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Élodie Fondacci
Recommandation | 2 sept.
6 mn

Faut-il lire les livres qui vont faire parler d’eux ?
Leila Slimani, Amélie Nothomb ou Laurent Gaudé ? Retour sur les chefs-d'œuvre littéraires de l'automne.

Chapeau Haut de Forme Rétro Victorien Floqué © DR
Chanson douce, de Leïla Slimani, Gallimard, 2016, 240 p., 18 €. © DR

Chanson douce, de Leïla Slimani, Gallimard, 2016, 240 p., 18 €.

 Chanson douce, de Leïla Simani

 Pourquoi on va en parler
2e roman de Leïla Slimani (très remarquée pour le 1er : Dans le jardin de l’ogre), Chanson douce risque fort d’être un des livres de la rentrée. Un thème ultra violent (une nounou qui assassine les enfants dont elle a la garde), mais un talent indéniable. Gageons qu’on pourrait le voir d’ici peu dans plusieurs listes de prix.

 L’histoire ?
Un couple bobo parisien recrute la nounou parfaite. Totalement dévouée, totalement disponible. Pourtant rapidement une relation de dépendance malsaine s’installe. Comment cette femme d’apparence si douce va-t-elle en arriver à commettre ce crime odieux ? De rancœurs en humiliations, Leïla Slimani décrypte très finement le rapport contemporain à la « domesticité » : relation d’affection qui peine à dissimuler des liens de domination et d’argent.

 Faut-il le lire ou pas ?
Pas si vous avez des enfants en bas âge, et que vous embauchez vous-même une nounou… Il y a de quoi perdre le sommeil. Sinon, oui. Absolument.

Chanson douce, de Leïla Slimani, Gallimard, 2016, 240 p., 18 €.

Riquet à la houppe, d'Amélie Nothomb, Albin Michel, 2016, 198 p., 16,90 €. © DR

Riquet à la houppe, d'Amélie Nothomb, Albin Michel, 2016, 198 p., 16,90 €.

 Riquet à la houppe, d’Amélie Nothomb

 Pourquoi on va en parler
Si le vol de l’hirondelle annonce l’arrivée du printemps, la sortie du roman de Nothomb signifie l’heure de la rentrée littéraire. Impossible d’y échapper.

Ca fait 25 ans qu’Amélie Nothomb publie avec l’exactitude d’un métronome un livre qui à peine sorti fin août, se classe directement dans le Top 20 des meilleurs ventes. Alors oui, la médiatique dame au chapeau noir sera sur tous les plateaux (sans son chapeau d’ailleurs).

 L’histoire ?
Déodat est laid à faire peur mais a de l’esprit. Trémière est belle à couper le souffle mais a l’air un peu sotte. Comme son titre l’indique, Amélie Nothomb livre sa réinterprétation du fameux conte de Perrault.

 Faut-il le lire ou pas ?
De toute façon les dés sont jetés. Soit vous êtes de la horde d’inconditionnels qui adule l’écrivain, et vous l’avez déjà dévoré, soit vous considérez avec un peu de condescendance que depuis Métaphysique des tubes, mieux vaut s’abstenir. Pourtant avec Nothomb il n’y a pas de vraiment mauvais cru. Et ce conte moderne a pour lui un optimisme joyeux qui en cette rentrée littéraire assez sombre peut avoir son charme.

Riquet à la houppe, d'Amélie Nothomb, Albin Michel, 2016, 198 p., 16,90 €.

Écoutez nos défaites, de Laurent Gaudé, Actes Sud, 12016, 256 p., 20 €. © DR

Écoutez nos défaites, de Laurent Gaudé, Actes Sud, 12016, 256 p., 20 €.

 Écoutez nos défaites, de Laurent Gaudé

 Pourquoi on va en parler
Goncourt 2004 pour Le Soleil des Scorta, Goncourt des Lycéens 2002 pour La mort du Roi Tsongor… N’en jetez plus ! Quand Laurent Gaudé publie un nouveau roman, tous les journalistes vont voir de quoi il retourne…

 L’histoire ?
Un agent des services secrets français, désabusé et las, croise la route d’une archéologue irakienne qui tente de sauver les œuvres d’art des villes bombardées de la folie de Daesh. Ils vont s’aimer le temps d’une nuit de douceur et de silence.

Au récit de la guerre d’aujourd’hui, Laurent Gaudé entremêle des récits de guerres d’hier : la marche d’Hannibal sur Rome, les convulsions de la guerre de Sécession, le carnage de la Deuxième guerre italo-éthiopienne.
Autres temps, autres défaites. Le message est limpide et triste : toute conquête est vaine. Le temps balaye tout. Face aux tragédies du monde, ne reste que la beauté.

 Faut-il le lire ou pas ?
Beaucoup de livres de cette rentrée évoquent avec plus ou moins de bonheur l’ombre du terrorisme islamiste. Gaudé – en choisissant le biais du mythe et de l’Histoire pour comprendre le présent - est un de ceux qui réussit le mieux. Roman très érudit, lyrique, d’une poésie mélancolique, Ecoutez nos défaites se découvre come un site archéologique. Par strates. Une lecture exigeante mais puissante.

Écoutez nos défaites, de Laurent Gaudé, Actes Sud, 12016, 256 p., 20 €.

Le grand jeu, Céline Minard, Rivages, 2016, 192 p., 18 €. © DR

Le grand jeu, Céline Minard, Rivages, 2016, 192 p., 18 €.

 Le grand jeu, de Céline Minard

 Pourquoi on va en parler
Elle nous avait sidérés avec son roman d’anticipation Le Dernier Monde – histoire du dernier humain - et son  western inouï Faillir être flingué (Prix du livre Inter 2014). Céline Minard est sans conteste une des voix les plus singulières de la littérature d’aujourd’hui.

 L’histoire ?
Décidée à se confronter à l’expérience vertigineuse de la solitude, une femme se fait construire une sorte de capsule fixée à la paroi d’une montagne. Chaque jour dans son refuge, l’exilée volontaire consignera ses impressions sur des carnets.

Discipline de fer, lutte contre les éléments hostiles… Pourra-t-elle grâce à cet exercice spirituel grandeur nature apprendre à vivre, comme elle l’espère ? 

 Faut-il le lire ou pas ?
Impossible de nier que certaines des questions posées par Céline Minard restent à l’esprit une fois le livre refermé : peut-on vivre « hors jeu » ? Retiré du monde ? Face à la peur, au chaos, est-ce la solution ? Le commerce des hommes est-il si décevant qu’il n’y aurait d’autre choix que de le fuir ? Pourtant ce roman assez austère peine un peu à émouvoir. Comme si les tourments métaphysiques demeuraient trop extérieurs au personnage.

Le grand jeu, Céline Minard, Rivages, 2016, 192 p., 18 €.

Comment tu parles de ton père, Joann Sfar, 2016, Albin Michel, 160 p., 15 € © DR

Comment tu parles de ton père, Joann Sfar, 2016, Albin Michel, 160 p., 15 €

 Comment tu parles de ton père ?, de Joann Sfar

 Pourquoi on va en parler
Joann Sfar on le connaît dessinateur et cinéaste. Quand pour la première fois l’auteur du Chat du rabbin  se décide à prendre la plume pour se lancer dans un roman, qui plus est un roman autobiographique où il raconte ce qui l’a poussé à dessiner, forcément on est au taquet.

 L’histoire ?
Confronté à la mort de son père, incapable de prier, Sfar décide d’écrire. Un livre pour son père, un livre sur son père. C’est sa façon à lui de dire le Kaddish. Est-ce que cela comptera autant pour son âme ?

Ce premier roman est une façon de pardonner à ce père qui lui a menti longtemps en lui disant que sa mère, morte brutalement quand il avait 3 ans, était partie en voyage.
Une façon aussi de le remercier. Car de ce mensonge est née la méfiance de Joann pour les mots et sa manie de se refugier dans le dessin.

 Faut-il le lire ou pas ?
Il ya quelque chose d’un peu brouillon et pourtant d’incroyablement touchant dans ce roman très intime. Décidément Sfar a un sacré coup de crayon.

Comment tu parles de ton père, Joann Sfar, 2016, Albin Michel, 160 p., 15 €.

Désorientale, de Négar Djévadi, Éditions Liana Levi, 2016, 352 p., 22 €. © DR

Désorientale, de Négar Djévadi, Éditions Liana Levi, 2016, 352 p., 22 €.

 Désorientale, de Négar Djavadi

 Pourquoi on va en parler
Parce que ce premier roman est le meilleur livre de la rentrée. Même si tous les journalistes ne l’ont pas encore identifié, croyez-moi, ça ne saurait tarder.

 L’histoire ?
Dans l’aile l’hôpital Cochin réservée à la PMA, Kimîa patiente. Etrangement elle est seule, au milieu des couples qui se tiennent la main. Enfin pas si seule, car elle ne peut s’empêcher de penser à sa famille. Elle est née en Iran, d’opposants politiques contraints à l’exil quand elle avait 11 ans. Et tous les siens – de l’arrière grand père aux 52 épouses au père journaliste engagé – font irruption dans cette salle d’attente.

Dans un récit digne des Mille et une nuits - épisodes enchâssées,  digressions merveilleuse, personnages hauts en couleur – Négar Djevadi entrelace une histoire familiale rocambolesque à l’Histoire déchirée d’un pays.

 Faut-il le lire ou pas ?
Mais ?!! Puisqu’on vous dit que c’est le meilleur livre de la rentrée !

Désorientale, de Négar Djévadi, Éditions Liana Levi, 2016, 352 p., 22 €.

Crédits photo : DR
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Article paru dans le numéro #121 RENTRÉE
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