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Emmanuel Brousse
À savoir | 22 avril
6 mn

Le Kennedy du Canada est-il une coquille vide ?
Feuille d'érable et sourire Colgate : l'insolente réussite de Justin Trudeau, l'homme politique 2.0 le plus cool du moment.

Justin Trudeau  © DR
Chercher « Justin Trudeau » sur Google Images donne un peu le même résultat que « Vladimir Poutine » : une myriade de portraits de l'intéressé en train de s'adonner à toutes sortes d'activités, Justin avec des pandas, Justin fait de la muscu, Justin fait du yoga... Et le tout bien sûr avec classe et décontraction.
Comme Obama, Kennedy ou, à une moindre échelle, Emmanuel Macron, Justin Trudeau fait partie de ces politiques qui sont aussi à l'aise devant les flashs des photographes qu'en conseil des ministres. Pas une semaine sans qu'il n'apparaisse dans une vidéo Youtube où il épate le public en faisant un exposé d'informatique quantique, qu'il ne soit cité parmi les hommes les plus stylés par GQ, ou qu'il ne s'illustre en allant accueillir lui-même des migrants syriens.
En dehors du Canada, la « Trudeaumania » bat son plein et tout le monde envie ce Premier ministre à la fois sportif, geek, drôle et moderne. Parce que c'est indéniable, Justin Trudeau est « cool ». Il a été moniteur de rafting, il poste des images drôles sur les réseaux sociaux, il n'hésite pas à porter le kilt ou le turban sikh pour les cérémonies, il reconnaît avoir fumé de la marijuana... Tout l'opposé de l'image renvoyée par les hommes politiques « traditionnels » qui sont l'objet d'une défiance croissante.
Mais au delà de cette image de quadra sympathique et bien sous tous rapports, qu'est-ce que Justin Trudeau a dans le coffre ? Est-il un véritable animal politique doté d'un bagage solide ou n'est-il qu'un jeune homme sympa profitant d'un nom illustre et des réseaux familiaux ?
Ce qui est certain, c'est que même en s'appelant Trudeau, la voie vers les plus hautes sphères politiques n'était pas toute tracée. Après avoir grandi au plus près du pouvoir quand son père était Premier ministre, le « fils de » a d'abord pensé à faire carrière ailleurs. Il voyage, exerce des petits boulots, devient professeur puis finalement s'implique dans le programme de bénévolat pour les jeunes Katimavik dont il devient président.
Ce n'est qu'à la mort de son père que Justin Trudeau entre réellement dans le jeu politique. La photo où on le voit pleurer sur le cercueil de l'ancien Premier ministre émeut tout le pays et la possibilité de voir un jour une « dynastie Trudeau » commence à germer dans l'esprit des Canadiens. Justin Trudeau s'est ensuite hissé à la tête du Parti libéral, une des formations politiques historiques du Canada, mais qui était alors en perte de vitesse.
Sa remise à flots du Parti libéral en quelques mois force les observateurs à reconnaître que Justin Trudeau est plus qu'une belle gueule avec le bon nom de famille. Deux ans après son accession à la chefferie du parti, il accède au poste de Premier ministre alors même que quatre ans plus tôt, les libéraux signaient le plus mauvais score de leur histoire.
Cette résurrection est due à l'impopularité de Stephen Harper, le précédent Premier ministre, mais aussi et surtout à la personnalité atypique de Trudeau dans le paysage politique canadien. Porté par son nom, il peut se permettre de cultiver une image jeune et moderne sans voir sa légitimité attaquée. Prônant l'ouverture aux migrants, la légalisation du cannabis, l'aménagement de l'aide à mourir et défendant des positions proches des écologistes sur des projets comme l'oléoduc Keystone XL, qui doit relier les sables bitumineux de l'Alberta au Texas, Justin Trudeau a repris l'expression de l'ancien Premier ministre Wilfrid Laurier en invitant les Canadiens à suivre des « voies ensoleillées ». Son vocabulaire politique pioche dans le lexique de l'espoir et de la bienveillance, plutôt que dans celui de la réussite et de l'économie.
L'opposition conservatrice a beau présenter le nouveau Premier ministre comme un « bisounours » camouflant son incompétence sous un sourire aux dents blanches, l'opinion publique accepte – pour l'instant – de jouer le jeu. Lassés par des années de conservatisme libéral et d'atlantisme sous les mandats Harper, les Canadiens s'accrochent volontiers au wagon Trudeau et au vent de fraîcheur et de changement qu'il promet.
L'héritier réussit pour le moment à gouverner le pays en conservant une très forte cote de popularité, un exploit dans les démocraties occidentales ces temps-ci. Il est encore trop tôt pour savoir si Trudeau est un « bon » politique et si toutes ses promesses dépasseront le stade du flyer de campagne, mais le « fils de » est d'ores et déjà un grand rassembleur.
Crédits photo : DR
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Article paru dans le numéro #108 OVERCLOCKÉ
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