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Béatrice Lezaun
Portrait | 16 sept.
10 mn

Quelle place pour l'art dans la société civile ?
Rencontre inspirante avec Jérôme Poggi, galeriste, critique et historien de l’art.

Mathieu Lehanneur, Demain est un autre jour, 2012 © Felipe Ribon
Mathieu Lehanneur, Demain est un autre jour, 2012

« On a tous un rôle culturel dans la société »

C’est au 2 rue Beaubourg, face à l’iconique Centre Pompidou qu’affectionne particulièrement Jérôme Poggi, que se trouve sa galerie. Un tête-à-tête géographique qui fait écho au parcours de ce galeriste atypique, dont la carrière commence dans le milieu institutionnel de l’art, comme attaché culturel au consulat général de France à Atlanta mais aussi comme directeur adjoint du domaine de Kerguéhennec.
Son parcours dans l’art est marqué par deux prises de conscience : le souhait profond de créer une relation forte au public à travers un rapport plus direct, mais aussi la conviction « qu’on a tous un rôle culturel dans la société ».
En 2004, Jérôme Poggi délaisse le secteur public pour se consacrer à une thèse de doctorat sur le marché de l’art sous le Second Empire. Il fonde dans le même temps l’association SOCIETIES qui s’inspire de ses réflexions sur la notion de commerce, dans le sens aussi bien économique que symbolique du terme comme on parle de commerce d’idées ou de sentiments. Ce projet de société s’accompagne en 2009 de la création d’une galerie installée à côté de la Gare du Nord, pensée comme un pont entre la société et l’art dont la ligne directrice pourrait se résumer à montrer des œuvres « que les yeux comprennent avant la tête ».
Cinq années plus tard, la galerie déménage à Beaubourg et représente une quinzaine d’artistes qui proposent un rapport au réel puissant, à travers des œuvres qui incarnent la contemporanéité sans toutefois renier une certaine sensualité inhérente à l’œuvre plastique. « Une œuvre d’art ne peut se limiter à être un commentaire sur quelque chose », résume ainsi Jérôme Poggi. C’est son intelligence propre qui doit fonctionner avant tout.
Galerie jérôme Poggi à Paris © Pierre Constance Fabre
Galerie jérôme Poggi à Paris
Jérôme Poggi, fondateur de la galerie Jérôme Poggi © DR

Jérôme Poggi, fondateur de la galerie Jérôme Poggi

Un nouveau modèle politique de l’art

La galerie de Jérôme Poggi repose sur un parti pris très fort : « L’art doit être militant et transformer le monde ». Parallèlement, SOCIETIES incarne pour le galeriste cette volonté de penser l’art et son marché comme un nouvel écosystème fondé sur la transaction relationnelle et pas uniquement sur l’échange économique. La définition de l’actionnaire, au sens de celui qui participe à l’action, interpelle particulièrement le galeriste pour qui chaque citoyen peut être « acteur d’une économie politique de l’art ». C’est l’ambition de SOCIETIES.

L’association met notamment en œuvre le projet des Nouveaux Commanditaires initié par la Fondation de France et François Hers, pour répondre à la question suivante : « Comment, dans une société démocratique, répondre à un besoin d’art que chacun peut éprouver ? »

L’association permet ainsi à un groupe de personnes quel qu’il soit de passer commande d’une œuvre d’art contemporain auprès d’un artiste pour répondre à un besoin d’intérêt général. En donnant à chacun la possibilité de devenir commanditaire et, partant, acteur du marché de l’art, SOCIETIES démocratise ainsi cette démarche tout en l’inscrivant pleinement dans l’histoire sociale de l’art. Chaque projet se fait grâce à un médiateur qui apporte son soutien méthodologique en nouant le dialogue entre les citoyens commanditaires et l’artiste tout en mettant en place un système de financement supporté par des partenaires mécènes publics ou privés.

C’est un rôle qu’assume Jérôme Poggi, agréé par la Fondation de France dans le cadre de SOCIETIES. Depuis 2004, il a ainsi assuré la médiation d’une quinzaine de projets nés du souhait d’hommes et de femmes de porter un message fort dans la sphère publique par le biais d’une œuvre d’art.

Un plaidoyer en faveur de l’art

Les nécessités qui président à la naissance de chaque œuvre reflètent la variété de la vie elle-même, mais aussi les profils socioculturels des nouveaux commanditaires. Une équipe médicale, les dirigeants d’un club de football, des astrophysiciens mais aussi le Collectif des morts de la rue sont autant de groupes de citoyens désireux d’associer un artiste contemporain à des préoccupations de la société en leur passant commande. Pour Jérôme Poggi, ces projets inventent une nouvelle forme de démocratie non plus participative mais de l’initiative, dans laquelle le politique joue un rôle de médiateur.
Conjointement à ce programme, SOCIETIES fait le pari de toucher les établissements d’enseignement supérieur pour éveiller les populations étudiantes à l’importance de l’art et stimuler leur future participation active à l’économie artistique. Il s’agit pour Jérôme Poggi d’orchestrer un véritable « plaidoyer » en faveur de l’art. À travers des programmes de commandes sur les campus, SOCIETIES répond par ailleurs au déficit d’image des établissements publics en permettant aux étudiants et aux usagers des campus de participer à la réinvention des formes symboliques contemporaines à l’œuvre dans l’Université du 21e siècle.
L’université Paris-Diderot, l’École Centrale de Paris, l’École Nationale des Ponts et Chaussées ont toutes répondu à l’appel avec enthousiasme. À une toute autre échelle, Jérôme Poggi prêche la bonne parole auprès de l’Assemblée Nationale et donne des conférences à l‘étranger, un travail médiatique de longue haleine pour défendre la place de l’art dans la société, une nécessité plus que jamais d’actualité dans un espace public rendu exsangue par les trop nombreux conflits de société qui l’animent.
En 2012, l’équipe médicale de l’Unité des soins palliatifs de l’hôpital des Diaconesses Croix Saint-Simon à Paris souhaite que l’annexe récemment rénovée de leur unité rende compte de la dimension fortement symbolique du lieu dédié à la fin de vie par une œuvre. Après médiation, le designer Mathieu Lehanneur imagine Demain est un autre jour, un objet représentant l’état du ciel dans les 24 heures à venir pour aborder par le biais de la météorologie la question du temps qu’il reste à vivre.
Guillaume Bresson, Sans titre, 2016 © Bertrand Huet
Guillaume Bresson, Sans titre, 2016
Les dirigeants du club de football Red Star commandent à Guillaume Bresson un polyptyque pour incarner les valeurs éducatives, sportives, morales et sociales de ce club historique situé à Saint Ouen depuis sa création en 1897. La livraison officielle a lieu en mai 2016 lors d’une cérémonie empreinte d’émotion, inscrivant cette commande dans la plus pure tradition de l’histoire de l’art.
Attila Csörg, Squaring the Circle, 2012 © Nicolas-Brasseur

Attila Csörg, Squaring the Circle, 2012

Squaring the Circle voit le jour à la suite d’une demande formulée par les astrophysiciens du laboratoire Astroparticule et Cosmologie de l’Université Paris Diderot à l’occasion du centenaire de la première mesure des rayons cosmiques par Victor Franz Hess. Représentation poétique du cosmos, l’œuvre réalisée par l’artiste Attila Csörgo rend compte des multiples dimensions du domaine d’étude de ces chercheurs tout en proposant par le jeu de miroir une résolution formelle du fameux problème mathématique de la « quadrature du cercle ». De sa création à son installation définitive dans le laboratoire de l’université, le dispositif aura été l’objet de nombreuses rencontres fructueuses avec le public, notamment à travers une exposition à la documenta de Kassel et au Palais de Tokyo.

Crédits photo : Pierre Constance Fabre, Nicolas-Brasseur, Felipe Ribon, DR, Bertrand Huet
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2 Rue Beaubourg
75004 Paris - France

+33 9 84 38 87 74
Article paru dans le numéro #123 PARCOURS
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