Fermer
Emmanuel Brousse
Focus | 27 mars
6 mn

L’Algérie sera-t-elle la prochaine Libye ?
Corruption à tous les étages et président-légume : la cool story de l'Algérie.

Abdelaziz Bouteflika, président de l'Algérie © DR
Depuis son fauteuil roulant, le président de l’Algérie Abdelaziz Bouteflika voit son quatrième mandat se dérouler mollement. Il est trop occupé par le combat contre la maladie pour avoir le temps de se consacrer aux problèmes du pays. Mais en coulisses, le pays se prépare pour ne pas se retrouver plongé dans le chaos le jour où il disparaîtra.
Après 17 années de présidence Bouteflika, l'Algérie est plongée dans une sorte de léthargie politique. L'armée et les services secrets, notamment le Département du renseignement et de la sécurité (DRS), entretiennent une longue rivalité tout en multipliant les connivences avec une classe politique qui ne s’est pas renouvelée depuis la fin de la guerre civile en 2002 et qui est depuis longtemps métastasée par la corruption.
Le long règne de Bouteflika a été l'occasion pour tous les barons de l'armée et de la politique de consolider leurs chasses gardées respectives sans prendre le risque de se présenter comme futur présidentiable, de peur d'être expulsé de l'échiquier du pouvoir.

Pas d’alternative crédible

Du côté de l'opposition, aucune figure alternative crédible ne semble se dégager. Divisée entre islamistes politiques et démocrates, l'opposition peine à donner de la voix. Les raisons sont multiples, entre restriction de la liberté de la presse et traumatisme de la guerre civile. Pour beaucoup d'Algériens, les années Bouteflika ont au moins le mérite d'avoir pacifié le pays.
Malgré tout, les choses commencent à évoluer aussi bien du côté du pouvoir que de l'opposition. Le clan du président semble avoir trouvé son homme fort en la personne de Saïd Bouteflika, frère et conseiller du président dont on ne sait pas vraiment s’il nourrit des ambitions présidentielles ou s’il cherche avant tout à assurer ses arrières en cas de disparition. La mise à la retraite forcée en septembre 2015 du très puissant dirigeant des services secrets, le général Toufik, est considérée comme l'œuvre de Saïd Bouteflika et fait des heureux du côté de l'armée. Celle-ci a à sa tête le général Gaïd Salah, désigné dans un câble diplomatique révélé par Wikileaks comme le « militaire le plus corrompu d'Algérie ». Alliés de circonstance, le clan Bouteflika et l'armée entendent profiter de la fin du mandat pour saper le pouvoir des services secrets à grands renforts de modifications constitutionnelles et de réorganisations administratives.
Du côté de l'opposition, c’est la course contre la montre. Conscients des querelles de pouvoir entre l'armée, la DRS et le clan présidentiel de nombreux acteurs espèrent que la mort de Bouteflika laissera de la place pour s'inviter dans le jeu politique. Depuis près d'un an, une Coordination nationale pour les libertés et la transition démocratique (CNLTD) a vu le jour. Elle regroupe aussi bien les islamistes du MSP se réclamant des Frères Musulmans que les laïcs du RCD ou les anciens du Front Islamique de Salut (FIS) dissous après la guerre civile. Cette coalition de fortune n'a pas vocation à faire campagne commune mais vise plutôt à peser dans la balance pour que soient organisées des élections en cas de décès rapide du président.

Un scénario à la libyenne ?

Dans les rues du pays, l'après Bouteflika suscite autant d'espoir que d'inquiétudes. Si certains observateurs comme le Quotidien d'Algérie estiment que « de toute façon peu importe qui sera le prochain président, il ne pourra pas faire pire », d'autres ne partagent pas cet optimisme. Plutôt qu'un scénario « à la tunisienne » débouchant sur un accroissement des libertés, ils voient dans la succession de Bouteflika le déclenchement potentiel d'une période d'instabilité. Voire de catastrophe totale.
La proximité de la poudrière libyenne et l'activité de petits groupes djihadiistes se réclamant de l'Etat Islamique dans l'est du pays fait planer le spectre d'un retour massif de la violence dans le pays alors que les plaies de la guerre civile peinent encore à cicatriser complètement. Même si la puissance de l'armée et la faiblesse des effectifs des djihadistes rendent peu probable la transformation du pays en « Nouvelle Libye », les exemples du Yémen et de la Syrie ont amené les rues d'Algérie à se méfier des lendemains idylliques que promettaient les fins de règne dans le monde arabe.
Crédits photo : DR
Partager :
Article paru dans le numéro #104 DIZAÏNE
Recevoir le magazine Inscrivez-vous pour recevoir chaque semaine l'essentiel de la culture, du business et de l'art de vivre.
Fermer
L’Algérie sera-t-elle la prochaine Libye ? à un ami.
(*) Obligatoire
Fermer
Modifiez votre mot de passe
Fermer
Veuillez saisir votre identifiant
Fermer
Bienvenue sur Pluris
, complétez le formulaire pour terminer votre inscription.