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Sophie Colin
Galerie | 7 février

La dissidence chinoise s'expose
Depuis plus de quinze ans, le collectionneur et galeriste belge Adrian David soutient les artistes chinois dissidents.

Adrian David et Gao Brothers Miss Mao 2005  © Galerie Adrian David, Knokke, Belgique
Adrian David et Miss Mao 2005 (Gao Brothers)
A l’occasion de la nouvelle exposition de la Fondation Louis Vuitton consacrée à l’art contemporain chinois et à la veille du Nouvel An Chinois, Adrian David nous parle de son parcours de collectionneur et de son engagement auprès des artistes dissidents chinois. Ce galeriste belge les soutient depuis plus de quinze ans. Les œuvres de Dali Zhang, Xiaogang Zhang et des Frères Gao ont rejoint celles de Rauschenberg, Dali, Vasarely, Warhol, Kapoor, Gursky… réunies dans sa prestigieuse fondation.
« Quand on regarde l'évolution de l'art moderne (qui commence plus ou moins en 1880) on voit que les grands artistes étaient révolutionnaires. Je collectionne de l’art depuis que j’ai onze ans. Avec mon petit capital, j'ai pu acheter des œuvres datant du début 17e-18e siècle, d'artistes inconnus. Plus tard, j'ai collectionné Ensor, Picabia, Klee, Magritte. Puis j'ai évolué vers l'école américaine. Depuis 20 ans, je collectionne Andy Warhol, Robert Rauschenberg, Frank Stella, Keith Haring et beaucoup d'autres artistes américains.
« En Chine, l’art défend sa vérité en opposant aux autorités une pensée dissidente. » Adrian David
Il est logique qu'avec l’évolution de l’économie ce soit maintenant le tour de la Chine. Là où l'économie mène le monde se trouve la Mecque de l’art. Alors que l’art chinois n’avait encore jamais attiré l’attention internationale, la Chine constitue, depuis 2002, la troisième Mecque artistique de l’histoire de l’art moderne international.

Peuple intelligent

Après des années de dictature maoïste, le comportement dissident de certains artistes chinois comme Ai Weiwei, Xiaogang Zhang, Wang Guangyi, Guo Wei ou les Frères Gao les rend très intéressants. Ça me passionne d'analyser leur manière de critiquer. C'est un peuple intelligent qui a sa propre vision de l’évolution de l'art. Ma vision est la suivante : la beauté était hier,  aujourd’hui c'est l'anarchie, et demain vous verrez l'anarchie comme une beauté.
Ces artistes dissidents ont eu le courage de critiquer leur pays. Sans doute est-ce un choc pour la population chinoise d’être confrontée, à travers l’art contemporain, à une critique sans complaisance de sa vie quotidienne, mais c’est ce forum artistique qui révèle la réalité sous-jacente de la Chine et va tenter d’en améliorer l’avenir. L’affrontement dans l’art prédit le langage usuel de la génération montante, abordant une situation inhabituelle et la critiquant.
Execution of Christ - Gao Brothers et Adrian David © Galerie Adrian David, Knokke, Belgique
Execution of Christ - Gao Brothers et Adrian David
GAO Brothers et Adrian David © Galerie Adrian David, Knokke, Belgique
GAO Brothers et Adrian David
Xiaogang Zhang - Adrian David © Galerie Adrian David, Knokke, Belgique
Xiaogang Zhang
Adrian David et Gao Brothers Miss Mao 2005  © Galerie Adrian David, Knokke, Belgique
Adrian David et Gao Brothers Miss Mao 2005
Execution of Christ - Gao Brothers et Adrian David © Galerie Adrian David, Knokke, Belgique
Execution of Christ - Gao Brothers et Adrian David
En Chine, l’art défend sa vérité en opposant aux autorités une pensée dissidente. Les huiles de Xiaogang Zhang sont autant de rappels douloureux des vieilles photos de famille de la Révolution culturelle. Le cintre d’Ai Weiwei symbolise le portrait d’un homme à qui son esprit de sacrifice n’a pas assuré une existence digne. Les personnages apathiques et mécontents de Zeng Fanzhi éclairent le passé de leur pays, tandis que les guerriers héroïques de Wang Guangyi propagandent le communisme, à des fins critiques, parmi des marques occidentales à succès. Les artistes dissidents s’en prennent à l’infini à la Révolution Culturelle du Parti communiste. La souffrance consécutive au régime de Mao explique l’anti-maoïsme pour lequel plaide leur nouvelle génération d’artistes, qui exige des droits supplémentaires pour le citoyen chinois d’aujourd’hui.
La beauté universelle novatrice naît de la provocation, l’art cause un choc et un dialogue s’en suit. En l’occurrence, l’art n’est pas un stimulant, mais plutôt une nécessité vitale absolue. Il constitue un moyen de communication sociale pour tous ceux qui sont déjà entrés en contact avec l’œuvre. En Chine, l’art contemporain est le moyen de communiquer malgré le silence imposé à ceux qui partagent les mêmes valeurs. L’art dissident y libère les sentiments et unit les êtres humains, c’est une nécessité qui subsiste parce que, dans le passé, la société de ce pays a été réduite en miettes. En revanche, ceux qui évitent les conflits sont aveugles et moralement à l’agonie.
L’art est indispensable à l’esprit de l’être humain. Il ne disparaîtra jamais. »
Crédits photo : Galerie Adrian David, Knokke, Belgique
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8300 Knokke-Le-Zoute - Belgique
Article paru dans le numéro #97 SINGE DE FEU
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