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Yolaine de Chanaud
News | 13 février
8 mn

Les financiers redoutent-ils le Brexit ?
Sortira ? Sortira pas ? Alors que le débat sur le Brexit déchire l'Angleterre, la City, elle, garde son flegme.

Les financiers redoutent-ils le Brexit ? © Gunter Von Kloster Kampen
Londres libérée de la bureaucratie bruxelloise qui étouffe les petits patrons d’entreprise. Londres maitrisant son flux migratoire. Londres restaurant sa souveraineté nationale. Londres libre de conquérir le marché mondial et d’en récolter les fruits. Voilà à quoi rêvent les eurosceptiques, prêts à se prononcer pour sortir le Royaume-Uni de l’Union Européenne (British exit, ou « Brexit »), lors du referendum qui pourrait se tenir en juin 2016. Face à eux, les europhiles brandissent le spectre d’un choc économique sans précédent.
Qu’en pense la City ? Le Brexit la laisse perplexe. La finance représente 12 % de l’économique britannique et une sortie de l’Union pourrait conduire des entreprises étrangères à quitter le pays. Elles ne font d’ailleurs rien pour se montrer rassurantes.
Lors du Forum économique de Davos, en janvier dernier, le patron américain de Goldman Sachs a rappelé que Londres ne représentait plus d’intérêt si elle n’était plus une porte d’entrée vers le continent européen. Les 5 titans américains Goldman Sachs, Morgan Stanley, JPMorgan Chase, Citigroup et Bank of America étudient en interne des alternatives à Londres malgré le coût d'un tel transfert.
De leur côté, les économistes prennent leur calculette et annoncent une chute sévère de la livre sterling qui pénaliserait fortement les marchés actions, comme en 1992. Une dévaluation de 15 à 20 % en cas d’arrêt des investissements, avancent certains. De quoi donner des sueurs froides aux grandes entreprises britanniques.

Un impact économique difficile à évaluer

De l’économie-fiction, s’indigne-t-on sur le terrain. « Honnêtement, indique Jean Baptiste Oldenhove, associé chez TREIS Partners, la sphère financière a d’autres préoccupations en ce moment. La chute des prix des matières premières et le ralentissement économique mondial par exemple. » Inutile donc de se perdre en conjectures.
D’abord, parce que le coût économique d’un Brexit est quasiment impossible à chiffrer. Plusieurs instituts de recherche ont fait leur calcul. Les résultats sont… déconcertants. Selon certains, il pourrait coûter 14 points de PIB à la Grande-Bretagne. D’autres parlent de 4 % de chute de la croissance, certains d’une hausse du PIB. Troublant.
Ensuite, selon toute vraisemblance, les Européens devraient négocier des accords privilégiés avec les Britanniques en cas de Brexit. Enfin, même un déménagement de la City ne serait pas le cataclysme tant annoncé. « Un report vers Paris ou Francfort entrainerait une réduction à court terme de la charge du secteur financier de Londres sur les fonctions liées à la zone Euro, note Jean Baptiste Oldenhove. Mais cela accélérerait le développement de Londres comme place financière pour d'autres monnaies, mouvement déjà en marche comme en atteste l’émission obligataire effectuée à Londres en octobre dernier pour le compte de la Chine, première émission de ce type hors de Chine. »
Idem concernant les levées de fond. Si le Brexit entraine une réduction sur le volume euro, celle-ci serait compensée par d'autres volumes à terme. Inutile donc d’appeler les déménageurs tout de suite.

Un non-événement ?

Certains estiment qu’un Brexit n’aurait aucun impact économique. C’est le cas de l’économiste Patrick Artus, directeur de la recherche et des études de Natixis. Il rappelle que le Royaume-Uni a déjà sa monnaie, sa politique monétaire et de change indépendante, et qu’il n’applique pas les règles budgétaires de l’UE.
Selon lui, l’effet sur les économies serait faible. Les banques d’investissement devraient certes installer une partie de leurs activités dans la zone euro, mais les hedge funds s’installeraient au Royaume-Uni pour profiter d’une règlementation moins sévère. Patrick Artus est formel : « Du seul point de vue de l’économie, le Brexit est sans doute un évènement sans grande importance. »
Amédée Levillain, co-fondateur de Zephyrus Partners, ne dit pas autre chose. Les enjeux sont plus politiques et diplomatiques qu’économiques. Installé à Londres depuis plus de 15 ans, il n’envisage pas de quitter le Royaume-Uni, au contraire. Comme plusieurs de ses amis étrangers, il a demandé la citoyenneté britannique afin de faire entendre sa voix lors du referendum.
Prochaine étape avant le passage aux urnes : le sommet du Conseil européen des 18 et 19 février. Le Premier ministre britannique David Cameron cherche à obtenir le plus de concessions possibles de la part des Européens. En bon Anglais, il se montre pragmatique, soucieux de ne pas plonger son pays dans la crise. En décembre, il déclarait : « Le Royaume-Uni pourrait prospérer hors de l’Union européenne, mais ce n’est pas la question. La question est de savoir si nous serions plus prospères en dehors qu’en dedans? » Un argument auquel les Britanniques sont sensibles. Bref, keep calm and carry on.

Les réclamations de Londres

 Pas d’intégration plus poussée dans l’Union
 Des droits nouveaux pour les Parlements nationaux
 Un nouveau mécanisme pour contester les décisions de la zone euro
 La possibilité d’actionner un « frein d’urgence » en matière de libre circulation et d’immigration

Les dates-clés

15 novembre 2015 : David Cameron a adressé sa lettre à Donald Tusk, président du Conseil européen où il présente ses quatre conditions pour rester dans l’Union européenne.
Décembre 2015 : David Cameron peine à négocier avec les 27 pays membres pour trouver des compromis.
Février 2016 : Les 28 se retrouveront lors du sommet de l'UE pour négocier les derniers points de l’accord avec David Cameron.
Juin 2016 : Référendum pour ou contre le « Brexit ». David Cameron est prêt à soutenir le maintien de son pays dans l’UE si le compromis qu’il aura obtenu en début d’année avec Bruxelles est jugé satisfaisant.
Crédits photo : Gunter Von Kloster Kampen
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Article paru dans le numéro #98 EXIT
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