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Emmanuel Brousse
News | 13 février

L'Iran, nouveau pays de cocagne ?
Les entreprises se précipitent à la conquête des 80 millions de consommateurs iraniens. Est-ce un si bon pari ?

16 janvier 2016, les chefs de la diplomatie européenne et iranienne, Federica Mogherini et Mohammad Javad Zarif annoncent conjointement que l'Iran a respecté les engagements pris dans le cadre de l'accord sur le nucléaire. Cette déclaration implique la fin immédiate des sanctions économiques contre l'Iran. À compter de ce jour, les entreprises occidentales sont libres de passer des contrats en Iran et d'y investir des milliards de dollars.
Cette ouverture du marché va permettre une importante modernisation de l’économie iranienne. Les entreprises du pays étaient forcées d'acheter en Chine ou de se contenter de produits de seconde main arrivés illégalement. The Economist donne l'exemple des compagnies aériennes, obligées de prolonger la durée d'exploitation d'appareils vieillissants voire obsolètes. Avec l'ouverture du marché, l'Iran entend bien rattraper le temps perdu et investir massivement dans l'aviation civile. L'annonce d'un premier contrat d'IranAir avec Airbus (118 appareils dont douze A 380) n'est que le coup d'envoi d'une stratégie visant à concurrencer les immenses aéroports du Golfe et leurs flottes flambant neuves.

Les constructeurs sur les starting-blocks

À l'image d'Airbus, d'autres marques françaises comme Total et la SNCF ont annoncé de gros contrats et la mise en place de partenariats à l'occasion de la venue en France du président iranien Hassan Rohani en janvier. Mais les entreprises de l'Hexagone ne sont pas les seules sur le coup. L'Italie a su tirer son épingle du jeu avec la signature d'accords entre l'Iran et les entreprises pétrolières ENI et Saras tandis que le constructeur aéronautique franco-italien ATR a vendu 20 appareils à turboréacteurs.
Le Japon s’est aussi lancé dans la course. Alors que Peugeot et Renault négociaient pour d'importants partenariats avec des fabricants locaux (Khodro et SAIPA), le ministre de l'économie et des finances iranien Ali Tayyibina a invité les constructeurs japonais à venir investir sur place comme le rapporte le journal japonais Nikkei. Une façon pour le pays de ne pas créer de dépendance vis-à-vis de l'Europe. Les choses n'ont guère tardé puisque les médias iraniens ont annoncé deux jours plus tard la signature d'un pacte d'investissement pour faciliter l'accès au pays des entreprises japonaises. Parmi celles-ci, le constructeur automobile Suzuki envisagerait d'aller s'y implanter rapidement.

Encore trop tôt pour l'Amérique

Pour les entreprises américaines, il est en revanche encore un peu tôt pour investir. Certaines restrictions décidées par le Congrès restent encore d'actualité, empêchant les entreprises de se projeter vers l'Iran. Mais même si tout n'est pas encore rose et que des décennies de brouille diplomatique ont éloigné les deux pays, le président Rohani a explicitement tenu à ne pas exclure les entreprises américaines.
Le secteur des hydrocarbures est évidemment au cœur de la course aux investissements que se livrent les géants européens. Après des années de vaches maigres, l'Iran entend bien récupérer sa part du lion malgré la morosité du marché. La République Islamique entend augmenter sa production de près de 500 000 barils par jour pour relancer sa croissance en s'appuyant sur la richesse de son sous-sol, même si l'économie reste bien moins dépendante du pétrole que celles d'autres pays exportateurs.
Un pari tenable puisque le pays fait depuis longtemps partie des plus gros producteurs mondiaux et qu'il dispose déjà des infrastructures nécessaires. Il suffit de « remettre la machine en route » en se reposant sur les grandes compagnies nationales, forcées de tourner au ralenti pendant des années, comme le raconte le New York Times en prenant l'exemple de NITC, l'une des plus importantes entreprises d'exportation de pétrole du pays.

Eldorado ou feu de paille ?

Malgré les contrats mirobolants annoncés, certains s'interrogent sur les capacités réelles de l'Iran à investir autant. Certes, le pays peut bénéficier des capitaux gelés par les sanctions qui représentent entre 35 et 120 milliards de dollars, mais ces fonds ne suffiront pas éternellement. Pour mener à bien ses projets pharaoniques, l'Iran devra relancer sa croissance aujourd'hui nulle.
Si l'ouverture du marché devrait grandement y contribuer, plusieurs économistes modèrent l'enthousiasme général en rappelant que le cours du pétrole exceptionnellement bas empêchera dans un premier temps Téhéran d'engranger des milliards. De plus, le manque d'infrastructures financières et la concurrence de la Chine, déjà bien implantée sur place, risquent de représenter une douche froide à moyen terme pour les investisseurs occidentaux trop optimistes.
Crédits photo : DR
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Article paru dans le numéro #98 EXIT
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