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Roxanne d'Arco
Évasion | 8 mai
7 mn

Dolce vita à la libanaise
Survivor de toutes les guerres civiles et refuge de stars : à Beyrouth, le Phoenicia renaît toujours de ses cendres.

L'Hôtel Phoenicia de Beyrouth, est un pilier dans la ville marquée par la guerre civile.  © DR
Quand on pénètre pour la première fois dans le Phoenicia, prestigieux complexe hôtelier de 150 chambres, on se sent tout timide face aux majestueux escaliers qui conduisent au lobby. Une fois en haut, c’est un véritable oasis de paix, où l’on peut savourer un moment de sérénité le temps d’un café, dans de luxueux fauteuils gris perle autour d’une fontaine. Ce somptueux décor est le témoin d'une riche histoire depuis plus d’un demi-siècle.

Dolce vita à la libanaise

Conçu par les architectes Edward Durell Stone, Rodolphe Elias et Ferdinand Dagher, le Phoenicia, autrement dit « La Grande Dame », a ouvert ses portes le 23 décembre 1961. À l'époque, ses spectacles au Paon Rouge, son cabaret, et son bon vivre font sa réputation, et la fin des années 60 et le début des années 70 resteront les plus belles années de cet établissement aux cinq étoiles.

Il compte parmi ses illustres visiteurs Claudia Cardinale, Brigitte Bardot ou encore Omar Sharif, Jean-Paul Belmondo, Jean Seberg et Mohammed Ali. En 1962, Jacques Brel se produit au Paon Rouge. En 1963, Charles Aznavour organise un récital autour de la piscine du Phoenicia, « portant en sautoir la reproduction d’une pièce antique fabriquée à Beyrouth », lit-on dans le livre hommage du Phoenicia.

Les ravages de la guerre civile

Mais la guerre civile qui éclate en 1975 n’épargne pas le centre-ville et les miliciens occupent tous les grands hôtels, dont le Phoenicia, pris pour cible et ravagé par des incendies. « Le Phoenicia a souffert de trois incendies importants », se souvient Marwan Salha, membre du conseil d’administration de la Société des Grands Hôtels du Liban et fils du fondateur Najib Salha. « Le premier a eu lieu une semaine environ après le terrible samedi noir [le 6 décembre 1975, une série de massacres fit entre 200 et 600 morts]. Même dans les pires heures, on venait régulièrement à l’hôtel. Il y a eu des pillages, de l’érosion, de l’eau sur les toits là où les dalles avaient sauté. On a essayé d’évacuer certains meubles et équipements mais les pilleurs étaient souvent plus rapides. Ils ont tout volé à l’aide de rails sur lesquels ils faisaient même glisser les chaudières et les machines à laver. »

Les années 2000, la renaissance

À la fin de la guerre civile, en 1990, il ne reste pas grand-chose de la luxueuse « Grande Dame ». Des travaux sont lancés pour la faire revivre à nouveau, et c’est en mars 2000 qu’elle est rouverte au public, avec trois tours neuves. « Avant la guerre civile, le Phoenicia était toujours plein », raconte Peter Edholm, le très chic directeur des ventes et du marketing, qui explique que la Grande Dame « n’a fait que grandir encore et encore depuis son ouverture. C’était un peu le meilleur de l’hospitalité libanaise. Nous avons voulu donner un aspect plus moderne, sans changer l’âme du lieu. C’est toujours notre ambition. »

Dès sa réouverture, le Phoenicia ressort le tapis rouge. Et les vedettes affluent : Jean-Claude van Damme, Michel Platini, Sean Connery ou encore Sting. Pour autant, le spectre de la Guerre Civile n’a pas totalement disparu. En 2005, l’attentat qui a coûté la vie de Rafic Hariri, alors Premier ministre du Liban, a lieu à l’hôtel Saint-Georges, à quelques mètres du Phoenicia, qui devra fermer trois mois suite aux dégâts causés par l’explosion.

Malgré cet événement tragique, le glamour reprend son cours, et depuis 2005, Catherine Deneuve, Mika, James Blunt, David Guetta, Angelina Jolie, ou encore Shakira et 50 Cent, ont monté les célébrissimes marches.

Le Phoenicia dans toutes ses dimensions

450 chambres, 3 restaurants, des boutiques, une piscine extérieure, une piscine intérieure, un sauna et un hammam, une salle de congrès, une grande suite royale de 600m2, incluant trois chambres, une libraire et une salle de gym !

Quelques citations extraites du livre Le Phoenicia, un hôtel dans l’Histoire

« Il est interdit de dire non aux clients », assène Anis Abikhalil, directeur du service VIP depuis 2000. On s’arrange toujours pour satisfaire ses desiderata. Nous avons engagé pour un mariage plus de 100 valets parking pour ne pas faire attendre les invités. Il nous est également arrivé de changer tout le mobilier d’une chambre pour l’adapter au goût des clients. Nous sommes allés une fois jusqu’au Maroc acheter des oranges pour une cliente qui en avait exprimé le désir. Une clinique dentaire a même été installée à deux heures du matin pour un client qui avait mal aux dents et une chambre spéciale a été aménagée pour un client qui se déplaçait jamais sans ses 20 faucons. »

Au printemps 2009 Julio Iglesias revient au Phoenicia après 36 ans d’absence au Liban : « Vous êtes merveilleux avec moi depuis toujours. J’adore les Libanais. Les femmes de chambre de l’hôtel m’embrassent et me disent ‘Julio, tu es de retour !’ et c’est là l’une des raisons pour lesquelles je suis là. C’est une histoire d’amour entre les Libanais et moi depuis longtemps. Hier, je regardais la balustrade du Phoenicia et je me réjouissais parce qu’elle n’a pas changé. Cela m’a rappelé le passé. »

  Le Phoenicia, un hôtel dans l’Histoire, par Tania Hadjithomas Mehanna, 2012, Éditions Tamyras, 450 p., 125 $.
L'Hôtel Phoenicia de Beyrouth, est un pilier dans la ville marquée par la guerre civile.  © DR
L'Hôtel Phoenicia de Beyrouth, est un pilier dans la ville marquée par la guerre civile.  © DR
L'Hôtel Phoenicia de Beyrouth, est un pilier dans la ville marquée par la guerre civile.  © DR
L'Hôtel Phoenicia de Beyrouth, est un pilier dans la ville marquée par la guerre civile.  © DR
L'Hôtel Phoenicia de Beyrouth, est un pilier dans la ville marquée par la guerre civile.  © DR
L'Hôtel Phoenicia de Beyrouth est un pilier dans la ville marquée par la guerre civile.  © DR
L'Hôtel Phoenicia de Beyrouth, ici l'Amethyste Lounge, est un pilier dans la ville marquée par la guerre civile.  © DR
Crédits photo : DR
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Article paru dans le numéro #110 CINÉASTE
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