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Théo Siffrein-Blanc
Focus | 1er mai
7 mn

Générosité avec retour sur investissement
Ils n’ont pas 40 ans, ils ont bâti des fortunes colossales dans la high tech, et ils veulent révolutionner la philanthropie.

Mark Zuckerberg / Sean Parker / Nicholas Woodman Ils n’ont pas 40 ans, ils ont bâti des fortunes colossales dans la high tech, et ils veulent aussi révolutionner la philanthropie. © DR
Le 12 avril dernier, Sean Parker, un des entrepreneurs stars de la Silicon Valley, 36 ans, a fait un don de 250 millions de dollars pour la lutte contre le cancer, la plus grosse donation jamais réalisée dans le domaine de l’immunothérapie. À la tête d’une fortune évaluée à 2,5 milliards de dollars, le créateur de Napster et premier président de Facebook, contribue depuis 2005 à la lutte contre cette maladie et avait déjà créé l’année dernière une fondation dotée de 600 millions de dollars.

L’Internet, nouveau creuset de la philanthropie

Celui qui se présente comme un « hacker philanthrope » fait ainsi écho à Mark Zuckerberg, le fondateur de Facebook, qui annonçait en décembre dernier son intention de léguer progressivement 99 % de ses actions à des œuvres caritatives, à travers la fondation Chan Zuckerberg. La fortune du couple, estimée à 45 milliards de dollars, sera destinée à l’enfance et à l’éducation.
Une nouvelle génération de philanthropes a émergé. Selon le magazine spécialisé Chronicle of Philantropy, en 2015, douze des cinquante plus grands donateurs provenaient des nouvelles technologies. On trouve parmi eux Jan Koum, qui a cédé Whatsapp à Facebook pour 16 milliards d’euros, Nicholas Woodman, qui a introduit GoPro en Bourse, ou encore Jack Dorsey, le patron de Twitter. À eux trois, ils ont fait don de plus de 600 millions de dollars ces deux dernières années.
En 2014, 25 % environ des donations étaient issues d’entrepreneurs de moins de 50 ans dans les nouvelles technologies, contre 19 % en 2013 et 4 % en 2012.
The Philanthropy Fifty © BCG Analysis

Atavisme historique et défiscalisation

Cet élan de générosité des nouveaux philanthropes est-il vraiment spontané ? Il est permis d’en douter. D’une part, il s’inscrit dans une tradition profondément ancrée aux Etats-Unis. Dès le 19e siècle, des milliardaires comme Rockefeller, Vanderbilt ou Carnegie, soucieux de laisser une trace de leurs actions sur Terre, ont créé des fondations. Plus récemment, en 2010, Bill Gates, le fondateur de Microsoft qui a légué 1,4 milliards de dollars via sa fondation, et le financier Warren Buffet ont signé le « Giving Pledge » pour encourager les milliardaires du monde entier à céder leur fortune à des œuvres caritatives.
Compte tenu de la fulgurance de leur fortune, dans une société américaine où réussite et altruisme forment les deux faces d’une même médaille, ces nouveaux philanthropes auraient beaucoup de mal à justifier leur absence de bienfaisance. L’industriel Andrew Carnegie comptait parmi ses devises : « L’homme qui meurt riche meurt disgracié. » D’autant qu’à l’instar des GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon), surreprésentés parmi les actions philanthropiques, ces philanthropes 2.0 sont soucieux de soigner leur image et ambitionnent de changer le monde. Ainsi Google vise-t-il l’immortalité, et Amazon la Lune, avec son programme spatial.
Cette générosité, loin d’être naïve, est également lourde d’arrière-pensées fiscales. La fiscalité est particulièrement avantageuse aux Etats-Unis puisqu’elle permet d’éviter les taxes sur plus-value de cessions et offre une déduction d’impôts d’environ un tiers du montant cédé.

Une approche venture-capitalist

Si la philanthropie américaine est le fruit d’une longue tradition, les nouveaux philanthropes n’en ont pas moins une approche radicalement différente de celle de leurs prédécesseurs. « Ils transposent leur savoir-faire du monde de l’entreprise vers l’action philanthropique », explique Antoine Vaccaro, président du Cerphi, le Centre d’étude et de recherche sur la philanthropie. « Ils donnent avec obligations de résultat : ‘Je donne 100 millions, et dans trois ans, je veux ça.’ Pour ces nouveaux philanthropes, tout commence par un appel à projets, étudié par les experts, des priorités sont posées, un calendrier, des impératifs, des exigences de résultats et des outils de reporting. »
Comme l’explique une étude du Boston Consulting Group, la stratégie de ces nouveaux philanthropes repose sur sept principes : viser des points de rupture (ne pas soigner le paludisme mais l’éradiquer) ; utiliser leur savoir-faire technologique pour innover ; s'appuyer sur les données (notamment pour évaluer les résultats et promouvoir la transparence) ; prototyper et expérimenter les nouveaux projets, à la manière d’une startup ; s'inspirer de l'« open source » pour progresser rapidement et partager les meilleures pratiques ; recruter les meilleurs talents et s'impliquer personnellement ; et enfin, attendre sans complexe un retour sur investissement. D’où le nom de venture philantropy donné par les auteurs de l’étude.
Crédits photo : DR, BCG Analysis
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Article paru dans le numéro #109 ÉLECTROPOLIS
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