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Plur.is
Portrait | 21 février
9 mn

Siffler en travaillant
L'artiste Cécile Le Talec explore les frontières entre langage, musique et sifflement.

Cécile Le Talec, Barter © Cécile Le Talec
Avec la collaboration de
Depuis 2001, je mène une recherche sur les langues sifflées, langues miroirs, utilisées par quelques communautés dans le monde. Mon projet est conçu comme une aventure artistique qui explore les frontières entre le langage, la musique et l'espace. Mes explorations m'ont conduite en Espagne (Iles Canaries/La Goméra), au Mexique (Etat de Oaxaca) et en Chine (Province de Guizhou).

Par mes rencontres avec des linguistes, des phonéticiens, des musiciens et des compositeurs, cette oeuvre se nourrit du langage sifflé et construit des récits où le matériau mélodique est la matrice d’un ensemble de vidéos, sculptures, photographies, dessins, pièces sonores.
 Les œuvres correspondent à des « explorations » polymorphes aux confins de la langue, du chant et du paysage. Chaque exposition se présente comme un laboratoire où les oeuvres, naissent dans les expériences entre le plastique et le mélodique, et se projettent dans les films : « Inverse » et résonnent dans ses instruments de musique en verre « Les impurs », et « The whispers » dans lequel les oiseaux génèrent leur propres mélodies, Les ramifications du projet et les rencontres qu'ils génèrent se poursuivent, dans les dispositifs d’expositions : film et créations musicales. (« Inverse » et « Les impurs » donnent lieu à une composition musicale originale de Leïleï Tian, interprétée le soir du vernissage de l'exposition, « The whispers » et « Shitsue » œuvre musicale de Nicolas Frize)

Les œuvres se présentent sous la forme de sculptures, photographies, vidéos et installations sonores qui sont réalisées en regard, en écho, avec et autour de la langue, sifflée, chantée, parlée, murmurée qui constitue un centre d’intérêt préoccupant, voire une obsession permanente.
Cécile Le Talec, Barter © Cécile Le Talec
Au Musée de l’objet/collection d’art contemporain, en février-mai 2008, l'exposition Feedback a été une première « rétrospective » (retour d'énergie) de ces traversées polymorphes aux confins de la langue, du chant et du paysage.
 Leilei Tian a conçu une œuvre musicale « paradoxe céleste » dont la partition est constituée par le film vidéo « inverse », et a été écrite pour être interprétée par des musiciens jouant avec des instruments- sculptures de verre.

Une installation a été conçue spécifiquement pour pouvoir accueillir des interprètes, et des instruments sculptures de verre ont été crées afin d’être activés et joués par des musiciens. L’installation s’est alors ouverte et transformée en espace scénique et salle de concert, le temps d’une soirée...

« Paradoxe céleste » a été interprétée lors de l’inauguration de l’exposition « feedback » à Blois, le 28 février 2008, lors de la soirée de clôture de l’exposition « Stratus locus » à Reims, le 5 septembre 2008 et enfin le 9 décembre à Blois/musée de la magie et le 12 décembre 2008, dans le cadre de l’exposition « archipel-studio » de Ploufragan (Côtes d’Armor).

En septembre 2008, j’ai exposé une installation « opus 2 » à la Scène Nationale d’Orléans Centre d’art contemporain, pour laquelle j’ai conçu un instrument de cordes « space musical range » pour 7 canaris chanteurs et musiciens... (en collaboration avec l’IRCAM).
 Cette installation se présente sous la forme d’une « volière » dispositif sonore, musical (électro- acoustique) et vidéo pour canaris. Un film vidéo « The whispers » en noir et blanc, de 15 minutes est projeté en boucle sur le mur/écran de la salle d’exposition.
La bande son discontinue du film accompagne, enveloppe et structure l’ensemble de l’installation. Sept oiseaux vivants en libertés, habitent la « volière » et interprètent en temps réel une composition musicale et sonore aléatoire.

Cette œuvre s’inscrit en prolongement des œuvres précédentes (projection d’un film, sons en temps réel, présence active des oiseaux vivants, instrument amplifié) mais constitue une ouverture vers de nouveaux champs d’explorations de spatialisation des voix, des sons et des chants.

La langue, la voix, la mélodie se rencontrent aléatoirement... dans un même espace et dans un même temps sans qu’il n’y ait ni de début ni de fin programmée. 
Le dispositif est autonome, célibataire. Les voix humaines et animales se confondent afin de constituer la bande son originale d’un film en boucle, d’un espace ouvert...

Ce projet constitue une nouvelle forme d’exploration plastique dans lequel le son de la voix constitue le vecteur de récits potentiels.
 Le dernier projet artistique que j'ai réalisé en République Touva/Russie durant l'été 2009 constitue un prolongement des oeuvres précédentes en élargissant les champs d'explorations linguistiques, musicales, sonores et plastiques.
Cécile Le Talec, Barter © Cécile Le Talec
J'ai réalisé un film vidéo ainsi que des enregistrements sonores et photographiques en collaboration avec des chanteurs Touvas qui pratiquent le chant de gorge, dyphonique et dont les « chants » et paroles constituent des interprétations des sons de la nature : vent, pluie, tonnerre, tempêtes, tremblements... ainsi que les sons de voix animales.

Cette langue particulière « eagles voices », voix de gorge, génère des sons et bruitages qui évoque un orchestre de bruitages, un orchestre sans instruments... une « chorale » de souffleurs... 
La bande son du film constitue la structure du récit du film : le son des bourdons harmoniques incarne et interprète l'environnement sonore du paysage.

Le récit sans parole se donne à entendre par les vibrations des cordes vocales et du chant. une histoire sans langue, une histoire conduite par les sons dont les corps des interprètes sont les conducteurs de vibrations telluriques.
Cette langue se définit comme étant au delà de la musique, c'est une langue tellurique dont l'homme est l'interprète.

Souvent pratiquée par des femmes Chamanes, cette langue permet de constituer des phrases, des dialogues qui se structurent ensemble pour former des récits.
 Je souhaiterai que les « touva » interprètent un récit (préalablement écrit) et que leurs voix constituent la matière même du projet.

Les œuvres que je réalise travaillent à partir des « matières sonores » des langues dans leurs dimensions musicales et spatiales.
 Ces langues chantées entretiennent un rapport spécifique avec le paysage dans lequel elles s'inscrivent.

Les chants Touvas "racontent" un espace, parlent la langue des traversées, et génèrent des images sonores.
Crédits photo : Cécile Le Talec
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Article paru dans le numéro #99 CROWDFUNDING
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