le Garçon et la Bête, film d'animation japonais réalisé par Mamoru Hosoda. © DR

Tout en haut du monde

Tout en haut du monde, là où n’existe plus que le froid, la faim, la banquise qui dessèche les cœurs et les corps. Le titre de ce long-métrage d’animation laisse présager une œuvre de grande ampleur, le résultat est à la hauteur des espoirs.

Sacha veut réaliser le rêve de son grand-père et pour cela elle est prête à tout abandonner : sa maison, ses amies, et même son rang puisqu’elle ira jusqu’à travailler dans une auberge, elle qui ne connait guère que le faste de la cour de Russie. Ce que le dessin nous donne à voir, c’est une jeune fille qui accomplit son rêve d’aventure. Comme la Rebelle de Pixar et comme plus tôt cette année Avril et le monde truqué, Sacha délaisse les belles robes et fuit la pression familiale pour construire sa propre identité, sa propre vision du monde et in fine sa propre vie, en version originale. Ces films ont en commun la farouche indépendance de leur héroïne et l’attention toute particulière apportée au scénario. Il est loin le temps où l’on se contentait d’adapter une énième fois un conte rétrograde. Place à l’ambition et à la modernité, même et surtout avec une intrigue teintée de la grande histoire. C’est la Russie Tsarine qui est convoquée ici, son faste, ses bals et le coté grotesque de son administration. C’est le rêve d’un adulte qui devient celui d’un enfant. C’est l’indépendance d’esprit célébrée à chaque instant.

Le public du festival d’animation d’Annecy ne s’y est pas trompé en lui remettant son prix : Tout en haut du monde est un petit bijou picaresque et enchanteur. L’époustouflante beauté des aplats de couleurs font de cette épopée nordique une épopée graphique. Les traits sont naïfs mais puissants. Le voyage est total. Cerise sur le gâteau : la bande originale a été composée par l’artiste français Syd Matters, auteur de la musique du film Avant qu’il ne soit trop tard, et drape cette intrigue de ses accents pop mélancoliques, un vrai régal pour les yeux et les oreilles.

Tout en haut du monde, film d'animation français de Rémi Chayé (2016).
Le Garçon et la Bête, film d'animation japonais réalisé par Mamoru Hosoda. © DR

Poésie iniatique avec Le garçon et la bête

Les films de Mamoru Hosoda ressemblent à ces voyages initiatiques qu’étaient les vacances d’été de notre enfance : on les traversait transportés par le courant et on en ressortait transformés.

Avec Le garçon et la bête, le réalisateur nippon, lui-même père de deux enfants, livre une réflexion sur des thématiques que lui impose son rôle de pater familias. Hosoda croit au pouvoir cathartique du cinéma d’animation. Guidé par un optimisme radieux, il peint par touches lumineuses des histoires parfaitement crédibles, au croisement entre mythe et réalité, et dans lesquelles, comme le titre l’indique, l’humain et l’animal se croisent.

Ici Ren, jeune garçon rebelle dont la mère vient de mourir et dont le père a quitté le foyer, échappe au contrôle de ses tuteurs et erre dans le quartier de Shibuya, à Tokyo, où il rencontre Kumatetsu, un ours guerrier venant de Jūtengai, le royaume des bêtes. C’est la rencontre entre un mentor et un disciple, rebaptisé Kyuta, à partir de laquelle toute la narration se développe en deux dimensions, entre éclats de rire, engueulades et combats épiques.

L’éducation, les turbulences de l’adolescence, le dépassement de la peur : Hosoda lègue aux spectateurs sa vision de la transmission. Dans un monde comme le nôtre en proie aux crises répétées et aux bouleversements des valeurs et des schémas, ce film fait l’éloge des périodes de transformation, fécondes en idées nouvelles. L’apprentissage est ici un enseignement mutuel entre maître et élève, et le règne animal fonctionne comme un observatoire privilégié des dysfonctionnements du monde des hommes.

Bannissant les images de synthèse, cet inconditionnel du dessin fait à la main montre comment un garçon de notre temps peut lutter contre la bête noire de son mal-être et s’allier à un animal qui lui apprend la vie. Loin d’être escamoté, le combat est symbolisé par le logo du studio Chizu : une femme bondissante qui conduit sa vie avec détermination vers l’avenir. Kyuta est maintenant prêt au combat !

Le garçon et la bête, film d'animation japonais de Mamoru Hosoda (Studio Chizu).

Amours saphiques dans l'Amérique des années 50 : Carol

Ce qui frappe en premier, dans Carol, c'est la douceur de la photographie. Pas de filtre vintage pour donner du cachet à l’image, c'est un vrai travail d’artiste. Cette douceur est présente tout au long du film, tourné en Super 16. Baigné dans l’ambiance des fêtes hivernales, bercé par la musique de Carter Burwell, on en ressort comme d’un cocon douillet.

Cette douceur, c’est aussi le regard de Therese sur Carol. Rooney Mara joue une jeune fille réservée. Sa rencontre avec Carol, dans un magasin de jouets, symbolise bien la condition des femmes dans une Amérique pas si lointaine : des poupées qui doivent faire bonne figure, auxquelles on achète d’autres poupées à noël, et qui en général travaillent jusqu’à leur mariage. Même si Thérèse n’est pas encore mariée, la femme qu’elle rencontre a un mari et elle est mère. Sur le point de divorcer, elle pourrait perdre la garde de sa fille à cause de ce qui est alors considéré comme une maladie mentale : avoir eu une liaison avec une femme, une amie d’enfance. Le long-métrage dresse ainsi un portrait juste et désolant de la société dans laquelle l'histoire s’inscrit, inspirée d'un roman de Patricia Highsmith. L’époque, les années 50, est parfaitement restituée.

Sans fioritures, d’apparence assez classique, la réalisation est très maîtrisée. Le cadre est millimétré et des nombreux champs/contre-champs soulignent avec brio les différents rapports qu’entretiennent les deux femmes entre elles et avec la société.

Années 50, adaptation d’une romancière renommée, tournage en pellicule, sortie hivernale, réalisation d'apparence académique… Ce film semble taillé pour les oscars. Il serait cependant injuste de le réduire à un simple film à oscars, l’académisme n'étant pas ici un simple prétexte pour plaire à un jury.

Carol, film de Todd Haynes (2016).
Carol film britannico-américain réalisé par Todd Haynes avec Cate Blanchett et
Rooney Mara. © DR
Carol film britannico-américain réalisé par Todd Haynes avec Cate Blanchett et
Rooney Mara. © DR
Crédits photo : DR
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Article paru dans le numéro #96 ALTERNATIVES
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