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Yolaine de Chanaud
News | 12 mars
6 mn

La vie sans Schengen
Que coûterait le rétablissement des frontières internes dans l’Union européenne ?

La vie sans Schengen © Gunter Von Kloster Kampen
Va-t-on bientôt cesser de circuler librement en Europe ? Face à l’afflux de réfugiés – un million depuis début 2015 – la question du rétablissement des frontières internes de l’Union Européenne revient brutalement sur le tapis. Huit pays signataires des accords Schengen ont réintroduit des contrôles temporaires à leurs frontières : le Danemark, l’Allemagne, la Hongrie, l’Autriche, la Slovaquie, la Suède, la Norvège et, dernière en date, la Belgique.
Un très mauvais signal pour l’Europe. L’Accord de Schengen, entré en vigueur en 1995, est la plus grande réussite de la construction européenne. La Commission européenne ne s’y trompe pas : début mars, elle a présenté un plan de retour à un fonctionnement normal de l’Espace Schengen au plus tard avant la fin de l’année. Et il ne s’agit pas seulement de sauver le bel idéal européen. D’après les calculs de Bruxelles, le démantèlement de Schengen coûterait directement de 5 à 18 milliards d'euros par an à l’Europe. Car Schengen, c’est la liberté plus la prospérité économique.
L’institut France Stratégie, un think tank rattaché au Premier ministre, a calculé l’impact d’un retour des contrôles aux frontières. Combien cela coûterait ?

En France, la croissance attendra

Le rétablissement des frontières coûterait à l’économie française 1 à 2 milliards d'euros par an à court terme, et plus de 10 milliards d'euros par an à plus long terme. Sans compter l’embauche de douaniers : environ 200 millions d’euros par an et le déploiement de policiers pour contrôler les frontières. Est-ce vraiment raisonnable en période de disette budgétaire ?

Touristes, mettez vos passeports à jour

Revoilà les guérites et les files d’attente à l’aéroport. Au lendemain des attentats du 13 novembre, le président d’Aéroports de Paris a dû faire face à une pagaille indescriptible à Orly et Roissy. Des queues de plus de trois heures pour contrôler tous les voyageurs. De quoi renoncer à un week-end à Rome, ou à une réunion d’affaire à Francfort. Fini les courts séjours qui font les belles heures du tourisme français. Alors que 100 millions de touristes étrangers passent une seule journée dans notre pays et 80 millions une seule nuit, Ils pourraient renoncer par… flemme. Le secteur de l’hôtellerie et de la restauration refuse d’envisager un tel manque à gagner. France Stratégie évoque 500 millions à 1 milliard d'euros par an de recettes touristiques en moins.

Travailleurs frontaliers, armez-vous de patience

350 000 français travaillent de l’autre côté de la frontière : en Belgique, en Allemagne, en Espagne, en Italie, en Suisse… Leur temps de trajet serait rallongé de 10 à 20 minutes. Non négligeable. Entre le Danemark et la Suède, où les contrôles d’identité ont été rétablis, les travailleurs frontaliers mettent désormais 45 minutes de plus. En France, selon les projections de France Stratégie, 5 à 10 000 travailleurs frontaliers pourraient se lasser et quitter leur emploi ce qui se traduirait par une hausse du chômage et une baisse du pouvoir d’achat dans les régions transfrontalières.

Entreprises, vous allez perdre du temps et de l’argent

Vous commercez avec des pays de l’Union Européenne ? Vous n’êtes pas les seuls : la France réalise la moitié de son commerce extérieur avec des membres de l’espace Schengen. Cela représente plus de 60 millions d’euros par an à l’export. Il va falloir expliquer à vos routiers qu’ils passeront une heure de plus aux postes frontières. Tant pis pour leur confort et pour vos délais.

L’institut Prognos a réalisé une étude pour le compte de la fondation Bertelsmann. La réinstallation des frontières se traduirait par des hausses massives de coûts et de prix : coûts de personnels plus élevés pour les entreprises, fin des livraison « just in time » donc coûts de stockage accrus. Selon France Stratégie, un retour aux frontières définitif ferait diminuer structurellement le commerce de 10 à 20% dans la zone Schengen.
Crédits photo : Gunter Von Kloster Kampen
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Article paru dans le numéro #102 SIGNATURE
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