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Domenico Biscardi
À savoir | 3 avril
5 mn
Les quatre fashion weeks les plus importantes de la planète viennent de s'achever, à New York, Londres, Paris et Milan, mais en filigrane, les paillettes des podiums dissimulent à peine les débats cruciaux qui traversent actuellement l’industrie de la mode : quel futur pour les défilés et quel calendrier pour la commercialisation des modèles présentés ?
La mode italienne a essayé de donner une réponse commune à ces interrogations qui divisent les acteurs majeurs du secteur. De façon stupéfiante, l’individualisme qui règne d’ordinaire dans le secteur s’est mis en sourdine pour aboutir à un accord transversal, synthétisé par le niet catégorique de la Camera della Moda, l’équivalent de la Fédération Française de la Couture : celle-ci a refusé le principe du show now/buy now, qui exigerait la commercialisation en boutique le lendemain des défilés.
Palais Serbelloni, mode italienne © Nicolò Parsenzani
Mais la mode et le luxe italiens sont confrontés à d’autres défis. « L’un des challenges, souligne Giampietro Baudo, directeur du quotidien MFF Fashion, sera celui de la relève à la tête des marques historiques. » Armani et Prada, par exemple, n’ont pas encore donné des directives en ce sens, mais Valentino a été un pionnier avec la vente de sa maison en 2012. « L’Italie a décidé de donner beaucoup d’importance au travail manuel, à la source des savoir-faire nationaux, et cela se traduira aussi par une identité forte des trois villes de la mode : Milan, pour la créativité, Florence, pour la production de tissus et cuirs, et Rome comme tremplin des jeunes talents. »
Défilé de la mode italienne, Palais Serbelloni © Nicolò Parsenzani
Elisabetta Magnani, attachée aux relations institutionnelles du Palais Serbelloni, observatoire privilégié de la mode, est sceptique sur l’idée que les défilés comme système de narration de la mode finissent par disparaître. Depuis cet extraordinaire édifice néoclassique qui accueille au moins 30 % des podiums milanais, elle souligne l’importance de l’héritage humaniste de Milan qui imprègne fortement son fashion system et en garantit la survie.
Beppe Modenese, surnommé le ministre de la mode et grand manitou des défilés milanais entre 1987 et 2003, mise tout sur « l’indépendance de la mode italienne qui doit être défendue car elle est le gage de sa créativité et de sa vitalité présentes et futures ».
Riccardo Sciutto, l’actuel directeur général de Hogan et prochain CEO de Sergio Rossi, synthétise clairement le dynamisme du secteur et les perspectives à venir. Ouvert aux nouvelles technologies, attentif au storytelling, il prône l’importance de l’équilibre entre tradition et innovation. « Il est important, affirme-t-il, que l’Italie garde son leadership dans la production et son positionnement fort sur le créneau du prêt-à-porter de luxe. » La fortune du Made in Italy en Europe comme en Asie, se base sur ce concept de luxe accessible et de haute qualité appliquée au quotidien.
Défilé de la mode italienne, Palais Serbelloni © Nicolò Parsenzani
En période de questionnement, l’Italie du goût cherche finalement ses réponses dans ses racines plus profondes et son adaptabilité. Entre identité forte et reconnaissable et appropriation des codes contemporains, la Péninsule semble trouver ainsi la clef de sa réussite future.
Domenico Biscardi
Journalist / University Professor / Event Organizer
Luxury, culture, gastronomy.
Crédits photo : Nicolò Parsenzani
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Article paru dans le numéro #105 VROMBISSANT
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