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Sophie Colin
Recommandation | 27 mars
6 mn
Dans le cadre de leur fondation, Florence et Daniel Guerlain ont créé, en 2007, le Prix du dessin contemporain. Celui-ci sélectionne chaque année trois artistes français ou étrangers entretenant un lien culturel avec la France et pour qui le dessin est un medium privilégié de leur travail. En attendant l’annonce du lauréat le 31 mars lors du Salon du dessin, au Palais Brongniart, Florence et Daniel Guerlain partagent leurs impressions sur l’état du dessin aujourd’hui.

Pluris – Quelles sont les trois tendances clé du dessin cette année ?

Florence et Daniel Guerlain – Il y a quelques jours à peine, nous n’aurions pas pu répondre à cette question car nous ne sommes pas dans un défilé de mode. Il n’y a pas vraiment de « tendances » qui est un mot que nous n’aimons pas. Mais nous rentrons de Dubaï, et ce voyage a modifié notre vision des choses. Nous y avons découvert des artistes qui vivent la cruauté de la guerre, reprennent des cartes postales et des dessins anciens, et redessinent dessus des frontières nouvelles. Ils veulent être assimilés à cette nouvelle « tendance ». Autre chose : depuis quelque temps, les collectionneurs se penchent davantage vers des artistes plus âgés. Cela a commencé avec Alina Szapocznikow (qu’on a vue), à Dubaï, nous avons découvert Huguette Galland, née en 1931, qui fait un dessin magnifique et des peintures aussi sublimes dont le Musée Pompidou a acheté une œuvre, et Etel Adnan dont nous avions déjà acheté des œuvres l’année dernière et cette année à Dubaï. Et puis il y a Marwan, le Syrien qui habite Berlin. Tous sont des artistes expérimentés et qui sont de retour sur la scène actuelle. Et ça, c’est nouveau pour nous.

Qu'est-ce qui est novateur dans le dessin aujourd'hui ?

Il y a surtout beaucoup de formes de dessins. Les artistes cherchent à être originaux dans leur manière de dessiner avec un apport de matières, des collages… Nos dix lauréats dessinent de dix façons totalement différentes. C’est une variété d’expression fabuleuse, dans une matière qui a été oubliée pendant une dizaine d’années et qui servait autrefois à des études pour des tableaux. Maintenant, on rentre vraiment dans une œuvre d’art à part entière et certains artistes ne font que ça.

Y a t-il des points communs dans le travail des artistes sélectionnés cette année ?

Non, il n’y en a pas. Une forme de désespérance apparait chez Anne Marie Schneider dont elle se sert pour s’exprime. Au contraire l’œuvre de Jorinde Voigt et celle d’Etel Adnan sont jubilatoires. En revanche, nous avons remarqué que certains artistes ont les mêmes sources d’inspiration que d’autres alors qu’ils vivent dans un autre pays qu’eux, ne se connaissent pas et n’appartiennent pas à la même génération ! Ce n’est même pas « l’effet Internet » parce qu’ils ne sont pas connectés. Il n’y a donc pas de critère de « tendances », je parlerais plutôt de spontanéité.
« Le dessin est une œuvre à part entière. » Florence et Daniel Guerlain

Qu’est-ce qui vous a frappé ou ému dans le travail des candidats sélectionnés pour le prix de dessin 2016 ?

Chez Schneider, c’est une certaine forme de cruauté physique et psychique. On a l’impression que Cameron Jamie a évolué plutôt dans le calme par rapport à ce qu’il avait fait avant. Jana Gunstheimer, elle, prend des dessins existants anciens, en gomme une partie et fabrique à partir de là sa propre histoire.

Quel défi le dessin lance-t-il à ces candidats aujourd’hui ?

Ce ne sont pas eux qui viennent chercher le défi car c’est nous qui les choisissons. Nous allons chercher des artistes reconnus puisqu’ils doivent être passés par une institution française. Le prix de dessin a permis à certains de connaître de nouvelles galeries, d’avoir une visibilité plus importante.
Daniel et Florence Guerlain  © Bertrand Rindoff Petroff

Daniel et Florence Guerlain

Quels conseils donneriez-vous aux lecteurs de Pluris qui s’intéressent au dessin ?

Le dessin est une œuvre à part entière et ce n’est pas parce qu’il est moins cher qu’il ne faut pas en prendre soin. Il est fragile, il craint la lumière, il prend l’humidité. Il faut faire très attention à l’encadrement et ne pas l’accrocher n’importe où. Enfin, comme pour les autres œuvres, un dessin qui n’est pas cher peut ne pas être bon.

Anne-Marie Schneider, Jana Gunstheimer, Cameron Jamie , Collection Florence et Daniel Guerlain  © André Morin, Courtesy Galerie Michel Rein, Galerie Römerapotheke, Bernier-Eliades, Conrads
Anne-Marie Schneider, Jana Gunstheimer, Cameron Jamie , Collection Florence et Daniel Guerlain
Crédits photo : Bertrand Rindoff Petroff, André Morin, Courtesy Michel Rein, Bruxelles - Collection Florence et Daniel Guerlain, André Morin, Courtesy Galerie Michel Rein, Galerie Römerapotheke, Bernier-Eliades, Conrads, André Morin, Courtesy Galerie Michel Rein, Bruxelles/Collection Florence et Daniel Guerlain, André Morin, Courtesy Galerie Michel Rein, Bruxelles - Collection Florence et Daniel Guerlain
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Article paru dans le numéro #104 DIZAÏNE
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À quoi ressemble le dessin en 2016 ? à un ami.
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