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Emmanuel Brousse
Focus | 12 mars
6 mn

Mais où est donc passé l'État islamique ?
Il y a quelques mois, c'était l'ennemi public n°1. L'actualité l'a relégué au second plan, mais la menace n'a pas diminué.

MAIS OÙ EST DONC PASSÉ L'ÉTAT ISLAMIQUE ? © Adobe Stock
Connu pour sa barbe rousse et son poste de « ministre de la guerre » de Daesh, Abou Omar Al Chichani alias « Omar le Tchétchène » aurait été grièvement blessé » par une frappe aérienne américaine, selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme. Une information qui reste encore à confirmer mais qui illustre le combat au quotidien contre Daesh. Car si la crise des réfugiés et les élections américaines volent la vedette au groupe djihadiste à la Une de l’actualité, la menace de l’EI demeure bien réelle.
Après un regain d’optimisme en décembre et janvier avec la reprise de la ville de Ramadi, en Irak, par l'armée irakienne, les choses se tassent. La reconquête de Mossoul, la plus grande ville aux mains de l’État islamique, n'est pas attendue avant fin 2016 ou 2017 par la coalition internationale. Quant à Raqqa, la capitale de Daesh en Syrie, elle est encore hors de portée. De l'aveu même du général américain Joseph Votel, il n'existe pas à l'heure actuelle de plan pour reprendre la ville.
En attendant, Daesh accroît son emprise et consolide son « califat ». Il a commencé à frapper sa propre monnaie, le « dinar or », inspiré de la devise en vigueur aux premiers jours de l'Islam (7e siècle) sous la dynastie des Omeyyades. Comme l'extension de ses frontières en Irak et en Syrie semble compromise, l'État Islamique a déplacé son offensive vers de nouvelles « terres de djihad ».

Une capitale régionale en Libye

L'Australie s’inquiète de l’implantation de l’EI en Indonésie et plusieurs groupes du Caucase ont prêté allégeance au calife auto-proclamé Abou Bakr Al Baghdadi. Mais c'est surtout en Afrique que l'expansion du groupe préoccupe la communauté internationale. Profitant du déchirement du pays, Daesh s'est solidement ancré en Libye où il dispose d'une capitale régionale, Syrte. Cet ancien fief de Kadhafi s'était isolé du reste du pays de peur de subir des représailles et a finalement servi de terre d'accueil aux djihadistes qui ont établi leur QG dans le gigantesque centre de conférences « Ouagadougou », ancien fleuron de la ville. Malgré une rébellion des habitants de la ville l'été dernier, Daesh s'y enracine petit à petit.
Une situation lourde de menaces, mais la puissance de ce « nouveau Daesh » est sans commune mesure avec celle de son aîné. Bien moins puissant et organisé, l'EI en Libye ne dispose pas des ressources pétrolières, n'a pas encore mis en place de réelle administration et ne compte pour l'heure que 2000 à 5000 combattants. En revanche, la pression est moindre puisqu'il n'affronte sur place que des islamistes rivaux issus d'Al Qaida et des milices venues d'autres villes, dont le matériel et les moyens sont sans commune mesure avec ceux de ses adversaires en Irak et en Syrie.
Les pays occidentaux s'efforcent de ne pas se laisser prendre de vitesse. Les Etats-Unis (et la France, d'après un article du Monde sorti fin février 2016) effectuent ponctuellement des frappes en Libye contre les principaux chefs de l'organisation sur place, comme Abou Nabil a Anbari, tué en novembre 2015. Les états-majors étudient les plans d’une intervention « inévitable » de plus grande ampleur en Libye.
Car depuis Syrte, Daesh se prépare à la guerre. Mise en place d'hôpitaux de campagne, recrutement de combattants étrangers venus de Tunisie, d'Algérie, de Mauritanie, d'Egypte et du Nigéria... Le groupe djihadiste compte bien profiter du chaos libyen pour passer à l'offensive. L'attaque menée contre la ville frontalière tunisienne de Ben Gardane le 7 mars ne laisse guère de doutes sur les velléités expansionnistes du groupe djihadiste. Ce nouveau champ de bataille prendra-t-il des proportions aussi graves qu'en Syrie et en Irak ? L'histoire récente de la Libye n’incite guère à l'optimisme. Le drapeau noir de Daesh risque de flotter encore très longtemps.
Crédits photo : Adobe Stock
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Article paru dans le numéro #102 SIGNATURE
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