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Pascal de Rauglaudre
Entretien | 28 nov.
7 mn
Ça y est, ils débarquent sur le marché du travail ! « Ils », ce sont les étudiants de la première promotion de la fameuse école 42, sans prof ni cours. Aucun diplôme n'est venu sanctionner leur cursus, mais cela ne les inquiète pas : leurs compétences sont très attendues sur le marché du travail, comme le confirme Nicolas Sadirac, directeur général de l'école.

Pluris – Qu’est-ce qui distingue le projet pédagogique de l’Ecole 42 de celui des écoles classiques ?

Nicolas Sadirac – La première chose, c’est qu’il n’y a pas de prof, pas de cours, pas de transmission de connaissances, pas d’enseignements au sens propre du terme. L’école ne veut pas inculquer des savoirs aux étudiants mais développer leurs capacités créatives et collaboratives.
Nicolas Sadirac, directeur général de l'École 42 © William Beaucardet

Nicolas Sadirac, directeur général de l'École 42

Mais les étudiants ont besoin d’un background théorique, non ?

Le système éducatif français, et plus largement occidental, laisse les étudiants penser que la réalité tourne avec les règles de la théorie. Mais ce n’est pas du tout ce qui se passe dans la vie réelle. Si vous voulez fabriquer des gens créatifs et innovants, il ne faut pas les enfermer dans des schémas préétablis, ni leur apprendre des choses statiques, sinon ils se sclérosent.

À l’École 42, les étudiants sont plongés directement dans le processus de créativité et se construisent leur propre théorie dans le débat avec les autres étudiants.

Qui a inspiré ce modèle pédagogique ?

Personne ! Nous l’expérimentons depuis une vingtaine d’années à l’EPITECH, une école que j’ai dirigée. Nous avons eu la chance de participer à des projets industriels compliqués, ce qui nous a obligé à contourner l’enseignement théorique parce qu’il ne répondait plus aux problématiques des industriels, particulièrement dans la phase de départ. Et puis à l’ère de l’Internet, la valeur ajoutée est davantage dans la capacité à inventer qu’à répliquer de l’ancien. Nous nous sommes donc calés sur ce système.

Quels sont les profils des étudiants de l’École 42 ?

D’après nos chiffres, 40 % d’entre eux n’ont pas le bac. Dans les 60 % restants, on trouve de tout : des gens qui ont une licence, un bac+5, un doctorat, en médecine, en histoire, en philosophie… Il n’y pas de filière qui se distingue, pas de profils majoritairement scientifiques. C’est une richesse propre à l’École 42. Du coup, les projets réalisés par les étudiants sont très variés. L’une des valeurs essentielles de l’école, c’est la capacité à travailler en équipe avec des gens très différents, bien plus que le côté technique.

Comment l’école appréhende-t-elle les nouveaux environnements fonctionnels, comme ceux des chatbots, de l’intelligence artificielle, des vidéos à 360°, bref tout ce qui fait l’actualité des technologies ?

Les technologies sont nouvelles, mais les environnements ne le sont pas et le mode de fonctionnement de l’innovation reste le même. Il n’y a donc pas de problème particulier, et les étudiants montent des projets comme avant. Un des défis des écoles d’informatique, c’est de coller à l’avenir : elles cherchent à enseigner aux étudiants ce qui peut leur être utile, mais ce n’est pas la bonne façon de faire. Comment prévoir ce dont un étudiant aura besoin dans cinq ans, par exemple ? Le bon process, c’est plutôt de rendre les étudiants autonomes vis-à-vis de la connaissance, qu’ils soient capables de mobiliser les bonnes ressources et de collaborer pour inventer des solutions ensemble.

Comment les entreprises accueillent les étudiants qui sortent de l’école 42 ?

Tous les patrons que je rencontre, qu’ils dirigent des grosses boîtes, des pme ou des startups, ont un souci : comment innover. Ils savent très bien que la valeur n’est plus dans la fabrication, mais dans l’invention de nouveaux usages et de nouveaux produits. Ils se montrent donc très curieux et plutôt bienveillants sur la capacité de l’école 42 à produire des gens capables de les aider dans la transformation numérique de leurs entreprises.

Quel est le coût moyen d’un étudiant ?

Il tourne autour de 2000-2500 euros par étudiant et par an, c’est-à-dire beaucoup moins que dans une université. Ce n’est pas une simple question d’économie, mais de structure d’organisation : les étudiants sont dans une logique purement collaborative et se gèrent eux-mêmes. Il n’y a aucun encadrement pédagogique, et l’encadrement est réduit aux tâches administratives de gestion des locaux.

Si l’École 42 ne délivre pas de diplôme, comment les étudiants savent-ils quand ils ont terminé leur cursus ?

C’est un vrai sujet ! Chez nous, ça n’a pas vraiment de sens. Un étudiant a fini l’école quand il a trouvé un emploi qui le paie. Il y a 21 niveaux de formation, et on considère que l’étudiant n’a plus rien à apprendre au-delà. Mais il peut être autonome dès les niveaux 15 ou 16. Et même s’il a atteint le niveau 21, il peut revenir à l’école. Notre objectif n’est pas de délivrer un titre à des étudiants qui ont atteint un niveau, mais de les amener à être autonomes, responsables et employables. C’est un process à vie !
Crédits photo : William Beaucardet, DR
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Article paru dans le numéro #129 MATIÈRE GRISE
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