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Emmanuel Brousse
Focus | 1er oct.
6 mn

Les élections américaines peuvent-elles être hackées ?
Il ne se passe plus une semaine sans hack ou leak. Mais les pirates peuvent-ils vraiment déstabiliser l'élection présidentielle américaine en novembre ?

Vladimir Poutine au Computer © Reuters
Il ne semble pas se passer une semaine sans qu'on nous parle de hack ou de « leaks ». Mais faut-il s'attendre à voir les pirates informatiques mettre le bazar dans l'élection présidentielle de novembre ?
De l'Agence mondiale antidopage (AMA) aux serveurs du Parti démocrate américain en passant par le parlement allemand et TV5 Monde, tout le monde semble recevoir ces temps-ci la visite de hackers russes.
Depuis le début des années 2010, la Russie s'est dotée de tout un arsenal de déstabilisation par Internet. Des cyberattaques pures et dures comme celles contre l'Estonie en 2011 en passant par le financement massif de sites de désinformation et les hacks symboliques comme celui de l'AMA ou du Pentagone, Moscou associe à sa politique internationale une vendetta en ligne dont le caractère « officiel » est difficile à délimiter. Il est en effet complexe de déterminer si les hacks réguliers venus de Russie viennent directement des services secrets ou s'ils sont le fait de groupes indépendants soutenant la politique présidentielle, ou du moins son opposition à l'Occident.
Quoiqu'il en soit, la récurrence des attaques informatiques bien organisées est telle qu'outre-Atlantique, la question de la sécurité des élections finit par devenir sensible. Les Etats-Unis utilisent largement les « machines à voter » et celles-ci, comme à peu près n'importe quel ordinateur, peuvent faire l'objet de hacks. Serait-il alors possible pour une équipe de hackeurs, qu'ils soient russes ou non, de modifier les résultats du scrutin de novembre ?

Des machines déconnectées

A priori, cela semble difficile. Les machines à voter sont certes possibles à hacker, mais elles sont déconnectées du réseau Internet global. Même s'il est possible de parvenir à les connecter, chaque machine constitue un « îlot » qu'il faut raccorder à Internet avant de pouvoir y modifier quoi que ce soit. Hacker le résultat des élections à l'échelle nationale nécessiterait donc de hacker des milliers de machines déconnectées simultanément, ce qui est théoriquement possible mais qui demande infiniment plus d'efforts que de hacker un réseau sécurisé où il suffit d'une seule porte d'entrée.
Le hack de certaines données non-cryptées du Pentagone est par exemple impressionnant, mais il a suffi d'une seule faille et d'une seule intrusion pour y parvenir. Par ailleurs, le vote électronique est accompagné d'un vote et d'un émargement papier. Si un hack survenait, un laborieux comptage manuel permettrait de connaître les véritables résultats un peu plus tard.

Procès en illégitimité

L'élection de novembre est-elle donc immunisée contre les hacks ? Intrinsèquement, oui. Il est quasiment impossible pour un tiers de modifier les résultats des votes à grande échelle. Mais des tentatives de hack constitueraient malgré tout un énorme problème pour les autorités américaines. Pas parce que cela modifierait le nom du prochain président, mais parce que cela viendrait semer la discorde et donnerait au vainqueur une aura d'illégitimité dont il lui sera difficile de se débarrasser.
Si on découvre que le résultat de quelques bureaux de vote dans des swing states, les Etats stratégiques de l'élection, ont eu leurs résultats hackés et modifiés, les partisans du candidat lésé auront beau jeu de crier à l'élection truquée et à la manipulation, quand bien même la fraude ne représenterait qu'une infime partie de la population.
Bien sûr, on peut espérer qu'une telle polémique serait vite noyée par l'actualité et par les faits. Mais après une campagne marquée par les exagérations, les théories du complot et la désinformation massive, ce serait faire preuve d'un grand optimisme.
Si des polémiques qui reposent sur du vent comme celle sur le certificat de naissance d'Obama ou sa supposée conversion à l'islam ont réussi à faire jaser pendant des mois voire des années, on peut imaginer sans peine à quoi ressemblerait le procès en illégitimité réservé à Hillary Clinton si le moindre bureau de vote de l'Ohio ou de Floride est hacké. Donald Trump a d'ailleurs lui-même annoncé qu'une défaite en novembre ne serait possible qu'en cas de triche. Autant dire que le terrain a bien été préparé pour une polémique XXL...
Crédits photo : Reuters
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Article paru dans le numéro #125 BAVARDS
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