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Emmanuel Brousse
Focus | 1er mai

Les États sont morts, vive les « méga-villes »
D'immenses conurbations émergent sur tous les continents. Elles pourraient bien devenir les acteurs politiques de demain.

Les méga-villes, aires urbaines gigantesques, seront les nouveaux états  © DR
Venise, Lübeck ou Malacca... Aujourd'hui ces noms de villes sont associés à l'Italie, à l’Allemagne ou à la Malaisie. Mais pendant des siècles, ils désignaient des entités indépendantes, des plaques tournantes qui luttaient farouchement pour leur indépendance. Des cités mésopotamiennes à Raguse en passant par Carthage ou Tyr, les villes de foires du Moyen-Age ou les fabuleuses cités orientales de Marco Polo, les villes ont longtemps été l'échelle de référence des jeux politiques et économiques. Ce n'est qu'avec l’avènement des États modernes que les « cités » ont décliné avant d’être absorbées par des entités plus grandes.
Le 21e siècle marquera-t-il leur retour au premier rang des acteurs du monde ? C'est bien possible. Les rivalités aujourd’hui ne portent plus sur des questions militaires ou de frontières, elles s’expriment sous la forme de compétitions économiques et technologiques pour asseoir et étendre une domination.
Et à ce jeu-là, les entités les mieux armées pourraient bien être les villes. Non pas de puissantes cités « à l'ancienne » comme celles qui constellaient l'Europe et l'Asie il y a quelques siècles, mais des « méga-villes », des aires urbaines ininterrompues rassemblant des dizaines de millions d'habitants et regroupant énormément de richesses et de services. La « vraie » carte du monde ne montrerait alors plus 200 États, dont une grande majorité sont trop petits ou trop hétéroclites pour jouer un vrai rôle, mais plutôt une vingtaine d'immenses mégalopoles reflétant la réalité des endroits où se concentrent les décisions, la richesse et la population.
Ce monde vivant au rythme des mégalopoles est une réalité que les chercheurs ont anticipé depuis longtemps. De L’archipel mégalopolitain mondial, décrit par Olivier Dolfus en 1996, à Connectography, de Parag Khanna, sorti ce mois-ci et salué par la critique, géographes et analystes ont prédit cette nouvelle étape de la mondialisaion.

De BosWash à SanSan

Si des zones urbaines comme « BosWash » (mégalopole est-américaine allant de Boston à Washington) ou la mégalopole japonaise sont considérées des « mega-villes » depuis plusieurs dizaines d'années, d'autres sont encore émergentes, notamment en Chine.
En plus de voir leur population grandir et leurs infrastructures se développer, ces nouvelles mégalopoles se détachent progressivement de la tutelle des États. Dalian (7 millions d'habitants), en Chine, s'inspire de Hong Kong ou Macao pour s'ouvrir sur l'étranger et se rapprocher de la Corée voisine. Si les grandes villes occidentales, souvent des capitales, sont historiquement proches des Etats auxquelles elles appartiennent, de nombreuses mégalopoles des pays émergents connaissent un vrai boom quand le reste du pays peine à sortir de la pauvreté. Lagos, Karachi, Bangalore, Le Caire... Pour toutes ces villes, la dépendance à un État pauvre et le rattachement à des territoires accusant des années de retard en matière de développement constituent un frein à leur expansion.

Des « méga-villes »… qui n’existent pas

Les « méga-villes » ont pourtant cela d'étrange qu'elles n'ont pas d’existence institutionnelle réelle. Elles n'ont pas de maire, puisqu'elles sont composées de plusieurs très grandes villes parfois situées dans des pays différents, pas de parlement, pas de projets collectifs... Leur réalité ne découle pas d'une existence politique mais d'une multitude de connexions économiques, de réseaux de transports, etc.
Concrètement, cela signifie que Paris, Bruxelles, Londres n'ont aucune gouvernance commune. Mais qu'en revanche, la multiplication des échanges, la création de moyens de transport comme Eurostar ou Thalys et l'existence d'une liberté de déplacement entre ces trois villes participent à l'apparition d'une immense « méga-ville » d'Europe de l'Ouest. Idem pour le tissu urbain « SanSan » allant de San José à San Francisco en passant par Los Angeles : toutes ces villes sont liées et reliées par un vaste réseau autoroutier (et bientôt par des lignes de trains à grande vitesse), partagent une culture californienne commune et ont la Silicon Valley comme moteur technologique.
À terme, ces pôles urbains dont le poids économique et démographique est déjà gigantesque pourraient bien s'émanciper de la lourdeur de leurs États de tutelle. Les agglomérations de Mexico et de Chongqing, en Chine, pèsent chacune plus lourd que l'Australie en termes de population et le complexe métropolitain Austin-Dallas-Fort Worth au sud des Etats-Unis brasse à lui seul plus de richesses que l'Afrique du Sud.

40 « méga-villes » en 2025

La carte ci-dessous, extraite du livre Connectography (Parag Khanna, 2016), montre la distribution de la population mondiale, avec en jaune les zones les plus denses, qui dessinent les « méga-villes » à venir, celles qui concentrent un gros pourcentage des richesses nationales et fonctionnent comme des hubs.
En 2025, le monde comptera au moins 40 « méga-villes », parmi lesquelles les mégalopoles Tokyo-Nagoya-Osaka au Japon, le delta de la rivière des Perles en Chine, le Grand São Paulo au Brésil, ou encore Mumbai-Pune en Inde. En Chine, une vingtaine de « méga-villes » sont en train d’émerger, dont certaines compteront plus de 100 millions d’habitants.
Les méga-villes, aires urbaines gigantesques, seront les nouveaux états  © Parag Khanna
Les 40 méga-villes de 2025. Extrait de Connectography (Parag Khanna, 2016)
Crédits photo : Parag Khanna, DR
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Article paru dans le numéro #109 ÉLECTROPOLIS
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