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Emmanuel Brousse
Focus | 19 mars
7 mn
Coup de théâtre à Brasilia vendredi 18 mars. Alors que Dilma Rousseff, le sourire aux lèvres, serrait dans ses bras Luiz Inacio « Lula » da Silva, son prédécesseur, qu'elle venait de nommer « ministre de la maison civile », le juge Gilmar Mendes a bloqué ce qui ressemblait beaucoup à une manœuvre grossière pour protéger l'ancien président. Toute la semaine, au Congrès, au Sénat, dans les rues de Rio et de Brasilia, des millions de voix se sont élevées pour protester contre le pouvoir et contre Lula en particulier.
L'ancienne idole des cols bleus brésiliens a vu son étoile pâlir depuis la fin d'une présidence pourtant considérée comme réussie. Sa protégée, Dilma Rousseff, n'a pas su capitaliser sur cette popularité. Et Lula lui-même s'est attiré l'antipathie de nombreux Brésiliens en voyant son nom revenir avec insistance dans des affaires de corruption et de détournement d'argent public.
Icône de la gauche brésilienne pendant plus de quarante ans, Lula est dans le collimateur de Sergio Moro, juge qui a juré de démêler les fils du scandale Petrobras. Le géant pétrolier national aurait en effet financé le Parti des Travailleurs (PT) de Lula et Dilma Rousseff, par le biais de contrats surévalués en échange d'un monopole garanti par l'État. Le résultat des enquêtes du juge Moro concerne non seulement Petrobras mais aussi de nombreuses entreprises du BTP qui forment un véritable cartel autour du PT.

Surfacturation et résidences secondaires

Lula avait longtemps réussi à se tenir à l'écart du scandale. Tant que celui-ci concernait « seulement » son parti, les Brésiliens ne lui en tenaient pas vraiment rigueur. Mais désormais, l'ancien président est accusé de s'être personnellement enrichi par la surfacturation de conférences et d'avoir profité de deux résidences secondaires restaurées gracieusement par des entreprises de BTP du réseau Petrobras.
Ces révélations ont fait passer les soupçons « abstraits » de détournement en exemples concrets de corruption dans l'esprit des Brésiliens qui considèrent à présent Lula comme un traître. Ironiquement, sa fameuse phrase de 1983 « Quand un pauvre vole, il va en prison. Quand un riche vole, il devient ministre » est devenue le mot d'ordre de rassemblement des manifestants. Le peuple qui voyait en lui celui qui avait sorti quarante millions de Brésiliens de la pauvreté défile désormais derrière une effigie de son ancienne idole grimée en bagnard.
Quant à Sergio Moro, il continue patiemment son entreprise de démolition. Après plusieurs perquisitions chez Lula, l'étape suivante devait être la mise en examen et probablement la détention préventive. C'est pour éviter cette extrémité que Dilma Rousseff, elle-même extrêmement impopulaire et faisant face à la menace d'une procédure de destitution, avait décidé de le faire revenir au gouvernement. La manœuvre désespérée était supposée faire renaître la ferveur populaire qui fait si cruellement défaut aujourd'hui au PT, mais surtout soustraire Lula à la prison puisque les ministres en exercice ne sont justiciables que par une cour spéciale bien moins zélée que le tribunal du juge Moro.

Manœuvre d'esquive

Ce dernier n'a que fort peu apprécié le stratagème et a sorti de sa manche une riposte particulièrement cruelle pour le pouvoir. Faisant fi du secret de l'instruction de sa propre enquête, il a révélé au public une écoute téléphonique où Dilma Rousseff fait parvenir à Lula son décret de nomination en lui demandant de « ne s'en servir qu'en dernier recours ». La manœuvre d'esquive de l'ancien président est exposée au grand jour et Mme Rousseff a beau prétendre que l'arrivée de Lula au gouvernement ne s'explique que par l'expérience qu'il pourrait apporter, bien peu sont les Brésiliens à y croire.
Face à la vague de colère et aux preuves accablantes, le PT n'a plus beaucoup de cartes à abattre. Le gouvernement s'est lancé dans plusieurs batailles judiciaires pour tenter de sauver les meubles, tandis que Lula se réfugiait dans une posture de martyr en criant à la menace de coup d'État.
Alors que ses conseillers et avocats dénoncent un montage visant à saborder une éventuelle candidature en 2018, il a pris lui-même la parole pour rappeler théâtralement qu'il avait souffert de la faim dans sa jeunesse et qu'il était prêt à affronter une « coalition judiciaire qui l'a fait se sentir comme un prisonnier politique ». Icône déchue des combats sociaux, il a ensuite demandé à ses partisans d'occuper la rue une fois de plus. Un appel qui ressemble davantage à un SOS qu'à un cri de ralliement.
Crédits photo : DR
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Article paru dans le numéro #103 STRATÈGES
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