Fermer
Sophie Colin
Focus | 12 mars
6 mn

Caractères à la loupe
Sybille de Raigniac, graphologue, analyse les caractères au sens propre comme au figuré.

Signature de Jean-Paul Sartre  © DR
Signature de Jean-Paul Sartre
L’écriture ronde de Charlotte révèlerait-elle un manque de maturité ? Et Edgar qui fait précéder sa signature de son prénom écrit en grosses lettres chercherait-il à s’affranchir de son lignage ? Pour éviter erreurs et préjugés fâcheux, la graphologue Sybille de Raigniac part du postulat qu’il n’existe pas deux écritures identiques : « Parce que l’écriture est un révélateur de la personne et que chaque personne est unique. »
Mais alors que révèle l’écriture ? Elle détaille : « Les formes d’intelligence (le sens de l’analyse, de la synthèse, ou des deux), les formes d’activité (le dynamisme, le rythme de travail) et le caractère (la sensibilité, l’émotivité, la maturité, les motivations, la façon dont on se comporte en cas de conflit, la façon dont les autres nous perçoivent, la façon dont on gère ses forces et ses faiblesses…). »
Un dyslexique sera trahi par ses syllabes inversées. Un gaucher, par une barre de T dont on devinera aisément qu’elle a été tracée de la droite vers la gauche. L’écriture ne dit en revanche rien sur le sexe de la personne ou sur ses centres d’intérêt.
Une graphologie approfondie prend quatre à huit heures. Elle consiste à étudier ou analyser les signes les plus caractéristiques parmi 176 classés en huit « genres » portant sur la forme des lettres, la liaison entre elles (la continuité), l’inclinaison de l’écriture (la direction), la taille des caractères (la dimension), la manière d’occuper l’espace sur la feuille (l’ordonnance), la pression du stylo (le trait) et sa mise en tension (la conduite du tracé) et les mouvements.
L’écriture, qui se détériore avec l’âge, peut changer selon l’état émotionnel dans lequel on se trouve. C’est pourquoi l’étude confronte toujours plusieurs documents, officiels et brouillons, pour percevoir le comportement de l’intéressé selon qu’il est en situation de communication ou non. Elle ne se fie qu’aux originaux, jamais aux copies, car il faut pouvoir toucher le papier et sentir la pression exercée dessus. En cas de bouleversements vécus par la personne, c’est la comparaison entre son écriture actuelle et les plus anciennes qui vont permettre de savoir comment elle gère ces événements.
Manuscrit de Paul Verlaine'Désappointement' © DR
Manuscrit de Victor Hugo 'Demain dès l'aube' © DR
Lettre de Louis XIV pour l'embastillement du Cardinal de Rohan  © DR

Les « écritures masque »

Et Edgar ? « La signature en dit plus que le corps du texte sur la manière dont on veut communiquer et se positionner socialement. Ensuite, c’est intéressant de voir comment la signature s’articule par rapport au texte et si certains traits se retrouvent dans les deux », précise Sybille de Raigniac. Si Edgar a une petite écriture et une très grosse signature c’est qu’il est peut-être moins assuré qu’il le laisse croire. Et s’il dissimulait son écriture ? « Les ‘écritures masque’ tendent à moins révéler que d’autres la personnalité du scripteur si ce n’est la volonté de ne pas tout laisser paraître. Il est cependant très difficile de dissimuler sa personnalité. Par ailleurs, on peut modifier certains paramètres de son écriture mais pas tous en même temps et sur plusieurs lignes. C’est comme cela que l’on piège un faussaire. »
Sybille de Raigniac, ‎coach en orientation et réorientation et Graphologue © DR

Sybille de Raigniac, ‎coach en orientation et réorientation et Graphologue

Dans certains pays comme les Etats-Unis ou l’Allemagne, les gens ont des écritures qui peuvent nous paraître semblables. Le phénomène serait-il culturel ? « En effet, poursuit Sybille de Raigniac, le comportement de la personne diffère selon le contexte culturel et l’écriture peut en être un révélateur. On apprend à l’école un modèle calligraphique. Le graphologue analyse la façon dont on s’en détache, dont on le personnalise. Les Français étant individualistes, nos écritures le sont et s’éloignent de ce modèle. » Et une personne écrivant en français, en russe et en idéogrammes chinois exprime-t-elle les mêmes aspects de sa personnalité dans les trois langues ? Il semblerait que son comportement diffère de l’un à l’autre. L’ambition d’Edgar serait-elle aussi affirmée en japonais ?

Crédits photo : DR
Partager :
Article paru dans le numéro #102 SIGNATURE
Recevoir le magazine Inscrivez-vous pour recevoir chaque semaine l'essentiel de la culture, du business et de l'art de vivre.
Fermer
Caractères à la loupe à un ami.
(*) Obligatoire
Fermer
Modifiez votre mot de passe
Fermer
Veuillez saisir votre identifiant
Fermer
Bienvenue sur Pluris
, complétez le formulaire pour terminer votre inscription.