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Emmanuel Brousse
Focus | 30 avril
Démarche, intonation, discours axé autour de la « révolution de demain »... Elon Musk a beau détester Steve Jobs et ne pas avoir ses lunettes rondes, son col roulé et sa barbe de trois jours, pour tout le reste, les similitudes sont frappantes quand le Pdg de Tesla présente sa vision de l'avenir.
Comme l'ancien patron d'Apple, Elon Musk n'est pas homme à se contenter du business. Son but véritable est de changer le monde par la technologie. Avec SpaceX, il entend transformer en profondeur les règles de la course à l'espace. Et avec Tesla il espère faire basculer le monde dans l'ère de la voiture électrique.
Il est encore trop tôt pour dire si Elon Musk réussira son pari. Le premier modèle de Tesla a connu un succès retentissant mais l'entreprise n'est pas rentable et les livraisons sont sans cesse retardées. Les spécialistes du marché de l'automobile estiment que le sort de Tesla sera probablement déterminé par la réussite de sa « Model 3 », première voiture grand public du constructeur.
Mais que l'entreprise d'Elon Musk parvienne en quelques années à passer de la poussière du Nevada à un leader mondial ou qu'au contraire elle disparaisse aussi vite qu'elle est apparue, une chose est certaine : le virage de la voiture électrique est amorcé. Dans le sillage de Tesla, tous les grands constructeurs ont accéléré dans cette direction et annoncent des modèles électriques pour les années à venir.
Ce grand tournant vers l'électrique bouleversera le paysage urbain et industriel du monde, mais aussi la géopolitique. Stations services et citernes d'essence seront remplacées par des prises électriques capables de recharger les batteries d’un véhicule en quelques minutes, comme celles que Tesla a déjà commencé à poser. Aux Etats-Unis, en Asie et en Europe, on compterait déjà 617 stations munies de 3652 « superchargeurs ».

Une longue série de « gigafactories »

Avant de recharger à la chaîne des millions de batteries, il faut les produire. La technologie des batteries lithium-ion n'est pas une nouveauté : des téléphones aux caméscopes, celles-ci équipent déjà beaucoup d’appareils du quotidien.
Mais la taille et la puissance des batteries automobiles nécessitent d’immenses sites de construction. Coup de pub autant que parie économique, la fameuse « Gigafactory » que Tesla compte ouvrir en 2017 dans le Nevada (et dans laquelle Panasonic a déjà investi plus d'une dizaine de millions de dollars) ne sera que la première d'une longue série. Pour renouveler le parc automobile mondial et régner sur le marché des batteries, il faudra produire très vite et le moins cher possible. Si Tesla peut se permettre d’implanter sa première usine aux Etats-Unis, pour les autres, la bataille des coûts va faire rage entre l'Afrique, l'Inde et la Chine pour savoir quel pays ou continent aura le privilège d'héberger les immenses complexes d'où déferleront les batteries qui inonderont la planète.
Voitures électriques : Un nouvel ordre mondial tout électrique © Caroline Bittner

Le Qatar du lithium

L'autre grande mutation affectera les matières premières. La démocratisation massive des véhicules électriques ne signera pas à elle seule l'arrêt de mort de l'industrie pétrolière mais elle lui portera un coup fatal. Les géants du pétrole devront se reconvertir, se diversifier, ou disparaître dans une crise qui paraît inéluctable.
Par ailleurs, l'explosion de la demande en batteries provoquera une ruée vers le lithium. Ce métal rare est concentré dans quelques régions du globe, notamment le triangle de lacs salés entre la Bolivie, le Chili et l'Argentine. Le Salar d'Uyuni en Bolivie représente à lui seul près de 30 % des réserves mondiales identifiées et le groupe Bolloré a déjà des vues sur ce trésor que l'État bolivien entend bien utiliser pour soutenir les finances du pays pendant de longues années. D'autres industriels multiplient les sondages pour accéder à de nouvelles réserves. Pas un mois ne s’écoule sans que la découverte d'un gisement ne soit annoncée. Les projets d’extraction fleurissent au Canada, en Chine, en Russie, dans le Nevada.
Dans un futur proche le Salar d'Uyuni deviendra un des épicentres de l'industrie minière mondiale. Mais la Bolivie « Qatar du Lithium », rêvée par ses responsables politiques, ce n'est pas encore pour tout de suite. En attendant, ils peuvent toujours contempler les cactus qui se détachent sur la blancheur de l’immense lac salé.
Crédits photo : Pluris, DR, Caroline Bittner
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Article paru dans le numéro #109 ÉLECTROPOLIS
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Tesla et le grand virage vers le tout-électrique à un ami.
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