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Olivier de Cointet
8 mn
Distribution audiovisuelle, prêt-à-porter, joaillerie, fabrication de clarinettes, pianos ou souliers : en France, les industries créatives sont en plein essor, mais leur financement est souvent compliqué car il repose sur des sociétés souvent petites, morcelées, et comportant beaucoup de risques. Leur avenir passe par une consolidation, la recherche de nouveaux débouchés et la transformation de leur business model. BPIfrance, filiale de la Caisse des Dépôts, apporte une attention particulière à ces entreprises singulières via des Fonds d’investissement dédiés. Isabelle Ginestet-Naudin, sa directrice des fonds sectoriels, en décrypte les choix.

Pluris – Pourquoi est-il essentiel de soutenir les industries créatives en France ?

Isabelle Ginestet-Naudin – C’est un secteur stratégique. Les industries créatives au sens large sont le troisième employeur en France, elles sont constituées de nombreux petites acteurs qui font souvent face à des problématiques de développement et de transmission, sans forcément tous les moyens pour y arriver. C’est aussi un secteur en pleine mutation, qui doit faire émerger de véritables PME, capables de trouver de nouveaux débouchés commerciaux et se transformer à l’ère du digital.
« Depuis 2005, nous avons développé trois fonds, le Fonds Patrimoine et création, le Fonds Mode et finance, et plus récemment le Fonds pour les Savoir-faire d’excellence. »

Quels sont vos moyens d’action ?

Depuis 2005, nous avons développé trois fonds, le Fonds Patrimoine et création, le Fonds Mode et finance, et plus récemment le Fonds pour les Savoir-faire d’excellence, qui sont regroupés autour de la thématique des industries créatives pour leur donner plus de cohérence et d’impact, et simplifier l’approche pour les entreprises dans lesquelles nous investissons. Nous pouvons ainsi investir des tickets allant de 500 000 € à 5 millions d’euros dans des entreprises rentables qui réalisent un chiffre d’affaires minimum de 500 000 €, sans plafond. Par ailleurs, grâce aux fonds de co-investissement de Bpifrance, nous pouvons investir bien au-delà sur des sujets que nous estimons stratégiques. Nous accompagnons ainsi tout type de structures.

Et pour les toutes petites structures ?

C’est en effet l’un des enjeux essentiels pour nous, car nous souhaitons accompagner la transformation du secteur pour qu’il soit plus solide encore. Bpifrance réfléchit à la structuration d’un nouvel instrument de financement dédié aux industries créatives qui s’appuie sur un dispositif à l’échelle européenne. Le prêt est un outil moins lourd que le fonds propre et pourrait ainsi être plus adapté à des entreprises de petite taille, surtout s’il est prévu une franchise permettant à la société de créer de la valeur avant de devoir rembourser son emprunt.

Comment votre philosophie d’investissement évolue-t-elle ?

Bpifrance n’investit que dans des projets de développement portés par des entreprises rentables. Des croissances majoritairement organiques, des investissements dans l’outil industriel, des recrutements de profils ciblés ainsi que des croissances externes. Nous regardons bien sûr les critères classiques comme la vision stratégique, le positionnement du produit et son adéquation avec le marché. Mais ce qui est spécifique aux industries créatives, c’est le binôme qui doit parfaitement fonctionner à la tête de ces entreprises et notamment pour les entreprises de la mode. Souvent le talent appartient au créatif, mais lorsque l’entreprise se développe, il faut qu’il soit accompagné par une personne plus business pouvant structurer et gérer le développement de la société.

Y a-t-il beaucoup de candidats ?

Oui ! Nous allons chercher ceux qui ont des savoir-faire rares et qui ont une volonté d'innover, et ils sont nombreux. De plus en plus d’entreprises sont transmises à une nouvelle génération qui a travaillé dans des grands groupes et qui veut leur donner une nouvelle dimension. Nous avons été étonnés de voir qu’il y en a de plus en plus, avec une moyenne d’âge entre 35 et 40 ans. Ces sociétés, qui souvent étaient de purs fabricants veulent se rapprocher du client pour se développer. Nous avons par exemple investi dans MCGP, un atelier parisien spécialisé dans les séries de haute et moyenne joaillerie et qui démarre la distribution sur Internet de sa propre marque. Nous venons aussi d’investir dans les Pianos Nebout, une pépite spécialisée dans le piano, qui développe de nouvelles activités comme la location du piano d’études. Grâce à l’e-commerce, elle connaît un essor remarquable et conserve son activité de restauration très haut de gamme de pianos venant du monde entier.

Au-delà des financements, qu’apportez-vous à ces entreprises ?

De la confiance, du challenge et de l’accompagnement. Nous finançons des prestations de conseil adaptées à des problématiques particulières, c’est un formidable accélérateur pour elles. Nous réfléchissons aussi à la mise en place d’un stimulateur de nouvelles idées, qui pourrait prendre la forme d'un concours pour récompenser l’innovation dans le business model. C’est une approche complémentaire pour faire émerger et accompagner des projets innovants. Au delà, notre rôle est de développer des passerelles, pour que ces entreprises tirent profit au maximum des opportunités qui peuvent accélérer leur développement.

Qu’est-ce que les industries créatives françaises ont de si particulier ?

J’observe qu’elles sont capables d’allier des qualités parfois difficilement réconciliables, comme la maîtrise des savoir-faire, la tradition, et en même temps un esprit créatif, une ouverture, une certaine forme d’impertinence. BPIfrance a organisé dans son HUB, une rencontre sur le thème de la FashionTech en mars. J’ai été frappé de voir que cette « French Touch » est très largement partagée et qu’elle caractérise parfaitement cette patte française que les industries créatives au sens large ont en commun. C’est notre rôle également d’encourager ce mouvement de fond. C’est notre identité.
Crédits photo : BPI
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