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Yolaine de Chanaud
News | 23 avril
11 mn

Requiem pour un gros pollueur
Le sac en plastique est enfin interdit par la loi. C'est bon pour la planète et très stimulant pour les entreprises françaises.

Le sac en plastique est enfin interdit par la loi. C'est bon pour la planète et très stimulant pour les entreprises françaises. © DR
Trop longtemps j’ai connu le ravitaillement insouciant, sans cabas ni filet à provision mais les mains pleines de sacs en plastique. Un jour, j’ai appris que les mammifères marins mouraient d'avoir avalé ces sacs qu'ils prenaient pour des méduses : les sacs gonflaient dans leur estomac jusqu'à les étouffer. Pire encore : j’ai appris l’existence d’un 7e continent constitué de milliards de sacs et déchets en plastique dérivant à la surface des océans. Comble de l'horreur : j’ai vu des enfants nager au milieu de sacs à Manille et à Djakarta.
Alors, en 2003, je suis naturellement passée aux sacs réutilisables et j’ai contribué à une révolution silencieuse : le nombre de sacs de caisse distribués en France dans les grandes surfaces alimentaires est passé de 10,5 milliards à 700 millions entre 2002 et 2011. Je me suis mise à utiliser des sacs aux logos de nos régions et de nos enseignes. J’ai cédé à la mode du tote-bag, un cabas en tissu. J’ai fait mes courses dans du papier kraft comme une New-yorkaise. Mais les mauvaises habitudes ont la vie dure. J’ai quand même continué à emballer les couches de mes enfants dans des sacs en pétrole parce que c’était trop pratique. Jusqu'à ce que le gouvernement dise stop.

Les sacs en plastique non recyclables, maintenant, ça suffit

Le 1er juillet prochain, défense d’oublier mon cabas. Car « les sacs de caisse en plastique fin (d’une épaisseur inférieure à 50 microns) à usage unique seront interdits, qu’ils soient gratuits ou payants », dixit le décret publié le 1er avril. La loi se durcira et à compter du 1er janvier prochain, je ne sais pas où je mettrai mes fruits et légumes, mes fromages odorants, ma viande sanguinolente et mon poisson juteux. J’ai posé la question à mon boucher, il m’a dit qu’il avait tout prévu. Il écoule son stock de sacs en plastique interdits (en pétrole) et après c’est fini.
Mais que vont devenir les fabricants de sacs ? Inquiète, j’ai passé un coup de fil à la Fédération de la plasturgie. Ils avaient beau s’y attendre (on en parle depuis 10 ans), ils craignent que 3000 emplois ne soient menacés. Mais mon poissonnier m’a rassuré. Il me dit que nos sacs en plastique proviennent de Chine (80 % des sacs en plastique non réutilisables sont importés, principalement d’Asie) et que l’avenir c’est la France. Eh oui. À l’avenir, j’emballerai mon poisson dans des sacs en patate ou en épi de maïs « compostables en matière biosourcée » (comprendre : des sacs à base de fécule de pomme de terre, d’amidon, d’huiles végétales, de sucres ou d’algues). Ça va être plus cher pour mon poissonnier (et donc pour moi) : 3 à 4 centimes contre 0,5 pour un sac en plastique non recyclable selon la Fédération du commerce et de la distribution. Mais mon commerçant est fier et me rappelle qu’« en France on n’a pas de pétrole mais on a toujours des idées ».

Du bon, du bio, du bioplastique

Il me conseille d’en parler avec Christophe Doukhi-de Boissoudy, le président du Club Bio plastique et de Novamont France. Celui-ci prépare la révolution bioplastique depuis dix ans et m’explique que les entreprises françaises du secteur se sont adaptées en misant sur la recherche et le développement. Les exemples sont légion.

À Sainte-Sigolène en Haute-Loire, le groupe Barbier, numéro 1 du film plastique avec 550 salariés, a bien négocié le virage en se concentrant dès 2006 sur les sacs poubelle et les sacs réutilisables. Aujourd’hui, il se tourne vers le monde agricole susceptible de lui fournir de l’amidon de maïs et du fécule de pomme de terre (et réduit en passant sa dépendance aux produits dérivés du pétrole). J’applaudis des deux mains.
Autre exemple intéressant : la société auvergnate Carbios a développé un procédé très novateur de plastiques enzymes qui permettent de rendre les polymères biodégradables. Elle est formelle : c’est techniquement faisable et viable économiquement.

Quant à John Persenda, président du groupe Sphere, leader européen des emballages domestiques, il décline ses sacs en Bioplast, une matière associant amidon de pomme de terre et copolyester compostable issu de la pétrochimie. D’après lui, 100 % des plastiques biosourcés seront bientôt fabriqués en France ou en Europe de l’Ouest. Il prédit la création d’une nouvelle filière avec 3 à 4 000 nouveaux emplois à la clé.

Me voilà rassurée : le sac en plastique est mort. Vive le sac biosourcé !
Le sac en plastique est enfin interdit par la loi. C'est bon pour la planète et très stimulant pour les entreprises françaises. © DR

Le sac en plastique en chiffres

 17 milliards de sacs en plastique sont encore consommés chaque année en France, mais 8 milliards sont abandonnés dans la nature, selon le ministère de l'Environnement. Dans le détail, 5 milliards sont distribués en caisse et 12 milliards sont utilisés pour les fruits et légumes.
 80% des sacs en plastique consommés en France sont importés. Ce taux s'élève à 90 % pour les sacs « fruits et légumes » qui sont quasi intégralement importés depuis l'Asie.
 1 seconde, 20 minutes et 100 à 400 ans : les trois chiffres-clés de la durée de vie d'un sac en plastique. 1 seconde pour sa fabrication, très simple et très rapide. Son utilisation, entre le commerçant et le particulier, dure en moyenne 20 minutes. Après, le sac est en général jeté. Il met entre un et quatre siècles pour se dégrader dans la nature, rappelle l'Agence régionale de l'environnement de Haute-Normandie (Arehn).
 5 grammes : le poids actuel d'un sac en plastique. Il a perdu 75 % de son poids en 15 ans pour des performances inchangées (il peut transporter jusqu'à 10 kilos).
 14400 : le nombre des sacs en plastique qui atterrissent, chaque heure, sur les plages françaises. Sur un an, c'est plus de 126 millions de sacs qui viennent souiller les côtes. Le sac en plastique représente, à lui seul, 60 à 80 % des déchets en mer.
 100 000 : le nombre de mammifères marins qui meurent chaque année en ingérant du plastique, qu'ils confondent avec des méduses.
 1 million : le nombre d'oiseaux qui meurent chaque année. Souvent, ils confondent les petits morceaux de plastique flottant en surface avec des oeufs de poisson.
  3000 emplois créés dans la filière des sacs bioplastiques /// 3000 emplois menacés dans la plasturgie.
 2 à 5 mois : durée de vie du sac en papier /// 400 ans : durée de vie des sacs en plastique //// moins de 2 mois : durée de vie des sacs amidon
 Quelques 98,6 milliards de sacs en plastique à poignées ont été mis sur le marché de l’UE en 2010, d'après la Commission européenne. Soit 198 sacs par an pour chaque citoyen de l'Union. Ces quelques 100 milliards de sacs sont, en grande majorité, des sacs légers, qui sont moins souvent réutilisés que les sacs plus épais. La consommation varie fortement selon les États membres, entre 4 sacs par an et par habitant au Danemark et en Finlande, et 466 en Pologne, au Portugal et en Slovaquie.
 1957: apparition des premiers sacs en plastique aux États-Unis.
 Début des années 1960 : apparition des sacs en plastique à poignées.
Le sac en plastique est enfin interdit par la loi. C'est bon pour la planète et très stimulant pour les entreprises françaises. © DR

Quelques dates à retenir

1er juillet : comme le précise le Ministère de l'Environnement, seuls pourront être distribués pour emballer les marchandises dans les points de vente :
 les sacs en plastique réutilisables (vendus ou non en caisse) ;
 les sacs pour emballage de fruits et légumes en vrac ;
 les sacs constitués d'une autre matière que le plastique (papier, tissu, etc.) ;
 les sacs compostables constitués de matières biosourcées, c’est-à-dire à base de matière végétale (amidon par exemple).
Les sacs de caisse à usage unique de moins de 50 µm seront tous interdits après le 1er juillet 2016 (y compris les biosourcés compostables).

À partir du 1er janvier 2017, l’interdiction sera étendue :
 aux sacs en matières plastiques à usage unique destinés à l’emballage de marchandises au point de vente autres que les sacs de caisse, notamment les sacs pour emballage de fruits et légumes en vrac.
 aux emballages en plastique non biodégradables et non compostables en compostage domestique, pour l’envoi de la presse et de la publicité (mise sous blister).

2020 : ce sera au tour de la vaisselle jetable en plastique (gobelets, verres et assiettes jetables) d’être interdite, sauf ceux compostables en compostage domestique et constitués de matières biosourcées (art. 73).
Crédits photo : DR
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Article paru dans le numéro #108 OVERCLOCKÉ
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